‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 152 sur 182 · FUNÉRAILLES, OFFRANDES · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES, OFFRANDES

hit en Egypte, Sénoiiserit P"^ lui promet un enterrement de première classe ^ Le roi ne dit pas positivement qu'il en fera les frais ; mais puisqu'il a ordonné à Sinouhit de laisser à l'étranger toutes les richesses que celui-ci y possède, les funérailles ne peuvent être céléhrées que grâce aux Hbéralités royales ; toilette dernière, convoi, chanteurs, danseurs et pleureurs, victimes, tables et stèles, tout est donné ou payé, par la Double maison blanche. Une fois dans la tombe, on y veut vivre. Dans l'autre monde comme en celui-ci, on a besoin de provisions de bouche. Tout Égyptien y songe d'avance et prend ses précautions : il assigne un domaine à son entretien posthume, fait ses recommandations à sa famille et à ses serviteurs, ou traite avec les prêtres d'un temple voisin, pour qu'à des dates données toutes offrandes nécessaires lui parviennent-. Le roi aide ses favoris à y pourvoir. Quelle chance de participer « aux repas royaux au jour où l'on » est couché dans l'Amentit » ^ ! Aux uns, le roi donne des champs qui fourniront toutes les oblations rituelles pour les repas funéraires : tel le champ de cinq feddans, dont la borne-hmite sud-est a subsisté jusqu'à nos jours, et qui avait été « donné en » marque de faveur royale au double du chef des ouvriers d'A- » mon. Khà... » *. Aux autres il attribuera une sorte de rente ou

1 « On t'a donné, la nuit où l'on applique les huiles d'embaumement, les bandelettes » par la main de la déesse Taït. On a suivi ton convoi au jour de l'enterrement : gaîne » dorée (ou : lit funéraire doré, selon Moret, R. Tr., XIX, 129, n. o), tête peinte en bleu, >) un baldaquin par dessus toi fait en bois de cyprès. Des bœufs te tirent; des chanteurs » sont devant toi — (Kasa demande la sépulture, etc.. « et dos louanges ou des chants dans » le Grand Occident de Thèbes » : Naos de Turin, R. Tr.,n, 197) — et on exécute pour toi » les danses funèbres; des pleureurs sont accroupis à la porte de ta syringe; on fait « pour toi à haute voix l'énumération des liturgies réglementaires ; on tue des victimes » pour toi sur tes tables d'offrandes, et tes stèles sont dressées en pierre blanche, dans ^) le cercle des Enfants royaux. Tu n'as point de second, aucun homme du peuple n'ar- » rive jusqu'à ta hauteur; tu n'es pas mis dans une peau de mouton quand on t'ense- "■■> velit; tout le monde frappe la terre et se lamente sur ton corps, tandis que tu vas à la » tombe. )) [Omîtes, p. 114-115.)

2 Nous connaissons un contrat du temps de Khâfrâ, iv« dyn. (de Rougé, I.-H., pi. i ; Bhcgsc», Thés., VI, 1210 sqq. ; Sethe, t^r/ir., I, H-15 ; Bheasted, Ancient Records of Eg., 1006, I, 91-93; Moret, yZ. Tr., XXIX, 73-91); — celui de Senouànkh, v' d. (Mariette, Masl., 318; Sethe, Urk., I, 36); — ceux de Ilapi-Zaoufi à Siout, tomb. 1, xii" d. (Mariette, M. D., 6o-67; de Rougé, /. H., pi. 231-234; Griffith, Siut, pi. 6-8; Erman, jE. Z., 1882, 159-184; Maspero, 5. Efj., I, 62-74); — enfin celui de Khnoumhotpou à Béni-Hassan

L.Z)., II, 124, 1, 86-99; Maspero, B. Eg., VIII, 154-162). •^ Stèle 138 du Brit. Mus. (Birch, ap. Cuabas, Mél., II, 338).

' Stèle de Khà sous Thotmès IV (Mariette, M. D., pi. 48 a, p. 14; Maspero, Guide,

p. 147 ; //. Or., I, 329, fig.

de bons du trésor sur les revenus de tels ou tels temples. Des aliments seront a inscrits à leur nom » \ pour leur double, sur leur stèle et sur le grand-livre des noutri-hotpoii . Seulement alors que les vivants touchaient leur quote-part en nature dans les cuisines, les magasins ou les ateliers royaux, les morts trouvent la leur par la grâce du roi auprès des seigneurs de Tautre monde sur les tables d'offrandes et les autels d'Osiris, de Râ et des autres dieux. Des temples une partie des offrandes promises seront réellement et visiblement portées sur la tombe à certains anniversaires ; le reste sera saisi directement sur les autels, mais d'une manière invisible, par les Mânes invisibles. Le roi, à qui cette dernière forme de bienfaits ne coûte rien, l'accorde généreusement à tous ses sujets, dont il s'assurera d'ailleurs ainsi les services dans l'autre monde. En tout cas, le sujet sera reconnaissant de la faveur royale dont il a été l'objet et il la mentionnera soigneusement sur sa stèle après la formule introductive soiiten di hotep. Les exemples abondent : c'est bien le cas de dire que le choix seul embarrasse : il faudrait citer presque toutes les stèles publiées ou inédites."

11 n'est si petit personnage dans la fonction la plus humble qui n'aspire à recevoir un jour les compliments du roi ou des récompenses en son nom. Le roi a envoyé « des provisions sacrées » - à un modeste entrepreneur de constructions funéraires, parce que celui-ci avait affirmé « n'avoir pas abattu une seule pierre dans » les monuments royaux », alors que les monuments inachevés ou à demi ruinés offraient des carrières gratuites et commodes aux industriels indélicats, et que lui-même, à vrai dire, se livrait à un pillage régulier^. A un surveillant de la nécropole, tout aussi peu consciencieux, sinon complice des pillards, le roi avait accordé

' « Tu lais que mon double soit stable parce qu'il a été sur terre le suivant de ton » double et qu'il l'a suivi, à son nom, jusqu'à cette place des favoris (la tombe). Comme » tu as fais que j'y repose, ma bouche est munie d'aliments inscrits à mon nom, puisque » tu as décrété que je sois comme tous les favoris et suivants de ton double. » (Tomb. d'Aï à Hagi-Qandil : H. Tr., XV, 47-49). — Moret entend autremeni ce past^age qu"il applique aux rations servies au féal vivant (R. Ti., XIX, 131).

2 Cf. supra, p. 344, n. 4.

3 I>ap. Sait. (Chabas, MéL, III, 179).

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