‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 151 sur 182 · SÉPULTURE · texte numérisé non relu

SÉPULTURE

La clientèle d'un grand personnage le suit dans la tombe. Le roi mort s'entoure de sa cour comme en son vivant. Ses favoris désirent tous obtenir « la bonne sépulture auprès du roi » '. Donc, dans des caveaux secondaires de sa syringe ou de sa pyramide, il admet à son intimité quelques membres de sa famille et quelques domestiques privilégiés. Les autres se groupent dans les environs. Mais non pas au hasard. L'étiquette règne encore dans la nécropole et les distances sont gardées. La pyramide royale domine un canton, s'élève comme un centre majestueux ; alentour se rangent et s'étagent les tombes des grands qui, durant leur vie, se pressaient autour du roi. Il y a le « cercle des pyramides » ; et, parmi cellesci, le cercle des Amis, le cercle des Enfants royaux, etc. -. On a remarqué au cours des fouilles dans la nécropole memphite que « plus les mastabas s'éloignaient de la pyramide, plus ils étaient » petits, et moins les matériaux employés étaient riches » : on en concluait justement que « les gens étaient enterrés d'autant plus » près de la pyramide royale qu'ils avaient rempli durant leur » vie des fonctions plus relevées » ". Comme les fonctions dépendent de la faveur du maître, c'est encore celle-ci qui assigne les rangs dans la nécropole.

Non moins que le voisinage de la tombe d'un roi, la proximité du temple d'un dieu protégeait une sépulture. Entre toutes, on désirait reposer dans la nécropole d'Abydos, à l'ombre du temple d'Osiris près de son tombeau et de l'escalier sacré. Pour le moins on souhaitait d'y dresser soit une statue % soit une stèle commémorative qui suppléât à la tombe entière. C'était encore l'objet de permissions spéciales et de faveurs du roi. La stèle de Montouhotpou le note expressément^ :

» léaux royaux » (Mastabas, p. ^54), en qui Moret voit un « administrateur des maga- » sins ou bureaux de subsistance des féaux royaux » (R. 7'?\, XIX).

1 « Krast nofrt ni kher sutn » Stèle d'Horkliem, xix« d. (Louvre G 213 : Moret, R. Tr., XIX, 145; PiEUUET, Rec, II, 10), — De Rougé [Cat. Louvre, p. 159) avait traduit selon le sens courant de nt kher : « une belle sépulture due aux bienfaits du roi ».

- Contes, p. 91 et 115.

^ LouET, Fouilles, p. 7.

* Cf. supra, p. .339-341.

■"' La mention d'un ordre royal souton oulou figure aussi sur la stèle d'Ikhernofir à Abydos (Mus. Berlin, xii« d. : L. D., II, 135 h). — Au sujet île la formule «fait» ou

« C'est un ordre royal... Montouhotpou, qu'on te fasse une sépulture près de l'escalier » du dieu grand, seigneur d'Abydos, perpé*,uant toutes tes dignités, toutes tes laveurs. » On t'a fait une statue, placée dans la salle divine, comme à un serviteur du dieu M grand >. »

Par une exception unique, pareil ordre est attribué à la reine Ah-hotpou, usant de divers pouvoirs réservés aux rois -.

Selon l'usage, c'est bien avant la mort que les particuliers, comme les rois eux-mêmes, s'occupent de l'édification de leurs tombes sur le terrain concédé par le roi. Une nouvelle faveur permet de creuser le puits ou la syringe et d'élever les monuments funéraires aux frais de l'Etat ^ C'est la perspective que le fils royal Dadoufhor ouvre au magicien Didi, lui promettant comme féal et comme suivant « la place d'un sarcophage et celle d'une sépul- » ture * ». C'est le cas aussi de Sinouhit, auquel il faut revenir souvent parce qu'il est typique et que les détails y abondent :

« On me fonda, dit-il, une pyramide en pierre au milieu des pyramides funéraires : » Le chef des arpenteurs de Sa Majesté en choisit le terrain ; les [tailleurs de pierre » taillèrent le tombeau et en divisèrent les murs] ^, le chef des dessinateurs y dessina ; » le chef des sculpteurs la sculpta ; le chef des travaux qu'on exécute dans la nécropole » parcourut la terre d'Egypte pour chercher tous les matériaux nécessaires à la décora- » tion. Quand on eut fait les agencements nécessaires dans la pyramide même, je mis des » paysans et je fis là un lac, un Kiosque [des jardins,] des champs dans l'intérieur du » domaine funéraire comme on fait aux Amis du premier rang: il y eiit aussi une statue » d'or, etc. ^ »

Des documents authentiques prouvent que ces contes empruntaient bien leurs éléments à la réalité. Au temps même de Sinouhit, le prince de Béni-Hassan, Nouhri, s'était ménagé « une chapelle

« donné par la faveur du roi, ant m hoslu kher suten, du m hostu nt sutn » (par exemple, Stèle de Nebouàïou : Spiegelberg, R. Tr. XIX, 97-98; Setue, Urk. IV. 208) employée sur les stèles, voir plus haut, p. 341, n. 9, inf'ra, p. 355, n. 2, 3 et 4.

