‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 166 sur 182 · SERMENT. STATUES ROYALES · texte numérisé non relu

SERMENT. STATUES ROYALES

celui des dieux ; la pesée de l'âme s'en ressentirait. Dès ce monde on s'exposerait à subir les sanctions humaines et divines : la police veille et les dieux frappent le sacrilège. En présentant sa fille à ses sujets, Tliotmès P' menace l'irrespectueux de mort subite K L'ouvrier Mosou scandalise un surveillant de la nécropole par ses jurons : « Sainteté d'Amon ! Prospérité du souverain v. s. f. dont ^) la grandeur des esprits tue ! » mais le bon policier a pitié du pauvre diable et ne veut pas le faire châtier -. Cependant on invoque solennellement le nom royal pour donner créance à sa parole ; et le serment par le roi crée des obligations civiles comme le serment par les dieux \ En justice, le serment peut être déféré tant en matière civile à des parties pour prouver leurs droits *, qu'en matière criminelle à l'accusé pour se défendre, aux témoins pour le charger ou le décharger^; des procès-verbaux relatent le « serment royal », déféré ou prêté, et en donnent les termes qui se ramènent à cette formule : « Par Amon ! par le prince ! » Si je mens, si..., que je sois mutilé, etc. » ^ La mort, la mutilation, la transportation puniraient l'abus du nom du roi \

L'image du roi, statue en bas relief, recevait les mêmes honneurs que la statue des dieux. Le colosse royal placé dans le

' « Si quelqu'un parle contre le nom de S. M., les mains des dieux le tueront sur le » champ. » Inscr. de l'intronisation d"Hâtchopsou, 1. 27, cf. I. 15-16 (Naville, R. Tr., XVIII, 100 et pi. n; Sethe, Urk., IV, 260 et 257).

2 Pap. Turin, pi. XLm, 1. 6-10 (Chabas, Tr. S. B. A., 1872, I, 177-182 : Mél, IV, 47-48).

° Thoutmosou, gardien du temple de Menpéhtirî, rappelle à un collègue qu'il doit lui livrer un âne; devant la menace de le déférer à la justice, il a supplié et promis de rendre : « Tu me juras par le maître (dnkhi art ànkh neb) disant « je te le ferai amener » ; » et voici que tu ne l'as pas fait amener » (Pap. Boulaq : Maspero, jUJ. Z., 1881, p. 119).

* DioDORE, I, 77 et 79; Rkvillout, Rev. Eg., l, 94 et 101-107, serment de la veuve sur ses apports; I, 180-182; II, 15-18 et 72-74, serments décisoires ; IV, 133-14(1; V, 23-29, leçon du Louvre.

5 Spiegelberg, Studieii zum Rechtwesen, p. 71-81; Revillout, Interrogatoire, R. Eg., 1897; Capart, D)-oit pénal, p. 25-36; suj)ra, ch. vu, p. 306-307.

G Pap. Abbott, p. v, vi (Chabas, Mél., III, 80, 95, lOo). Pap. Sait 124 (ib., III, 180, 187). Pap. Mayor A et B de Liverpool, Pap. Harris 1 (A) et 499 (C). (Spiegelberg, op. cit., p. 73, 75, 77; Revillout, Actions, passim).

7 Spiegelberg et Capart, loc. cit. (supra, p. 307 et 312) — Cf. : « Il fit un Vie du Seigneur royal, en disant: « Prospérité du roi! vie du souverain dont les volontés » donnent la mort!... Si j'ai retourné une parole en cela, qu'il m'arrive souffrance ». Plainte de Kenna : Ostracon du British Muséum (Birch, 'Inscr. of Brit. Mus., pi. xii; Chabas, Mél., III, 204).

temple d'un dieu n'était pas un ornement ou un simple ex-voto, mais une idole. En effet le roi introduit dans une triade ou dans une ennéade participait à la divinité et au culte des dieux associés, et cela de son vivant môme. Parfois même ils sont seulement ses parèdres dans le temple consacré au roi comme divinité principale ^

On a pensé que ce culte du roi vivant était né de la raison d'état en pays conquis -. En effet, à Tounipa et dans une autre ville de Syrie, on adorait des statues de Thotmcs IIÏ et de Ramsès II à côté de celles d'Amon^. La Nubie aussi se trouvait toute jalonnée de ces temples royaux. A Gerf-Hosséïn ^, à Derr^ à IbsambouP, des colosses de Ramsès II gardaient l'entrée du temple; puis, au fond du sanctuaire, un groupe trônait composé du roi avec deux ou trois autres dieux, Amon, Ptah, Horus ou quelque déesse. Aménothès III était adoré à Soleb^; son épouse Tii à Sédéinga^ ; Thotmos m et son fils Aménothès II à Semnéh^; Aménothès P"" au canton de Kari***. Ces princes n'avaient point innové ; à Semnéh, Thotmès III restaurait le temple et le culte de Sénouserit III *S également adoré avec Amon et les dieux de Nubie, Didoun, Khnou-

' Au Ramesséum, Ptah et Sokaris étaient qualifiés « dans le temple de Ramsès II » (Pyramide de Vienne : Bergmann, R. Tr., IX, 51). — Voir ci-dessus, p. 366, n. 1, et cidessous, n. 5 et 6.

