‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 165 sur 182 · LE NOM ROYAL · texte numérisé non relu

LE NOM ROYAL

des dieux sur terre. Aussitôt après les cérémonies de l'intronisation, pendant que les oiseaux symboliques messagers du couronnement s'envolent vers les quatre points cardinaux ^ chaque roi envoie à tous les fonctionnaires l'annonce de son avènement et le protocole à reproduire en diverses occurrences ; il en spécifie notamment l'emploi dans les sacrifices et dans les serments, suivant la rédaction officielle : tel est l'objet d'une circulaire de Thotmès I" parvenue jusqu'à nous^.

Divin, le nom du roi exige un culte comme ses doubles et ses esprits. Quand Thotmès P"^ célèbre la grandeur de son nom, il l'assimile à celle des plus grands dieux ^ Quand Hàtchopsou se flatte que, grâce à deux obélisques érigés à son père Amon en l'an V, « son nom dure et persiste dans ce temple à toujours et à » jamais » ^, elle ne conçoit pas l'ambition vulgaire d'un artiste qui aspire à l'admiration de la postérité, ou l'espoir de survie d'un simple mortel qui a gravé son nom sur ses stèles funéraires : elle est sûre que son nom et sa personne participeront au culte rendu en ce lieu même à la divinité d'Amon. Quand Séti l^^ construit un temple à l'entrée des routes du désert, il veut qu'on y adore les dieux, mais il compte bien qu'il partagera ces adorations et que « les peuples rendront les honneurs divins à son nom dans » la suite des années » ^ Le poème de Pentaour montre Egyptiens

« Médinet-Habou (L. /)., III, 212 b; Daressy, M.-II., p. 126); Edfou (Brugsch, Fest- Kaleiider, p. 13 et pi. 7; Rochemonteix, Edfou, II, p. 14-15); Dendérah (L. D., IV, 57 a). — Cf. MoRET, Rituel, p. 28, et Royauté, p. 104-106.

2 «. [Ordre du] roi, pour te faire savoir l'avènement de Ma Majesté, v. s. f., en roi de » la H^" et de la B"« Egypte sur le trône d'Horus-vivant, sans égal, éternellement. Fais )) mon protocole ainsi : « Horus, taureau fort, aimé de la Loi, le réunisseur des deux cou- ■>■> ronnes, apparu dans Néserit, grand de vaillance, Horus d'or, bon dans les années, n vivifiant les cœurs, le roi de H^e et 5««« Egypte Aà-khoper-ka-Rà , fils du Soleil » Thotmès, vioificateur éternel pour toujours. » Fais offrir la table sacrée aux dieux » d'Eléphantine dans la province du sud en exécutant les cbants pour la personne » v. s. f., du roi de H'" et B"' Egypte Aâkhoperka-Râ, vivificateur. Fais prêter un serment » inviolable par le nom de Ma Majesté, fils de la royale mère Sénisonbi salvatrice. Ceci » est écrit pour te le faire assavoir (et) pour la prospérité et la santé du Palais Royal. >) Lan 1, 3^ mois de Pirt (Phamenôth), le 21, le jour de la fête de mes avènements. » (Stèle de Ouady-Halfa, Musée du Caire : Erman, ^. Z., 1891, XXIX, 118; Sethe, Urkunden, IV, 79).

3 Supra, p. 338, n. 5.

* Obélisques de Karnak, face nord, 1. 6-8 (Prisse, M. Eg., pi. 18; L. D., III, 24; Sethe, Urk., IV, 362 ; Maspero, H. 0.. II, p. 244).

» « Les peuples je les ferai vivre : ils rendront les honneurs divins à 'mon nom,

» dans la suite des années; ils viendront elles générations futures viendront aussi se

et étrangers soumis pareillement à ce culte : « Mes soldats » vinrent glorifier mes noms », dit Ramsès II; plus loin, « le » prince de Khéta envoya pour supplier les grands noms de » Sa Majesté », et le messager, qui apporte cet « écrit adressé » aux grands noms du roi », implore celui-ci et Tassure que son maître l'adore ^ A Médinet-Habou, les chefs vaincus confessent que « le grand nom de Ramsès III vainc les barbares » ^ et « les Hirouchaou s'inclinent devant lui » ^ ; toutes les ressources de la prose et de la poésie célèbrent la perpétuité de ce nom associé en tout lieu à la grandeur d'Amon et du disque solaire ^.

