SUIVRE LE ROI
» dans ses courses sur eau, sur terre, sur toute montagne, ' — en » toute place où se transportait Sa Majesté, - — partout où il se » proposait d'être sur terre, ^ — en pays du midi et du nord, ^ — » sans jamais éprouver un moment de défaillance ^ » . On était véritablement le « compagnon de ses pieds » ". Certains, au lieu d'user de ces formules générales, précisent en quels lieux ils ont elFectivement suivi le roi \ Retenons ce petit commentaire d'Amounizéh : « Moi, à la vérité, sous l'inspiration bonne pour le cœur... j'ai suivi » le roi où il allait, sans faire de vilain tour contre aucun de ses » desseins » ^ Qui Teût donc osé ?
Le devoir de suivre le roi impose à tous les vassaux du roi, barons héréditaires, gouverneurs de provinces ou simples particuliers, de mettre à la disposition du roi leurs services personnels, soit à des dates périodiques, soit sur réquisition du roi. Les uns forment sa cour, d'autres sa garde ; les paysans baieront sa barque sur les canaux, ou exécuteront diverses corvées sur son passage. Surtout le service militaire les groupera tous autour du roi et les entraînera à sa suite ^ Abandonner le roi dans ses expéditions ou sur le champ de bataille serait un manquement grave. Ranisès H, dans le poème de Pentaour, reproche vivement à ses soldats leur trahison. Dans la campagne de Syrie, lorsque Thotmès III a résolu de passer par les gorges d'Arouna, et qu'on lui propose un autre chemin moins dangereux mais plus long, il sïrrite et, devant la
1 Paour, Gûurnah (^. Z., 1883, 133); Araoncrahabi (M. M. C, V, 273).
2 Amonemhabi (ibid.).
3 xviii« d. (Sharpe, 'J3, 4).
■* Le fils royal Aneljni (Stat. Brit. Mus. : Sharpe, I, 50,1. JO-il; Lepsius, Auswahl, xi, 5; cf. Shakpe, 93, 3); — Amonemhabi [M. M. C, V, 247).
5 Douïrnehahou, Stèle de Thèbes (Pétrie, Six temples, pi. 13 ; Maspero, Iî. Crit., 1898, II, 479) « sur l'eau et sur la terre, dans les contrées du midi et du nord ».
6 Ari ouardou n neb tooui : l'architecte Amonhotpou, socle de Silsiléh (L. D., III, 81 d ; Legrain, Ann. Seî'V., IV, 209-210). —Cf. Amonemhabi (itifra, p. 430, n. 6) et d'autres guerriers ; — Harinhabi, « compagnon des pieds du maître du glaive dans les pays du » nord ou du sud » {M. M. C, V, 410 et pi. i); — Tenna « compagnon des pieds du » maître de la double terre en tout lieu où il va » (Piehl, //^./., pi. 108, p. 81) ; — Amonbésef « compagnon de ses jambes, surveillant de ses pas » (Louvre G C5 : Devéria, B. Eg., Y, 64; Pierret, Rec, II, 44). Cf. supra, ch. wn, p. 333, sqq.
7 Par exemple, Minmès « a suivi le roi aux pays des Fankhou et du Lolanou ». Stèle à Thèbes (Pétrie, Six temples, pi. 15). Cf. Zaïnni, Nébamon, Amonemhabi, infra, p. 430.
8 Tomb. de Méri-Amounizéh, 1. 6-7 [M. M. G., V, 360; H. Tv., VII, 39).
9 « J'ai suivi mon maître, dit Amoni, lorsqu'il marcha pour battre les ennemis dans » les contrées étrangères ». Béni-Hassan (L. D., II, 122).
colère royale, les plus hardis se hâtent de professer leur soumission : « Nous te suivrons en tout lieu où tu passeras, comme il con- » vient que des serviteurs marchent à la suite de leur maître ^ » Ils reconnaissent non une nécessité accidentelle, mais un principe général et permanent.
La constance à suivre le roi - attire ses éloges et son affection : le premier venu ne peut pas dire que ses démarches ou ses « expé- » ditions plaisent à son Seigneur » ^ Mais elle peut mener loin. Elle entraîne au bout du monde et d'une extrémité à Tautre * Amonemhabi qui suivit Thotmès III dans ses campagnes de Nubie et d'Asie, sur le Haut-Nil et jusque sur les bords de l'Euphrate pendant des années. Aussi a-t-il le droit non seulement de se dire « une grande fidélité au souverain », dont il « partage et illumine » le cœur », mais d'ajouter aussitôt : « J'ai suivi mon maître sur » ses pas, dans la région du nord et du midi, à son gré. J'étais » un compagnon de ses pieds ^ et (j'étais présent) lorsqu'il ma- » nifestait sa force et sa valeur, le cœur intrépide » ^ Sa récompense fut en rapport avec son mérite ; il obtint de ne pas quitter le roi : mis à la tête de ses amis et de son escorte, il « suit les pas » du roi dans l'intérieur de sa retraite », c'est-à-dire dans les appartements secrets du palais ^ où il fait « ses délices de se tenir
1 Annales de Thotmès /Il (Maspero, R. Tr., 1880, II, 54 = B. Ey., VIII, 219).
2 Le prince Zaïnni a suivi Thotmès III et a vu toutes ses victoires au Zabi (Palestine) et suivi de même ses deux successeurs (Stèle Turin 182 : Orcurti, Vest., 51; Maspero, R. Tr., IV, 130). — Le fils royal Neb(amon) « a suivi le roi (Séti \"] en toutes ses expé- » ditions dans les terres de Rotennou (Lotanou). » (Karnak, mur nord : L. D., III, 128 b; R. Tr.. XI, 59).
3 Hossu neb-f chetu-f : St. de Montounsisou, Louvre G 1 (Maspero, Ua gouverneur, i" congrès, p. 52 = B. Eg., VIII, 157).
* « Celui qui suit le roi au commencement de la terre, à la fin et au circuit, étant » dans Khenthernefer, parcourant les pays de Rotennou à la suite d'Horus. » Amonemhabi [M.M.C., Y, 262).
fi Cf. supra, p. 429, n. 1.
6L. 1-3 (Chabas, Mél., IV. 282; M, M. C, V, 238-541). Cf. « celui qui a suivi son » seigneur sur ses pas au pays du midi et du nord sans s'écarter du seigneur de la » double terre au milieu de ses prouesses à l'heure de combattre des multitudes » d'hommes ». Amonemhabi [M. M. C, V, 247).
' M. à M. : « dans son nid, lui agréant cela, chez Anubis, prince du nord » suten-iut chems m am sechi hos-n-f-ta su m Anpu (M. M. C, V, 254), allusion à la retraite septententrionale du soleil couché, veillé par Auubis. Peut-être faut-il entendre tout autrement : Amonemhabi ne parlerait-il pas des chasses où il accompagnait le roi, comme Sobek-hotpou, le préposé aux marais de plaisances, mir sechi m skhen-hàti (Musée Borélly : R. Tr., I, 108).