2 Cf. Ed. Meyer, Gesch. Alt., I, 268-269; Gesch. JEg., 251-252; Erman, yEgypten, p. 93. Contra : Maspero, H. 0., I, 266, n. 1; Moret, Royauté, p. 279-280.

3 Sur la statue de Thotmès : Bezold-Budge, Tell-Amarna Tabletts n» 41, p. lxx-lxxi; Halévy, Rev. Sem., 1,379-382; II, 15-16; Delattre, Pr. S.B. A„ 1892, XV, 16-20. — Sur celle de Ramsès II : Brugsch, Rec, II, pi. liv, 2; Gesch., 514. — Cf. Maspero, H. 0.,

* Pa-Ptah, Tutzis. Dans une des 4 niches de la l"" salle, la triade Ramsès II, Satit, Tafnouït (Champollion, Mon.).

6 Dans l'adytum de Derr : Ptah, Araon-Râ, Ramsès, Harmakhis (Champollion, Mon.; L. D., III, 184 h).

0 Dans l'adytum d'Ibsamboul : Ilor, Ramsès, Amon, Ptah, et la triade Amon, Ramsès, Maout (Champollion, Mon. Not., p. 72; L. D., III, 188-190).

7 Temple de Soleb (Hâït-Khàmmâït) : (Lepsius, Z^Wt/e, 256 et 415; L. D., III, 83-89; Lefébire, Rites, p. 38-41; Maspero, H. Or., 11, 300-302).

8 Sédéinga (Lepsius, Briefe, p. 257; L. D., III, 80, oi ; Maspero, H. 0., II, 303, n. 3).

9 Semnèh (L. D., II, 136 b; Lepsius, /E. Z., 1877, p. 21; Buugsch, Géog. Insc, I, 46; DE RouGÉ, Insc. de Semnéh. p. 2-3. R. Avrh., 1" s., V, 311; VI, 360; Wiedem.\nn, (7(>scft.,253; Maspero, H. 0., II, 300).

10 Bélier du Musée de Vienne (Bergmann, R. Tr., IX, 50; Wiedemann, Gesch., 321; Maspero, H.O., II, 100 et 300).

n Graflltes de Râsenb et de Thotmès III [loc. cit., et L. D., III, 55, 1. 3-4; Caillaud, Voyage, t. II. pi. xxix, 3; de Rougé, Mém. sur qq. phénomènes, p. 22, R. Arch., 1" s, t. IX; Criim, Stèle from Wady-Halfa, Pr. S. B. A., 1893, XVl, 16-17; Maspero, //. 0., I, 479).

A l'étranger et en Egypte 39S

mou, Anoukit, à Chataoui et à Dochkéh ^ ; des circonstances analogues produisirent les mêmes effets sous les xix^et xvm^ dynasties que sous la x^^

C'était bien de leur vivant qu'on adorait ainsi ces rois et leurs statues. Une inscription de Semnéh avertit que « Sa Majesté avait » permis qu'on érigeât sa statue sur la frontière qu'elle-même » avait établie- ». L'inscription du voyage d'Hâtchopsou lui fait dire par tous les dieux : « Tu as fait élever tes statues dans tes » temples^». Une autre inscription très mutilée raconte l'envoi par la même reine aux Echelles de la myrrhe, d'une statue ou plutôt d'un groupe la représentant avec Amon et les grands dieux de Pouanil, pour permettre que ce pays les vit ensemble : quand la statue fut rendue à destination « les grands de Pouanit lui » rendirent hommage..., vinrent en se courbant par crainte, (sui- » virent) comme font les chiens, les bras (chargés de tributs)... » et implorèrent... Makarâ'' », Ramsès II donna lui-même le nom de « Ousirmari-zosir-choufi » à son image, « statue vivante de » Ramsès ÎI sur la terre de Nubie » à laquelle il consacra le temple de Sarrah^.

