CHAPITRE IX
§ 1. Le culte au palais : cérémonial de cour, office royal. — | 2. Le culte dans
LES TEMPLES DES DIEUX : RITES COMMUNS, FÊTES Sed, PRIÈRES, POSTURES. — | 3. Le culte du roi non PRÉSENT : DOUBLES, ESPRITS, NOM, STATUES, BARQUES, RITES PUBLICS ET PRIVÉS.
En présentant son fils à sa cour et à son peuple, lorsqu'il l'associe au trône, Ramsès III résume ainsi les devoirs des sujets envers le roi :
(I Attachez-vous à ses sandales : respirez la terre devant lui. Oh ! courbez-vous pour » lui ; servez-le à tout instant. Adorez-le ; rendez-lui gloire ; magnifiez ses bontés, comme » vous faites pour Phrâ chaque matin ; présentez-lui vos tributs dans son palais auguste ; » conduisez-lui les bénédictions des pays de montagne et de plaine ; acquittez-vous de » ses paroles et de ses ordres... Travaillez pour lui comme un seul homme en toute » espèce de travaux. . . ' »
Il leur demande en somme : adoration, louanges et obéissance, services, impôts et corvées.
Ces devoirs dérivent des idées admises sur la nature de la royauté et des bienfaits du roi. Pour ses peuples, qu'est-ce que le
1 Pap. Ilarris, p. 79, 1. 7-H (Chab.\s, XIX' di/n., p. 74).
roi ? un maître, un père, un dieu. Ils lui doivent tout. Vis-à-vis de lui ils n'ont aucun droit. Ils l'adorent comme un dieu ; ils le craignent comme un maître ; ils l'aiment comme un père ; à ce triple titre, ils lui obéissent et le servent à tous les instants de leur vie.
Les sujets tiennent tout du roi ; leur existence, leur sécurité, leurs biens, leurs joies, leurs honneurs. S'il dépend de la divinité, eux dépendent de lui absolument. Ils lui appartiennent comme ses serviteurs, sa propriété, sa chose. Tel est l'ordre de la nature :
« Grand il est, le maître de son domaine ! » car, seul, il est des millions, et ce sont des petits devant lui que les autres hommes. » '
« Dieu a eu le dessein de te voir là. Les hommes, eux, sont comme tes esclaves ; tu » les fais comme des chiens sur un cadavre. » ^
Ainsi chantait un poète de la cour de Sénouserit ÏII. Ainsi s'exprime énergitpiement une stèle d'Amasis. de ce roi que pourtant Hérodote dépeint comm.e fort peu mystique et comme se souvenant sur le trône de l'humilité de son origine ; mais l'autorité de la tradition l'emporte sur les particularités du caractère de l'individu. Pour ces esclaves ce n'est pas trop envers le maître que l'hommage suprême. Non seulement ils le doivent, mais encore ils ne sauraient se passer de le rendre :
« L'adoration de tous les rekhi, c'est leur vie *. »
La croyance à la divinité du roi emporte toutes ses conséquences. Mort, il prendra place parmi les génies les plus puissants ; il trônera au milieu de la cour d'Osiris ; il escortera Amon- Rà dans sa barque ; il se réunira à l'essence du Dieu suprême. Vivant, il est le dieu qui donne la vie ou la mort à son ^rë ; il est l'élu et le fds du Dieu grand, son image et son incarnation, il
1 Ode de Kahoun : l'ap. Pétrie I (Maspero, B. Ëg., VIU, 407).
2 Stèle d'Amasis, an III (Dahessv, R. Tr., XXII, p. 3) remdou tousen m ns-f, arn-f ma tesem her khat.
3 Douaout rekhi nebt dnkh-scn. Dcïr-el-Bahari, socle du trône, tableau de lan IX (Naville, R.Tr., XVIII, pi. m cl p. 105; D.-el-B., 111, 75-76; Sethé, Urk., IV, 354; — cf. Mariette, D.-el-B., pi. iv; L. D., III, 0:2; Naville, Festival-Hall, pi. vi).