1 Stèle d'Abydos (Mariette, Cat., III, n" 617, v", 1. 2; cf. supim, p. 340, n. 1).

- Elle nomma loufi 2« prophète à Abydos (cf. supra, p. 54) et intendant de ses biens ; puis elle lui concéda « un tombeau près de l'escalier du dieu grand », ainsi que « des » statues établies dans le temple parmi la suite du dieu, avec des inscriptions », à cause de ses services et de l'affection qu'il lui a inspix'ée (Stèle de Drah-Abou'1-Neggah : BouBiANT, R. Tr., IX, 94; Maspero, M.M.C, I, 627).

•' Selon MoRET, (R. Tr. XIX, 128-135) ces dons funéraires étaient le privilège des féaux, amkhou.

'^ Khouf'ou et les magiciens, Pap. Westcar, va, 18 (Contes, p. 70, 3" éd., p. 32; Moret, /. c, 128).

^ Variante de l'ostracon.

0 Contes, p. 128-129. — Cette dernière phrase peut s'entendre- soit d'un domaine figuré dans les peintures de la tombe, soit dans le domaine réel situé dans la vallée et dépendant de la sépulture.

MOBILIKH FUNÉRAIRE 3o5

» de double... une cliambre d'occident, dans sa demeure cons- » truite à toujours, une place déternité, grâce aux faveurs du » roi » '. Plus tard l'usage subsista de ces concessions royales préventives, comme il ressort, entre autres preuves, des inscriptions de Ilagi-Qandil pour le règne de Khouniaton, qui fonda une nouvelle nécropole en même temps qu'une nouvelle capitale, et y assigna des emplacements de choix à ses favoris-, qui après sa chute se firent enterrer ailleurs.

Un seul mot de Sinouhit rappelle les libérahtés du roi relatives au « mobilier nécessaire » de la tombe, D'autres documents ne se retranchent pas dans une généralité si discrète. Comme la maison du vivant, celle du mort peut être plus ou moins complètement et luxueusement meublée ; le roi se montre plus ou moins large selon les mérites de chacun et les disponibilités de ses magasins. Inscriptions et peintures mentionnent ou énumèrent les pièces de ce mobilier ^ Les bénéficiaires attirent l'attention sur les détails qui les flattent le plus. Presque toujours ils ont reçu des sarcophages de prix ' : coffres de pierre ou de bois et gaines momiformes peintes et dorées "', qui s'emboitent plus ou moins nombreux l'un dans l'autre. Certains d'entre eux parlent des pierres de choix, calcaire fin, granit, albâtre, que le roi leur a données ou permis de quérir au loin pour faire les portes de leur mastaba ou de leur syringe, leurs statues, leurs stèles, leurs sarcophages;

1 Kheft hosou ut kher smiton. Inscr. de l'hypogée de Khnoumhotpou, son fils, xii" d. {/L Tr. I, 167).

2 « II (le roi) me donne une bonne sépulture de par son ordre dans le noinede Khouit- » Aton » (Tombe anonyme, Hagi-Qandil; R. Tr. XV, 41). — « J'ai le don d'une bonne » sépulture, par ordre de ton double, dans le château où tu m'ordonnes de reposer, dans w la montagne de Khouït-Aton. » (Aï : R. Tr., XV, 47). — Cl', p. 352, n. 2.

■* Les tableaux du tombeau d'Amonemhabi le montrent « assis dans sa maison ter- » rcstre à Thobes..., pour regarder ses ustensiles funéraires et recevoir ses monuments » sépulcraux, les statues en pierre, consacrées pour les temples, par la faveur du roi » [M.M.G., Y, p. 264 et 265; Piehl, /, H., pi. 126-127, p. 91).

* Snozémab-Anda possède un sarcophage tiré, par faveur du roi, des carrières de Tourah, vi" d. (L. D., II, 76 e; Sethe, Urk., I, 63-07). — Le majordome Anoui se vante des faveurs et des beaux cadeaux du roi qui lui a donné une belle caisse-image par décret : ai tn hotep m hosou souteii outou-f ni krast nofert: — et: peira na nofriou ar pa hiq nofer n païfàn outhou, outou-f kt^asit nof'rit m Khouit-Aton (xviii« d. Stèles du Caire, n»» 61)1 et 29.746 : M. Z. 1896, 64-66).

