FÊTES SED, RITES QUOTIDIENS
les Tilles, et des foules prosternées, jusqu'aux pavillons des trônes, couronnement, union des deux terres, procession autour du mur avec lancer des flèches et lâcher des oiseaux, montée royale, embrassement du dieu, allaitement des déesses, procès-verbal de Thot, nouvelle procession jusqu'au « pavillon à manger », enfin, après le service osirien de Yap ro, copieux repas, pris en commun par le roi et les dieux.
Seulement, lors de l'inauguration d'un temple, on consacre les statues de double du roi adorées par la suite, comme au jour de l'intronisation a été consacrée la personne même du roi, double vivant des dieux ; après la cérémonie on reporte processionnellement dans leurs tabernacles statues royales et divines. En chaque temple, la fête sed « de la première fois » était commémorée et « renouvelée », sans doute, comme toute autre fête, comme la naissance du roi par exemple, à sa date chaque année* et non à de rares intervalles ; il est possible, mais non prouvé, qu'on fêtât avec plus d'éclat le trentième anniversaire d'un règne- en le faisant coïncider avec une fondation. En d'autres occasions encore, on renouvelait au profit du roi le service sacré de l'intronisation, par exemple à la fête de Min^, ou au premier de l'an, fête de Nehebka et couronnement de l'Horus d'Edfou et du roi''.
Tous ces rites du culte royal, la pierre de Palerme l'atteste, aussi bien que les palettes d'Abydos, remontent au moins aux premières dynasties^.
Tous les jours, au palais et dans les temples on adore le roi, on le prie et on prie pour lui.
Le culte du roi est quotidien. « Tes fêtes, dit à un roi la déesse
t Ou même tous les mois {Décret de Canope, 1. 3, 13, irj-lS; Cf, Schiirer, Zeitsch. fur die neutestamentl. Wissenschaft, II, J901, 48-52; Wissowa^ Hermex, XXXVII, 1902, p. 157-159).
2 Sur les triacontaétérides, voir : Décret de Memphis, 1. 2: Brugsch, Thés. 127 sqq., et 1119-1132; jEfji/pL, p. 365-366; xMaspero, Beo. crit. , 1893, I, 386; Bkeasted, M. Z. 1901, XXXIX, 59-60; Moret, Royauté, p. 254-261, K\\\Lh, Sitz. phil. hist. Akad Wieu, 1881, Lauth, Sitz. philos. Akad. Mûitchen, 1875, p. 109. — Cf. supra, p. 14, n. 3.
3 Ramesséum (Cha-mpollion, Mon. III, pl. 209 sqq.); Médinet-Habou (L. D., III, 212-213; Daressv, p. 121-127. .
^ Brugsch, Thés. 125 et 364; Drei Festkalender, p. 12, pl. 7, 1. 18-24 ; Moret, Royauté, p. 274-275.
^ Moret, Ih. p. 273-271 et passini: Sch.efer, Briich-ifûck œg. Annalen, 1902.
» Safldîit, sont multipliées comme celles du Soleil* ». Déjà un sceau de la ii" dynastie nous fait connaître un « ami du roi, » adorant le dieu - chaque jour ». Un contemporain de la XYU!*^ dynastie nous montre en pleine vigueur l'usage de l'adoration quotidienne '. Thotmès III institue pour ses statues dans le temple d'Amon des offrandes pour chaque jour ^ Ramsès III associe son image au culte quotidien d'Amon^ et demande à ses sujets pour son héritier leurs hommages « chaque matin » ^ Est-ce même assez dire? Un papyrus ne donne-t-il pas le texte de prières pour chaque heure de la nuit ^ ? Epiphane ne décrôtet-il pas que sa statue sera honorée trois fois par jour -? En dehors même d'autres raisons excellentes, cette régularité s'expliquerait par le fait signalé plus haut° , que tout acte du culte des dieux implique une adoration du roi.
On prie le roi, soit dans les temples des dieux, soit dans le laraire familier de chacun. On lui rend le même culte qu'à Rà, comme le demandait Ramsès III'^ On lui rend hommage en célébrant sa grandeur, et on attire sur soi ses faveurs.
On prie pour lui : on lui concihe les grâces du ciel en adorant ses dieux^S et en chantant des hymnes accompagnés de certaines cérémonies particulières. C'est le hosou ou « chant pour la per-
1 Inscr. de Ptoléraûe Alexandre I" (Rosellini, Mon. B., pi. 166; Birch, Patère, B. Eg., IX, 232).
2 Ou l'Horus, en tout cas le roi, dont le serekh suit immédiatement : soutoii meri, douaou Hor hrou neb, Hor Noutir khet (Tombeau de Noutirkhet, K 1 : Garstang, Beit- Khallaf, pi. vni, 2).
3 Stèle de Nakht-Khem (Louvre G 53 : infm p. 381, n. 1 et 384, n. S). Cf. inscr. d'Aï [infra, p. 387, n. 8).
i Inscr. de Karnak, 1. 16-17 {infra, p. 396, n. 3). 5 Cf. infra, p. 396, n. 6.
<> Cf. supra, p. 363.
7 Le papyrus de Boulaq n" vu conserve des fragments d' « un traité mystiffue renfcr- » ment les prières que l'on doit adresser à chaque iieure de la nuit et à chacune des » divinités protectrices de ces heures pour la santé du roi » (Maruîtte, Pap. de Boulaq, t. I, p. 10', pi. 36-38; Maspero, Pap. du Louvre, p. 5'J sqq. ; Moret, Royauté, p, 389-310).
8 Décret de Memphis {infra, p. 401).
9 Supra, p. 377-378,
if* Voir ,'iupra, p. 363 {L c).
" « Ils adorent les dieux du roi » (Déïr-el-Bahari, Naville, III, pi. 62, 1. 21. Cf. Moret, Royauté, p. 210).— Hirkhouf « concilia » si bien la terre des Timihou en Nubie « qu'elle » adorait tous les dieux du roi » r oun-f her doua nouterou nebou n adu (Inscr. d'Assouan, à dr., 1. 14 : Schiapabelli, p. 19; Sethe, Urk., I, 126; M.\spero, R. Crit., 1892, II, 360).