‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 160 sur 182 · LE ROI DANS LES RITES DIVINS · texte numérisé non relu

LE ROI DANS LES RITES DIVINS

comme un fils ; les dieux l'enserrent de leurs bras, ou, placés derrière lui, le couvrent de leur protection ; les déesses même prennent de lui des soins délicats : elles le reçoivent sur leurs genoux et lui tendent le bout du sein maternel'. Enfin lui-même se mêle aux dieux dans leur propre rôle. Il trône parmi eux; il reçoit les encens, les offrandes et les prières de son fils. Ou bien il prend part à leur vie, en dépit des lois du temps, il les seconde dans leurs aventures mythologiques ; il monte dans la barque d'Horus, le suit dans ses conquêtes et Faide à triompher de ses ennemis - . De tous ces tableaux et de leurs légendes ressort cette impression que le roi, fils du dieu suprême, est Tégal des dieux.

D'ailleurs, dans tout temple, aucune fête ne se célèbre, aucun sacrifice, aucune cérémonie sacrée ne s'accomplit, en l'honneur des dieux sans la participation du roi. Et non seulement il y prend part comme prêtre officiant, soit en personne, soit par procuration; mais il est l'objet des rites et y reçoit des honneurs qui s'adressent à sa divinité. Tout service du culte des dieux dans les temples commence par les rites de la Chambre d'adoration, jji douent, pour mettre le roi en état de remplir son office sacerdotal, le clergé local lui servant seulement de substitut. Or ces rites constituent un véritable culte du roi, identique au culte des dieux, dont eux-mêmes ont donné l'exemple. Homs et Thot (ou Sit) ont momifié et purifié Osiris par l'eau et Tencens ; Horus (ou Râ au jour de « Viens à moi ») Ta pris dans ses bras, lui a redonné le fiuide vital, lui a remis les couronnes et les autres insignes de son empire sur le monde (et en particulier sur les Champs Aalou), lui a offert enfin les ahments bons et purs dont vivent les dieux. Ainsi le roi célèbre-t-il en faveur de tout dieu les rites osiriens, comportant purifications, embrassement, influx vital, costumage, offrande des emblèmes, de Màït et du repas sacrée Ainsi à son tour, ou plutôt avant l'office des dieux, le roi, dans la chambre

1 Voir chap. I«^ p. 27, n. 7 et 8.

' Particulièrement dans les tableaux d'Edfou.

3 MoRET, Rituel du culte divin journalier, 1902.

d'adoration, après une onîrée solennelle, reçoit d'Hor et Thot (ou des prêtres qui jouent leur rôle) la purification osirienne, d'Ouazit et Nekhabit la couronne et ses vertus magiques, puis, après la royale montée, Tembrassement du dieu principal ; entln il s'asseoit devant la table d'offrandes ^

Ces rites quotidiens du cuUe royal sont la commémoration sommaire de ceux de Tintronisation-, qui ne créaient pas la divinité du roi, mais la manifestaient aux yeux des peuples sujets et adorateurs. Comme, dans le ciel, Amon présente son fils royal au cycle des dieux, sur une estrade à pavillon, de même sur terre dans un temple royal, palais ou future chapelle osirienne, le père ou la mère du futur roi le présentent à la cour puis au peuple, qui Tadorent, « couchés sur le ventre » ^ ; la proclamation de son protocole ou de ses « grands noms » consacre la divinité de sa personne; puis des prêtres^, costumés en dieux, Anmoutef, Horus, Sit ou Thot, conduisent le fils de Râ dans la « grande salle », pi our, où ils le purifient, et ensuite dans la « salle large » ouskliit, où ils le font asseoir successivement sur les deux trônes du sud et du nord, dressés sous de-ux pavillons, et lui remettent les deux couronnes sonton kha et baït khâ'', puis lient sous lui les plantes symboliques du sud et du nord, sam tooui; après cela, le roi fait processionnellement le tour du temple, î^e?' ha anbou, image du circuit solaire, et revient monter au sanctuaire, sonton tes, pour y recevoir Tembrassement paternel du dieu.

Les grandes fêtes sed (hab sadou), inaugurales du culte royal dans tout temple nouveau, répètent les rites de l'intronisation et développent ceux de la chambre d'adoration*^ : purifications préalables, processions, au miheu des grands, des délégués de toutes

1 MoRET, Rituel, p. 9-30 et Royauté, p. 200-233.

2 MoRET, Royauté, p. 75-H3.

3 Déïr-el-Bahari (Naville, D. el B., 111, pi. 60, 1. 11; R. Tr. XVIII, p. 98; Sethe, Urk. IV, 257).

* « Les orneiiiunts royaux te .seront donnés par ceux qui habitent les demeures des dieux, kent ostou nouterou » (Déïr-el-Bahari, loc. cit., 1. 7).

5 Après avoir servi dans cette cérémonie comme « prophètes de la chapelle du couron- » neraent » noutir hon n pa choncht, Pachércnptah et son fds Imouth, continuèrent à officier comme « prophète d'Aulote » et « prophète d'Auguste » pendant la vie de ces princes (Cf. Revillout, /?. Erj., H, pi. 4fi-47).

fi MoRET, Royauté, p. 23;j-2t)9.

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