5 Le mot kra.'i (krasit) désigne les uns cl les autres et même tout ce qui a trait à la sépulture, selon cfue l'indiquent les déterminâtes, cuve cubique, coffre à dôme, boite à figure, même simple tertre ou signe des étolfes.

tels Sokhmitniônkh, médecin de SahourîS et Ouni ministre des Pépi". D'autres ont reçu des bois précieux, bien ouvrés, peints, incrustés, pour leur cercueil et tous les coffrets qu'on enfermait dans la tombée Le roi y pouvait joindre des canopes pour les viscères''', des étoffes fines et des parfums pour la dernière toilette de la momie ^ des litières pour le transport, des vases, et les bonnes provisions de toute espèce que mentionnent les prières funéraires.

Tout bien préparé dans la nécropole, il faut s'y rendre, « au » jour d'aborder l'autre rive ». Nouvelle grâce que Ton implore du souverain, comme récompense de bons services et complément de faveur ! « ?»Ioi j'ai été agréable au souverain, quil me soit » donné de me reposer dans la demeure durable, de rejoindre la » retraite mystérieuse de l'éternité*^ », « de traverser en paix » vers cette tombe de l'occident en qualité de féal » ^. Le souverain satisfaitaccorde cette grâce. Dans le rescritqui rappelle Sinou-

1 « C'est l'ordre divin de ton double, ô ami de Râ (Sahourî)! qui m'a donné une stèle- » porte de pierre pour ce tombeau die l'Amenti », rapportée de la même carrière que les stèles destinées parle roi à sa propre pyramide (Mariette, Mast., 202-205; Maspebo, Qq. termes d'arch.,Proc. S.B.A., 1889 = ^. Eg., VllI, 335; Moret, R. Ti\, XIX, 132).

2 « Sa Majesté (Pépi P') accorda qu'on m'apportât une pierre blanche pour sarcopliago » des carrières de Tourah, et S. M. fit pailir en bateau un homme au collier du dieu, » avec un peloton d'hommes... On m'apporta ce sarcophage du Tourah. Il vint avec lui, » dans un grand ciialand de l'administration l'oyale. avec son couvei'cle, une stèle- )) porte, l'encadrement, deux blocs pour le fond et le soubassement. Jamais pareille » chose n'avait été faite à aucun serviteur. » Inscr. d'Ouni, ). 68 (Maspero, Qq. termes d'arch., Proc. S.B.A., 1889= B. Eg., VIII, 339-348; Moret, li. Tr., XIX, 132).

3 « En don du roi, un sarcophage en bois de cèdre vert, peint et sculpté, comme pour » un cliel' de la bonne demeure, un lit funéraire en or fin, incrusté (khakérou) de lapis » vrai, comme on l'ait à un raâne bien équipé )>. Stèle de Mour-kaou, xn= d. (Louvre C la, l. 8; Gavet, pi. U\ Maspero, Mél. d'Arch., III, 157, n. 8 ; Moret, R. Tr., XIX, 135).

* « Le roi Monhotpourî me fit l'aire mes 4 canopes, avec mon sarcophage en albâtre, il » fit l'aire pour moi tout ce qu'on fait à un homme de qualité {ma qodnou), et me donna » des offrandes. » (Ostracon de Florence 2.616-2.617; Golenbcheff, R. Tr., III, 6: Maspero, Contes, 293).

ô « J'ai mis au cercueil mon père, le commandant Zaou, avec tout son attirail qui était » celui d'un commandant, et j'y ai pourvu selon ce qui avait été décidé avec la Majesté » de son maître, le roi Nofirkérî (Pépi II) donnant la vie à jamais, de fabriquer un » cercueil, du linge funéraire, des parfums de l'ète pour ce Zaou. Sa Majesté fit apporter )> par les terrains boisés, le bois, le parfum de fête, 200 pièces de toile, de tissu de )) l" qualité (?) et de belle toile du midi (?), ainsi qu'il convenait, tirées de la double )) maison blanche du palais royal, à ce Zaou; jamais n'avait été faite à un autre homme » chose pareille à ce qui lui a été fait. » (Inscr. de Béni-Mohammed-el-Koufour : Sayce- Maspero, r. 7'r.,XIII, 60-69; Davies, Deir-el-Gebrawi, pi. 13; Sethe, Urkunden, I, 145).

6 Stèle de Péhsoukher, 1. 10 (M.M.C., V, 300-302).

7 Stèle de ïepmânkh (Mariette, Mast. 195; Moret, R. Tr., XIX, 133).

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