‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 164 sur 182 · DOUBLES ET AMES OU ESPRITS ROYAUX · texte numérisé non relu

DOUBLES ET AMES OU ESPRITS ROYAUX

« L'esprit de Sa Majesté a étendu les frontières du pays ^ » raconte-t-on de Thot-

mès I^"^ *.

a Ses esprits enchaînent les méchants », dit de Ramsès II un poète courtisan. 2 » « Votre salut dépend de aies esprits », dit Ramsès III à ses sujets solennellement

assemblés 3.

Dans un hymne, Amon même est censé le lui certifier :

« Tes grands esprits mettent l'affliction en tout pays étranger. * »

Aussi les Égyptiens les adoraient-ils, soit en présence du roi, soit dans les temples. Dès l'ancien empire, le ministre Ouni faisait « construire un édifice... pour invoquer les esprits du roi de » la Haute et de la Basse Egypte » ^ A Thèbes, un autre ministre, Amon-hotpoQ-Houi, « célébra ses âmes et adora Sa Majesté en » tout temps » ^ A Tépoque des dissensions religieuses, le prophète Nakht-Khem « exalte les esprits du roi » \ et le père divin Aï déclare qu'il « a vécu en adorant son double » ^

A plus forte raison, exige-t-on des étrangers les plus humbles louanges. Les conquêtes de Thotmès III ont un caractère religieux autant (|ue matériel : après la bataille de Mageddo, « les » princes de ce pays vinrent, avec ce qui leur appartenait, se » prosterner devant les esprits de Sa Majesté et implorer le souffle » pour leur narine » ^ Presque avec les mêmes termes, la stèle apocryphe de la princesse de Bakhtan narre que Ramsès II allait en Asie chaque année recevoir les hommages de ses vassaux, « et » les princes de toute la terre venaient courbés sous le poids des » offrandes qu'ils apportaient aux âmes de Sa Majesté »"^. Devant le même Ramsès II, Pentaour en son poème montre les princes d'Asie prosternés : « tous les révoltés vinrent se courber devant » les esprits du roi » ; et il lui fait dire par le messager du roi des

1 st. de Tombos {op. cit., Piehl., p. 4).

2 Pap. Anastasi II, pi. m, 1. 6 (Maspero, G. Ep., p. 82).

3 Pap. Harris, p. 80, 1. 1.

*■ Hymne des parallèles, Médinet-Habou, 1" pylône (Dûmichen, H. /., I, 11-12; Daressy, m. -H., p. 61).

5 Inscr. d'Ouni, vi« d., 1. 47-48 (de Rougé, Sic dyii., pi. vm, p. 143).

6 Base de statue à Karnak, xviii» d., 1. 19 (Mariette, Karnak, pi. 36).

7 Stèle de Nakhlkhem : Louvre G 55, xviii» d. (Pierret, II. 90 ; Piehl, /. H., pi. 10, p. 12).

8 Tombeau d'Aï à Hagi-Qandil, 1. 13 [R. Tr., XV, 47-49).

» Annales de Thotmés III à Karnak (Maspero, R. Tr., III, 149 = B. Ey., VIII. 229, 238). "Stèle de Paris, xx« d. (Prisse, pi. 34; Maspero, Contes,^. 216).

Khétas : « Ne t'empare pas de nous, ô toi dont les esprits sont » grands!... Il t'adore : calme ta colère*. » Et semblablement les sculpteurs de Médinet-Habou prêtent aux chefs vaincus par Ramsès III cette prière: « Accorde-nous les souffles, afin que... nous » puissions célébrer tes esprits-. » Pareilles adorations aux esprits du roi sont un lieu commun qu'on rencontre à toute époque ^ .

Le même respect religieux s'adresse au nom du roi. Part importante de la personnalité du roi, son nom est regardé comme redoutable et protecteur. Intimement lié aux esprits du roi, il participe à leur divinité et à leur souveraineté. Aussi on le vénère en tout lieu, on le craint, on l'invoque et on jure par lui :

« Son nom pénètre jusqu'au pourtour du ciel ; il traverse le double pays jusqu'au » Douaout ; on jure par lui dans tous les pays, à cause de la grandeur des esprits de Sa » Majesté; on l'a vu dans les Mémoires des Deux Pleureuses depuis le temps des suivants » d'Horus ^. »

Le nom royal ne résulte pas de l'arbitraire des hommes, mais procède d'une prédestination divine. Ainsi lorsque la chancellerie royale compose le protocole {nekheb) ou la série officielle des noms {ran our) d'un nouveau roi, elle ne fait que consacrer sans s'en douter la décision antérieure du divin père qui a formé ces noms avec les paroles de bienvenue échangées entre la reine et lui% voire même d'un décret rendu au temps fabuleux du règne

1 Poème de Pentaour, Louqsor, 1. 10, 83 et 87.

2 Médinet-Habou (D\ressy, p. 4G).

3 « Toute terre saluait ses esprits. » Stèle de Toutànkhamon, 1. 12 (Leguain, R. Tr., 1907, 167). — « Leurs chefs se prosternent devant mes esprits. » Ramsès III, Médinet- Habou, forteresse, tour sud (D.\riossy, 51). — « Les septentrionaux viennent eu rampant » devant tes esprits. » Hymne des parallèles (D.\ressy, p. G2). — « Je t'ai donné que » l'Occident et l'Orient s'inclinent devant tes esprits. » Nectanébo, table de Ficoroni (Maspeuo, ap. Lakaye, Divinités d'Alexandrie, p. 333). — « Tous les pays se courbent » devant tes esprits. » Ptolémée II, stèle de Pithom, 1. 28 (N.wille, tê". Z., XL, 75, pi. m).

. * Stèle de Thotmès I" à Tombos, I. 14 (L. D., III, 5 a; Sethe, Urk., IV, 85 ; Piehl, P. Et., p. 4-5).

5 « Ils (les cérémoniaires khrihabiou) rédigèrent ses noms royaux (d'IIâtchopsou) selon » (l'inspiration du) dieu qui mit en leurs cœurs de faire ces noms comme il les avait » faits auparavant. « (Inscr. de l'intronisation, I. 34-35 : Naville, R. Tr., XVIII, p. 100, et Dcïr-el-Bakari, pi. 62. — Cf. pour le nom d'Aménôthès III, les textes de Louqsor, BouniANT, y; . Tr., IX, 84; Mohet, Royauté; supra, ch. i, p. 40.

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