De là, cette conséquence si bizarre à nos yeux, mais devant laquelle ne reculèrent pas les Egyptiens : le roi, chef de tous les cultes, inaugurant le sien propre et s'adorant soi-même, comme le montrent les bas-reliefs de Ramsès II à Ibsamboul ^ et le racontent les inscriptions d'Aménôthès III à Solèb^

Mais il n'en allait pas autrement en Egypte môme. En plein Delta, dans le temple de Bubastis, sa capitale, Osorkon II adore

* Insc. de Chataoui (Champollion, Mo7i., pi. i, 3 et t. I, p. 609; L. />., III, 114 h; Maspero, h. 0., I, 479); — Dochkéh (L. D., III, 59, H. 0., ih.).

2 Sénouserit III, an XVI (L. D., II, 136 h; Maspero, H. A., 106).

3 D6ïr-el-Bahari, inscrip. du voyage, I. 9 (Naville, R. Tr., XVIII, 93; D.-el-B., III, 57 ; Sethe, Urk., 247).

* Déïr-el-Bahari (Mariette, Z).-p/-5., 5; Naville, D.-el-B., III, 69; Sethe, Urk., IV, 316-318; ^. Z., 1905, XLII, 91-99 ef pi. v).

5 Temple de Sarrah ou Akchch (Savce, R. Tr., XVII, 163; Maspero, //. 0.,II, 302, n. 1).

8 Ibsamboul : salles latérales (Champollion, Mon. Not. ; Guieysse, R. Tr., VIII, 121; L. D., III, 138 A et 189 e); petit temple (L. D., III, 191 n) : Ramsès-roi tend des offrandes, vin, signe de vie, fleurs à Ramsès-dieu sans cartouche, et celui-ci accorde sa protection à son adorateur.

7 Loc. cit., p. 394.

sa propre statue ^ Avant lui, quand la décadence ne s'est pas encore fait sentir, Aménôthès III à Louqsor offre le repas sacré à sa propre image associée à celle de Maout". Thotmès III installe sa statue des millions d'années dans le temple de Ptah à Thôbes ^ et une autre statue de lui dans le temple d'Amon lui-même à Karnak, avec des noms spéciaux *. Séti I" à Radésiéh, se met sur le même pied que « les autres dieux », à qui il édifie un temple orné de leurs statues avec la sienne ^ Après ses triomphes sur les Khétas, Ramsôs II érige dans le sanctuaire d'Abydos sa propre statue et ordonne les détails du culte à lui rendre®. A Médinet-Habou Ramsès III a placé sa statue près de celle d'Amon, pour lui servir d'acolyte dans toutes les cérémonies du culte ^ En effet, dans la procession de la fête de Mîn présidée et conduite par le roi en personne, devant le dieu marchent « les divinités qui le servent et aussi les images des rois décé- » dés qui l'ont servi » ; or ces divinités sont représentées par les emblèmes d'Ap-ouaïtou, Amon, Horus, ïhot, Nofir-Toum, Hâthor, accompagnés des attributs royaux, et les statues de huit prédécesseurs du roi forment une ennéade avec celle de Uamsès III lui-même^.

Ainsi donc, en Egypte comme en Nubie et en Syrie, au temps du nouvel empire Thébain, le culte des statues royales avait lieu du vivant du roi, en sa présence, avec son concours. Que le roi

« Naville, Festival-hall of Bubastis, 1892; Maspero, Rev. crit., 1892, II, 386-398, H. 0., III, 160.

2 Gayet, Louxor, pi. 70.

3 Stèle de Karnak, I. 16-17 (Maspero, C.-R. de l'Ac. I. B.-L., 1900, p. 119-120) ; et. infra, p. 397, n. 2.

■i Inscr. de l'an XXIII à Karnak. pylône fi, 1. 16-17 (L. D., III, 30 b; Brucsch, Rec, I, 44; Sethe, Urk., IV, 748; cf. infrà, p. 400).

6 « Le roi cnnimanda qu'on mît des ouvriers sacrés On fit, en taillant la roche, un

» temple dans lequel on plaça [Amon]-Rà, dans son sanctuaire; Ptah et Osiris. dans » sa grande salle; Horus, Isis et Séti et les autres dieux, dans ce temple. » (Radésiéh, L. D., III, 140 b; Chabas, iiibL Ëg., IX, 4.^); Soc. Chalon, janvier 1856, Ul, 2" p.).

6 Inscr. du temple de Ramsès II (Mabiette, Abydos, II, pi. 3, p. 12.

7 « Je confectionne des images pour reposer dans l'intérieur de ton temple; je

» place mon image devant tes statues, ornées de toutes les pierres précieuses, pour » l'accompagner chaque fois que tu sors, dans toutes les l'êtes de chaque jour, quand tu » promènes ta belle face. » Médinet-Habou, 2" cour, mur N.-E., reg. inf'', fête d'Amon (Daressy, p. 120-121).

8 Ibid., reg. sup', fête de Min, 4" et 5» tableaux (L. D., III, 213; Daressy, p. 123-125). Cf. Ramesséum (L. D., III, 163).

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