En fait, sur les monuments et les parois des temples, les noms royaux s'étalent en place noble, signalés au respect par des cadres spéciaux nommés par les modernes « bannière » et « cartouche », en réalité emblèmes du temple des doubles et du circuit solaire. La composition et le développement du protocole ^ y proclament la divinité du roi. En l'absence du roi en personne, à défaut de statue qui le représente, prononcer son nom, c'est l'évoquer : toutes les cérémonies seront dès lors valables, l'hommage du culte parviendra jusqu'à lui.

Les noms et prénoms des rois servent à former des noms de particuliers. On met sous la protection du roi, l'enfant qui naît sous son règne en l'appelant d'un des éléments du protocole

» louer de moi, à cause de ma générosité. » Séti I, inscr. de Radésiéh (Chabas, B. Eg., IX, 38-39; cf. p. 46-48 et 56-57).

1 Poème de Pentaour : Louqsor, 1. 62, 78, 80 (de Rougé, R. Tr., I, 6-7; supra, p. 388, n. 1).

2 Médinet-Habou, forteresse, tour sud (de Rougé, /. H., 128; Piehl, /. H., pi. 148; Daressy, p. 52).

3 Hymnes des parallèles, \<" pylône sud (Dumichen, //. /., H; Daressy, M.-H., 61).

* « Que sa demeure soit à Thébes, à Memphis ou à Héiiopolis, le nom du roi Ramsès III » y est également pour toujours. » Salle royale (Daressy, p. 148). — « Tu as donné que » mon nom y figure autant que le ciel aura le disque, chaque jour. » Trésor (Dumichen, 30; Daressy, 140); — « ...autant que le Soleil voyagera dans sa barque, qu'il parcourra le » ciel, ([ue la voûte céleste s'étendra sur les terres et les mei's, que le Soleil et la Lune » brilleront, que les montagnes seront fermes sur leurs bases. « Porte du 1^'' pylône (Daressy, 74); — «... autant que le Soleil brillera à l'est et se dirigera vers l'ouest du » ciel, que les étoiles scintilleront au ciel, que la Lune renouvellera les saisons. » Porte de l'hypostyle (Daressy, 135).

» Cf. Erman, ."Egypten, 90-'.M ; Brugrch, Mgyptologie, 202-203; Maspero, Les 4 noms, Et. Eg., II, 27i-288 et //. 0., I, 260-253; Moret, Royauté, p. 17-38).

NOMS THÉOPHORES, CIRCONLOCUTIONS 391

royal', ou en combinant ces éléments avec d'autres-, comme on fait pour les noms des dieux : eux aussi se mettent en tète. La grammaire et Torthographe sont, en effet, pleines de déférence; le nom du roi comme celui des dieux bouscule la construction de la phrase et échappe même à la règle de la prothèse du verbe.

Mais le sujet n'ose point pour l'ordinaire, prononcer ce nom. Souvent il le taira : un mot vague dans la phrase lui suffira pour faire entendre qu'il parle de celui qui remplit sa pensée ; s'il dit : « On vient, on commande ^ », nul ne s'y trompe ; c'est du roi qu'il parlait. D'autres fois il préfère employer des circonlocutions euphémiques ^ Il appellera le souverain par des titres qui le désignent directement : l'Horus, le Dieu bon, noutir, nofir, Sa Majesté, hon-ef^, le Seigneur de la double terre, neh-tooui^ ; le

1 Sous la xi" dynastie, on voit des quantités d'Antef; sous la xii", des Sénouserit et des Amonemhàït; sous la xni« des Montouhotpou et des Sobekhotpou ; la xvni» multipliera les Ahuîès, les Thotniès, les Ainonhotpou; la xix° les Ramsés et les Séti; la xvi« les Psamitik et les Ouâhibrî. De même on voit sous la xu» des Sehotpouabrî, etc...., ou encore sous Aménôthès III, un Moui-en-hikou (Louvre C 5'J : Pieiiret, Rec, II, 24). Un portier de l'Ast-mâït s'appelle Smen-tooui (Stèle Belmore, pi. xiv; R. Tr., II, 192).

