‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 142 sur 182 · AMOUR DU ROI · texte numérisé non relu

AMOUR DU ROI

Quelques-uns s'écartent plus OU moins de ces formules consacrées. Amonemhabi s'appelle : « l'Ami grand dans l'affection \ l'illumi- » nation du cœur du roi du Midi, l'instrument fidèle du roi du » Nord » -, ou plus délicatement encore : le « partage » ou la « moitié de son cœur » ^ Plusieurs comparent l'amitié du roi pour eux avec celle qu'il témoigne au reste de son entourage :

« SaMajosté m'aimait plus qu'aucmi autre de ses serviteurs^ parce que je faisais ce » qui lui plaisait chaque jour, parce que j'étais atfaché à son cœur *. »

Ouni se vante à plusieurs reprises des préférences du roi :

« Le cœur du roi était plein de moi plus que d'aucun de ses serviteurs s Le roi

» m'aime plus qu'aucun de ses princes, plus qu'aucun de ses nobles, plus qu'aucun de » ses serviteurs » *".

Nul toutefois ne trouva d'expression plus énergique de Taffection du roi que de se dire « un fils pour lui parmi tous les nobles » ^. D'ailleurs, toutes ces expressions (am hâti, am ast hdii, meh hâii et autres) ne servent pas uniquement à rendre les sentiments quon inspire au roi par son affection et ses services. Ils sont d'usage courant pour exprimer les relations de famille et traduire les sentiments inspirés par le fils au père, ou par la femme au

1. 2 : loc. cit.). — meh hdti monkh n neb-f, meh hàti monkh n neb tooui : Amonemhabi \vui'= d. (Thèbes : M.M.C., V, 271) ; Péhsoukher {/bid., p. 2'J7); Menkhopir {Ihid., p. 332); Amounicéh {Ibid. p. 338, 340); Boknikhonsou ; xix« d. (Slat. Munich., Devéria, p. 3); Amonhotpou, grand pr. d'Amon, xx» d. (L. D., \l\, 237; Maspero, M.M.C, I, 667); l'a-our (cit. M.Z., 1883, 13o); — « le premier à remplir pai"faitement le cœur du souverain » khonti meh hdti monkh n ati : Rekhmarà {M.M.C.N , 41); — « J'emplissais le cœur du roi en chacune de ses fonctions grandement, aoa-i m meh hdti n siiten m. ast-f nebt da : Anna (R. Tr., XII, 107, 1. 13-17 ; Moret, Ib. XIV, 131 : « en tout lieu sien »); — «J'ai rempli le cœur » du roi dans le palais divin, dans le temple et dans la demeure de Sati » : Tomb. de Sironpouit, f. de Sattcna (.\ssouan : R. Tr. X, 188): — « Il remplissait le cœur du roi » dans la terre entière » : Khàmhâït (Abd-el-Gournah : L. D,. III, 76 b). — Pour le sens passif de meh hdti « aimé, élu », cf. Stèle de l'intronisation, I. 3 et 4 (Maspero, B. Eg., VII, 138 et 147). — Karos donne en variante : si hàti n honit-f md « fils de cœur de sa » reine vraiment » R. Tr.. IX, 94-95, 1. 7 et 19).

1 Cf. Péhsoukher « élevé en faveur, grand dans l'affection, agréable au seigneur de la » double terre » [M.M.C. V, 29y-302, 1. 13); Samer dd n mert : Nakht-Khem (Cénotaphe de Silsiléh : GRiFFrni, Pr. S.B.A., XII, 100; L. D., texte IV, 94 ; Sethe, Urk., IV, 465).

2 Semer dd mert, khou liâti n soutoa, meti n bat {M.M.C, V, 281).

3 « Dimidium animte «, pekha hdti n souton, khou ab n bat : Stèle d'Amonemhabi, 1. 1 (Chabas, iM. pi. 332; ViHEY, M.M.C, Y, p. 238).

