CLERGÉ, ADORATIONS
h'Hijmne à Rd, tout à l'heure cité, rappelle de môme le rôle céleste du roi et invoque à la fois Tappui du Soleil pour le Pharaon et celui du Pharaon pour le Soleil :
« Que le fils du Soleil, le Pharaon, soit vénéré pour tes mérites ; qu'il soit adoré quand » tu te lèves bienfaisant à l'horizon oriental du ciel ! C'est lui qui dirige ta course, ren- » verse tes ennemis devant toi, repousse tous tes adversaires, examine pour toi l'OEil en » son lieu i. »
Mais aussi on adresse au roi un culte direct.
De son vivant môme, il a un clergé préposé à son culte. Près de lui exercent leurs fonctions des prêtres royaux -, des officiants ^ des prophètes % et des « prophètes de l'IIorus dans le palais^ ». Ce dernier nom écarte bien toute équivoque avec un culte funéraire ^ Au temple, son culte est assuré par des fonctionnaires de la Salle d'adoration (pa douait) '. Nous savons que les prêtres royaux se relayaient de mois en mois ^ . Cependant on peut dire que le clergé royal se confond avec celui du dieu principal de chaque temple, jusqu'au temps des Ptolémées qui créent pour lui une classe spéciale, la cinquième dans tous les temples'-* .
Les termes dont on se sert pour désigner les hommages que rendent au roi les courtisans et les peuples, sont les mômes que pour désigner les hommages aux dieux; leurs associations et leurs substitutions en démontrent l'équivalence.
Ce sont des adorations (douaou), mot déterminé par l'homme debout, les deux bras levés. Quand Aménôthès II approche en
1 Pap. de Berlin (L. D., VI, 117; l. c.].
2 Souton ouabou (Mariette, Mast., 151, 154, etc.) — Une variante intéressante est celle de Ti qui, dans le tombeau de dame Hon-m-Rà, préparé d'abord pour lui, s'intitulait « prêtre » du tils du Soleil » Si Itd ouab [Ib., p. 140).
3 Khri-habi {Mast., 238, etc.).
■* Maspero [H. 0., I, 26G, n. 1) cite comme prophètes de rois vivants, ceux de Khéops (Toudi: Ma^t., 88-89), de Sondi (Chiri : Ibid., y2-93), d'Ousirkaf (Tapoumànkhi : Ibid., 198-200) etc.
5 Hor lier ab dhd aoutev hon : Kaï (Mast., 228).
6 Un nombreux personnel était attaché d'abord à la construction du temple funéraire du roi, puis au culte qui s'y rendait: ce dernier commençait sans attendre le décès du roi.
7 'Voir supra, p. 377 et 378, n. 5, infra, p. 398.
8 Un papyrus du 2" fond de Kahoun nomme les deux « prêtres royaux en leur mois » de service », souten ouab ani abud-f (Burcharut, jE. Z .. 1899, 94).
9 Décret de Canope, Stèle de Tanis, 1. 12-13 (Lepsils, 1866; Pierret, Le décret, p. 9-10 ; Brugsch, Thésaurus, VI; p. xiv sq., 1554 sq.).
vainqueur de la ville de Nii, « voilà que les Asiatiques de celte » ville, tant hommes que femmes, étaient sur leurs murailles » pour adorer Sa Majesté » K Ainsi font tous les barbares: « leurs » chefs et leurs tribus m'adorent » -, dit Ramsès III dans le récit de ses victoires sur les envahisseurs. Mais les sujets du pharaon s'unissent à ses ennemis : « T'adorent TEgypte et la Nubie, ^ » disent à Ramsès II ses conseillers réunis à Abydos. Thotmès P"" usait du même mot en présentant sa fille comme son héritière et en indiquant aux grands de l'Egypte leurs devoirs envers elle : « Si » quelqu'un l'aime dans son cœur et l'adore chaque jour, son » champ prospère*. » C'est ce que fait Nakht-Khem, prophète et intendant des greniers sous la xviii'' dynastie, « veillant à son poste » pour exalter les esprits du roi, matinal pour l'adorer chaque » jour » '\
Un autre terme, aaou, avec le même déterminatif, se rapporte aux acclamations, oraisons, chants dont on honore pareillement dieux et rois. « Les chefs de tous pays te font des adorations », dit Amon à Séti P""*^. Dans un texte de l'ancien empire, le médecin Sokhmit-ni-ânkhou, admis comme féal de Sahouri, le remercia aussitôt et « fit adoration au grand roi » ". « Tout le monde m'ado- » rait, » dit Sénouserit 111, pour marquer que dès l'enfance il était un vrai roi^ Un autre terme analogue sert encore à Nakhtkhem pour exprimer son culte, « il connaît son Dieu », c'est-à-dire le roi, et « il le révère » ^
L'adoration se fait plus profonde dans le proscynème, sen-to, ou flairement de la terre. Le sujet se précipite sur les genoux, puis
1 II«^r (louaou hon-f : Stèle d'Aménûthès II à Karnak (Champoluon, Mon., II, 143 : Masi'Eho, /E. Z., 1879, So-aS — B. Eg., VIII, 201 ; Leguain, Ann. Serv., 1U03, IV, 130).