2 A la v dyn., on trouvedes Snol'rou-nofîr(Mas/.,399; de Rougé, Six dy/i., iOi) comme des Ptah-nofir. Un Khoufou-ka-ariou est chef de la pyramide de Khoufou (L. D., II, 17; DE Rougé, 50). Le nom de cette pyramide entre dans celui de Khout-hotpou (de Rougé, 99), formé comme Ptah-hotpou. Un Khâfrâ-ânkh sera prêtre de Khâlrâ (L. D., II, 8). Sous la vi« dyn., on trouvera, en l'honneur de Pépi, des Pépina et des Nakhtpépi (de Rougé, 129; Mariette, Abydos, p. 89), des Pépi-mert ou Pépi-n-ânkh (L. D., II, 117), ou des Tétaânkh (L. D., II, 117), Ouoas-ânkh (115), comme Khnoum-ânkh (117). Avec le prénom de Pépi on formera Ankh-Mérirâ, écrit Râmériânkh (L. D., II, 117). Après la xi° d., on voit Amonisonbi (Louvre G 12). A la xii» dyn., on composera son nom avec le prénom de Sénouserit III : Khâkaou-Râ (Louvre G 5); ou avec les noms royaux Antefaker (Louvre G 21), Sénouserit-ânkh (Louvre, G 25), Amonemhâït-senb (Louvre G 37), SehotpouabRâ-senb (L. G. 40), SeholpouabRà-ânkhnozem (Louvre A 47). Sous la xvni», le prénom de Thotmès III donnera Râmenkhoper-senb {M. M. C, V, 37, 199), ou par abrégé Menkhoper [ib., 329). Sous la xxs un prêtre s'appelle Nakhtou-Ramsès (Dûmichen, /. H., II, 42). A la xxvp, le père nourricier de Psamitik II formera du prénom du roi son surnom Rânofirabnofîr (Stat. d'Arhorââ : Mariette. M. D., 29 a). Au même temps on trouve un Psamitik-khou (Statue d'Orléans, n" 350: A. Baillet, Collection Desnoyers, p. 33). Sous les Ptolémées, un Menkarâ-mhabi rappellera Mycérinos (Stat. de Louqsor : R. Tr., XV, 162).

3 Sur cet emploi restreint au Nouvel Empire, cf. Maspero (Rev. d. Cours litt., VII, p. 783, n. 2). (f On » peut désigner également un dieu, Rà par exemple (Conte de Satni : Maspero, Contes, p. 23, n. 2, et p. 185, n. 1).

♦ Gf. Erman, .Ecjypten, p. 92; Maspero, H. 0., I, 263, 264.

s S. M. ou Sa Sainteté {Ghampollion et E. de Rougé, Chrest. Eg., II, | 189, p. 60), Son Autorité (Grébaut, Hymne à Amon-Rd). La lecture hon n'est pas prouvée et repose sur une restitution douteuse de Lepsids {D., II, 8). Cependant le syllabaire de Tanis donne à ce signe pour explication sa nhit houn, le dernier mot figuré par la triple tige (Griffith, Two pap. from Tanis, 1889, col. xx, 2; Revillout, Journ. Asiat., 1909, 458).

« Gf. supra, p. 385, n. 2.