' Ptahchopsès II et Sabou-Abeba (de RouGé, Six dyn., p. 112-113).

s Moret voit dans meh hdti sotiten, non une épithète laudative, mais un titre officiel équivalent du rcôv iji/Xcov ptoléma'ique {R. Tr., X\U, i'à). Le texte d'Ouni montre bien que l'expression n'était pas encore figée à ce point, mais qu'elle avait encore, sous la vio dynastie, toute sa valeur.

6 Stèle, 1. 7 et 12-13, vi«d. (de RoLoâ, À'/a; <////t.,pl. vii,p. 122; Maspero,^. Or.. 1,418-419).

" S i- il- f sou m chopsou neb : Nakhtnébouf, xxx" d. (Naucratis : R. Tr., 1900, XXII, il).

mari. On peut d'ailleurs appliquer cette remarque aux mots meri et mertou, hosi et hosou, ceux-ci toutefois ayant une plus grande extension et se disant à propos des frères, des compagnons, des concitoyens. Concluons brièvement que ces termes permettent de voir dans le roi l'ami et le père de ses sujets, comme il a été dit pour d'autres raisons plus solides.

Si l'amour du roi récompense des services passés, il suscite des services nouveaux. Disons mieux : pour l'amour du roi, on se dé-vouera, on risquera sa vie, on ira au bout du monde. Tel le capitaine Honnou termine un récit par ces mots : « Je fis tout cela » pour Sa Majesté, à cause de la grandeur de l'amour qu'elle me y> porte » '. Les rois parlent de l'amour des dieux dans les mêmes termes, quand ils veulent glorifier leurs propres actions. Qu'a donc fait Honnou? Mais la première croisière au pays de Pouanit : c'est le Gama de l'Afrique orientale. Que ne feraient de bons sujets avec une telle perspective et un tel encouragement ?

L'Égyptien est soucieux de sa réputation et friand d'éloges. Il tient à l'estime de ses compatriotes ; il redoute les médisances sur son compte - et les procès dont on ne sort jamais sans éclaboussures^. Il espère qu'enfin après avoir fait sur terre ce qu'aiment les dieux, il ne trouvera pas, au jour du jugement, d'accusateur qui le charge'*. En attendant, jouir de la considération publique le charme. Mais surtout éveiller l'attention du roi et s'attirer de sa bouche quelque compliment lui paraît un idéal très enviable.

Un mot flatteur du roi sera répété par les courtisans et par tout

1 Inscr. rt'Honnou à Hammarnât, \i« d. (L. D., II, 150 a; Golénischeff, Résultats, pi. xv-xviii, p. 9-H; Ghabas. Le Voyage, p. 56-63; cf. M.\spero, H. Or., I, 495).

2 Les mauvaises paroles (v. g. ger ou gerg) contre le prochain ne sont pas forcément des mensonges ou des calomnies, mais aussi bien des dénonciations justes, des menaces, des paroles de haine ou de colère, l'annonce de voies de fait ou de desseins coupables : on ne se justiOerait pas devant Osiris d'avoir été calomnié.

s « Jamais je ne fus traduit devant aucun magistrat depuis ma naissance. » Nozemab (Stèle du Caire n» 1,732 : Mariktte, Mnslahas, 417; Biuigsch, Thés., V, 1212; Sethe, Urk., J, 73). — Cf. Maximes d'An/ (l'ap. Boula'j IV, n\i, 17-:.'0 : Ckahas, | 48-40; AMiiLiNEAu, I 50-31) et infra, ch. xii, |.l.

* « Il n'y a ni accusation ni opposition contre lui. « Livre des Morts, CXXV, 37 (Pierret, p. 377). Cf. « Aucun témoin ne se lève contre lui. » Liûre des Respirations, in fine, (de Horrack, ap. Masperq, Rev. Crit., 1S78, I, 61 = B. Eg., II, 479). — « Il n'y a » pas de dénonciations contre moi devant le Seigneur des momies. » Statue dArhoràa, Mus. du Caire, xwp d. (Mariette, M. D., 29 a, 1: Piehl, /E. Z., 1877, 120).

Page 1