2 Médinet-Habou, Ramsès III, an VIII, I. 26 (Chabas, Et., 232; Daressy, M.-H. 86).
'^ Duaou-tou-k Kamit, head Docherit (Inscr. ilèdicaLoire d'Abydos, L 69 (Maspeko, 47).
^ Déir-él-Bahari, Inscr. de rinlroiiisalion (Naville, It. Tr., XVIII, p. 100 cl pi. ii, 1. 27; D.-el-B., III, pi. 61; Sethe, Urk. IV, 20 a).
5 Res-n-i hér ast-i r ska biou-f, duau-n-i r duau-f hrou ncb. Stèle de Nakht-Khem : Louvre G 53 (Piehl, Inscr., pi. 10, p. ii).
" Hymne des 4 points cardinaux, Karnak, uiur N., 1. 12-13 (/{. Tr., XI, 06).
' Itdi aa n souten dd : Stèle de Sokliinit-nl-ânkhou (Mariette, Mast. 204).
8 Bou ouaou-na: Parchemin d'Héliopolis, 1. 8-9 (Steun, JE. Z., 1874, 87 ; Chabas, Choix de textes, p. 7 ; Maspero, //. Or., I, 504).
» Rekh nouter-f, terr biou-f: Statue de Nakht-Khem à Gournah (R. Tr. XVI, 43).
PROSCYNÊME AU ROI 385
s'étend le nez dans la poussière, rampe sur le ventre et baise la terre, ou du moins en respire l'odeur. L'étiquette l'exige en présence du roi ^ ; mais c'est aussi une pratique cultuelle dont on use devant son image ou son double invisible. En célébrant l'office de son dieu, le prêtre songe à son roi et les unit dans son hommage. « J'ai flairé la terre, dit-il, pour que vive le Pharaon et soit adoré » le maître des deux terres-. » Agissent de môme les visiteurs d'un temple quelconque, dévots ou pèlerins. A Silsilis, le capitaine loui « fait adoration à Amon, Ptah, Sokhmit, Toum, et pro- » scynème au roi x)^ La tradition s'en perpétue jusque dans les proscynèmes grecs de Philae *.
Toutes les offrandes par lesquelles se traduit le culte se font au roi comme aux dieux. Les conseillers de Ramsès II, réunis àAbydos, en marquent bien le caractère quand ils lui disent:
« Toi, tu es un dieu pour tous les hommes : ils veillent pour te faire l'oCfrande de » l'encens selon l'ordre de ton père Toum ; t'adorent l'Egypte et la Nubie ». »
La formule du souton dl hotep, qui résume toutes les offrandes, pouvait s'adresser aussi bien au roi vivant qu'aux rois défimts de Thèbes et aux dieux ^. Roï, grand prêtre d'Amon, grand pontife des dieux el de toute l'Egypte, par surcroît chef des travaux pour tous les monuments du roi, dédiait ainsi une stèle à Harmakhis, à Ptah et au « double divin du roi Ménéptah », dont il était le ministre ^
I 3. — Le culte du roi non présent.
On adorait le roi en son absence, aussi bien qu'en sa présence. C'est qu'alors le culte s'adressait à quelque dédoublement de la personnalité du roi.