Maître du glaive \ l'Habitant du palais -, THorus maître du palais ^ etc. Ou bien il se servira de termes qui ne se rapportent au roi que par synecdoque ; la Grande Maison ou la Double Maison, Pharaon, pir aâ^piraoui ^ ; la Double porte, Protée,/)-ro?/^2^. Ou bien il employera des qualificatifs, qui entrent dans les noms de certains rois, mais qui peuvent aussi désigner n'importe quel roi, tels « l'Ami d'Amon, l'Ami de Râ*^ », le « Taureau puis- » sant^ », ou le « Brillant à Thèbes - », ou le « Vie-Santé-Force ^ ». Ou bien encore il aura recours à des périphrases poétiques et mystérieuses : « l'Abri » ou « la Splendeur du figuier, khou- » baak » ^^. Ainsi en use-t-on envers les dieux : pour désigner Osiris, on parle du « Dieu bon » ou de « l'Immobile de cœur » ; Ptah, c'est le « Beau de visage, nofir-ho », etc. L'imagination égyptienne se montrait très fertile pour créer ces noms imagés. Attester le nom du roi et jurer par sa vie, c'est chose grave**. On ne doit ni maudire *- ni prendre en vain ce nom pas plus que

1 Neb khopech : ainsi Harinhabi est le « compagnon du — » {M. 31. C, V, 416).

^ Am àhâ : Cf. Rekhmarâ [M. M: C, V, 27 et pi. 3). — L'expression « le lion du palais » résulte d'une mauvaise lecture, où il y a, avec la chèvre sans tête : « à l'intérieur du » palais » (Stèle de Karos, 1. 8; Daressy, R. Tr. X, i45).

3 Ho)' neb dha : Stèle du chef de magasin Sehotep-ab-Râ-ânkh, Leide, V, 1 (Breasted, ^.Z., XXX1X,85).

* De Rougé rapprocha le mot « pharaon » du copte TT-Q'Ï'PO roU ^t des hiéroglyphiques our grand, otirrit, OTOAC couronne (Inscr. d'Ahmès, 1851, p. 95, ; puis il proposa l'étymologie aujourd'hui adoptée {Bull. Alhen. Franc, 1856, p. 66-68). Chabas y compara le mot Phrâ {Met., II, 117, 1864); Lepage-Renouf, une racine hébraïque (Tr. S. B. A., XV, 1892, p. 421-422).

5 Cf. Chabas, Voyage, p. 305.

fi Paââakou vivant sous Thotmès IV, se dit « flabellifère du Mériamon » (Stèle du Louvre C 53 : de Rougé, Cat., p. 100; Pierret, Bec, II, 14). — Ajuonemapt envoie son panégyrique de Ménéptah I, « afin qu'on sache au palais du Méri-Rà, v. s. f. m. (Pap. Anastasi IL v, 6, et Anastasi IV, v, 6 : Maspero, G. Ep., p. 81).

7 Ka nakht. Ainsi à Béit-Oually, le fils aîné de Ramsès II, Khâmoïs, désigné comme « la semence divine issue du taureau puissant » (Rosellini, Mon. R., pi. 74; Birch- Chabas, PaU.re, B.Efj., IX, 235). — Au pap. Ilood,, l. 13-14, sont nommés les « Secré- » taires de l'Horus taureau puissant » (Maspero, Et. Ég.,, II, 7 et 25).

8 Khd-m-Ouas. Amounizéh, ministre de Thotmès III, se dit « celui qui occupe le cœur » de Khâmoïs » [M. M. C, V, 355). BodiJ, roi de Diro, appelle les envoyés de Smendés « les messagers de Khâmoïs » [Voyage d'Onou-Amon, H, 1. 51-53; R. Tr., XXI, 93).

^ Ankh, ouza, sonbi, dont les initiales suivent si souvent un cartouche (supra, p. 231, n. 1 et p. 335, n. 2).

•0 St. Louvre C 11, I. 10 (de Horrack, ap. Chabas, Mél., IV, p. 214). — Osiris est appelé Khri-baq-ouf <i sous son moringa », et il est dit à Mirinri I»"" (Pyr., 1. 753) : « Monte vers » le ciel, ft moringa flexible. »

" Cf. supra, p. 388, n. 4 et p. 389, n. 2.

12 Livre des Morts, ch. cxxv, 29 et 30 b (Naville, II, p. 306).

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