1 Par exemple dans la stèle de Piànkhi. — Cf. supra, p. 368-9, 371, 373.
2 Sen-i, dnkh pirdd, aaou n neb taoui : Rituel d'Amon, ch. 12, iv, 9 (Moret, p. 57).
3 Aaou elsenlo. Silsilis, spéos ouest, Inscr. d'Ioui (L. D., III, 201 d).
* Lethoxne, Rec. des Insc. grecques et latines d'Egypte, 1848, passim.
» « Tu[k] m nuter n bu nebu; nehds-tu er rdd-nak nuter-sen...: rdd duau-tu Kamit » hend Docherit. » Inscr, dédie. d'Abydos, 1. 69 (Maspero, p. 47).
s Dans le mastaba n" 11 de Dachour, le souton di hotep adressé par Khentkhitièmsaf à Sénouserit III, dont la pyramide est voisine, a dû être rédigé du vivant de ce roi traité en dieu (D.\ressy, R. Tr., 1902, XXIV, 163). De même le souton di hotep à Ilâtchopsou par sa nourrice Sitrâ (Stèle de Vienne : Bergmann, R. Tr., IX, 49).
7 Inscr. de Roï, Silsilis (L. D., III, 200 a).
En même temps que le roi et en face de lui, on adorait déjà son double {ko) ou son esprit {bd). Ainsi, en Conseil du roi, ses courtisans « lèvent les bras pour adorer son double » K Mais doubles et esprits se transportaient et résidaient dans des temples où jamais on n'avait vu le roi en chair et en os. II partageait ce privilège avec les dieux. Nous venons de voir Roi unir le double du roi et les dieux dans les hommages de sa stèle ^. Même puisque la personne du roi, plus riche que le commun des mortels, se subdivisait en plusieurs esprits et plusieurs doubles, quatorze comme ceux du Soleil son père^ tous ses doubles et tous ses esprits jouisaient ainsi du don d'ubiquité. Des temples s'élevaient en l'honneur des doubles du roi, des bas-reliefs les représentaient, des statues les incarnaient et recevaient les honneurs royaux et divins. Les « supérieurs du mystère dans la salle d'adoration » étaient les prêtres des doubles royaux^. Le culte des statues auxquelles s'unissaient les doubles empruntait ses rites au culte osirien ^.
De même pour les âmes ou esprits royaux, au nombre de trois ou de sept ; ils participent intimement de la divinité du roi :
« On jure par le nom du roi dans tous les pays à cause de la grandeur des esprits de » Sa Majesté ^. »
Ce sont ces esprits, grands^ et redoutables, qui protègent les habitants de FÉgypte et terrifient les ennemis :
« Exultent tes clans par ta prudence, car tes esprits ont pris l'administration de leurs » fortunes, » chante l'ode à Sénouserit III *.
1 Stèle de Ramsès II à Kouban, 1. 12 (Prisse, pi. xxi; Ghabas, Mines, p. 23; supra, p. 373, n. 2).
2 Supra, p. 385, n. 7.
3 Sur les 14 doubles de Rà. Cf. Décret de Ptah (Ibsamboul, 1. 13 : L. D., III, 1894; Médinet-Habou est indistinct). Sur les 14 doubles et les 7 âmes du roi, texte de Philae (Mariette, Dendérah, texte p. 219, n. 3), tableaux d'Ombos (de Morgan, Ko7n-Ombos, I, 186-188), de Louxor (L. D., III, 74-75; Gayet, pi. 76-77) et d'Abydos (Mariette, I, pi. 29). — Cf. Maspero, h. 0., I, p. 259 et 261, fig. ; Moret, Royauté, p. 57 et 22G, fig. 8-9, 64, 75).
* Her secheta n pi douàout (Mariette, Mastabas, p. 176, 185, 270, 312, 420, 456. — Cf. Moret, lioyauté, p. 226).
5 Cf. Moret, op. cit., et infra, p. 393 sqq., 399 sqq. « Stèle de ïhotmès I à Toaibos (L. D., III, 5 a; Pieiil, P. Et., p. 5).
7 A Ramsès III les chefs enchaînés disent : « T(!s esprits sont grands, ô roi vain- » queur! « Médinet-Habou, forteresse, tour nord (Dariossy, p. 51). Cf. Poème de Pentaour, Louqsor, 1. 83 (de Rougé, /i. Tr., I, 7, infra, p. 387-388).
8 Ode de Kahoun [Pap. Pétrie, I, pi. 1; Maspero. B. Eg., VIII, 407).