OBÉISSANCE
(le tous les instants ; voilà sans doute ce qu'un grand intendant de Thotmès III « qui ne se repose point dans la tâche proposée, » qui ne dort pas pendant la nuit », Méri-Amounizéh, appelle « être maître de l'heure dans la demeure du roi v, s. f. » ^ , titre précieux à l'affection du souverain. Comme cet intendant, comme le trésorier Karos qui « ne distinguait pas la nuit du jour » -, comme le général Amonemhabi ^ , comm.e le baron Khem ^, le grand ministre Rekhmarâ, «maître suprême de vigilance, exempt » de paresse » ^, déployait une activité infatigable, car on « faisait » appel à sa supériorité à chaque instant de la nuit et du jour » ^ . Au service du roi il n'y a ni répit ni repos :
« Toutes tes paroles s'accomplissent, mon Sefgneur excellent! plus de sommeil pen- » dant la nuit; plus de sieste pendant le jour; mais tes travaux (à Thèbes) se » construisent sans arrêt. ^ »
Peut-être toutefois Tobéissance n'atteint-elle à son mérite suprême que lorsqu'elle devient prévenante. La délicatesse épargne au maître la peine d'énoncer un ordre : un geste, un signe, un jeu de physionomie l'instruisent assez. Sehotpouabrî promet à ses fds de la part du roi une protection douce comme celle de Bast s'ils savent « adorer un geste de sa main » ^ Ce n'est pas même encore le dernier point. Ecoutez le prince Amonhotpou-Houi :
« Les désirs de mon souverain étaient pour moi des ordres ; j'accomplissais ce que sa » bouche celait et je pénétrais dans sa pensée bien mieux que tous les indigènes et tous » les étrangers présents auprès de lui... J'agissais selon ses paroles ; j'exécutais selon » ses commandements ; et je trouvais ainsi des résultats magnifiques s. »
1 Amounizéh (Virey, M. M. C, V, 375). « Maître de vigilance » khorp res {M. M. C, V, 354).
* Stèle de Karos, « maître suprême de vigilance de la reine-mère Aah-hotpou »,I. 11-12 (BouRiANT, R. Tr., IX, 94; Daressy, R. T)\, X, 145; Maspero, M. M. C, I, 627; Sethe, Urk.,\N, 47).
3 « L'unique qui veille parfaitement pour le maître de la double terre. » Amonemhabi {M. M. C, V, 280).
* « Le maître suprême de la vigilance du seigneur de la double terre. » Khem (M. M. C, V, 368).
^ Khorp res tep, chou m baq : Rekhma,rà (M. M. C, V, 171). — Nébamon est aussi « exempt de paresse » : xvuF d. (Bouriant, R. Tr., W, 95-99; Sethe, Urk., IV, 152).
6 Ibid. (M. M. C, V, 45 et pi. 9).
7 Stèle d'Haremsaf à Silsihs, an 21 de Ghéchonq (Champollion, Mon., pi. 122l>'s; L. D., III, 254 c; DE RouGÉ, /. H., 267; Brugsch, Gesch., 663-664; Maspero, M. M. C, I, 731),
* Stèle de Sehotpouabrî, Mus. Caire (Maspero, Guide, p. 72).
9 Statue d' Amonhotpou-Houi, Karnak, pi. 37, 1. 35-37; Brugsch, M. Z., 1876, 98.
Etre admis auprès du roi, a sa cour, dans son escorte ou sa suite, passe le plus souvent pour un honneur, une récompense, un privilège *. Mais d'autres fois, suivre le souverain est un acte méritoire, l'accomplissement d'une obligation. Les compagnons d'Horus,les Chamsoii-Hor ,oïi{ avec lui conquis l'Egypte et vaincu Sit. Le roi aussi à ses suivants, qui l'accompagnent partout où il va. Ils ont soin de le rappeler : « J'ai suivi le roi » dit Nakht- Khem -, « J'ai suivi le double de Sa Majesté comme un courtisan », dit Aï ^ Parfois c'est là une expression métaphorique. On dit : « aller dans les eaux du roi », pour dire obéir au roi, s'attacher à sa fortune, suivre ses inspirations et lui demeurer constamment fidèle *. De cette locution, on peut rapprocher cette autre « suivre » le roi dans sa barque » % qu'on ne doit peut-être pas toujours prendre au sens propre. Avec une image en moins, le sens reste le même, tantôt métaphorique et tantôt exact, dans cette autre encore : « qui foule le chemin sous le seigneur des deux régions » ^. Mais parfois le sens propre est le seul admissible. 11 s'agit bien non seulement de conformer ses pensées, ses désirs, ses actes à la volonté du roi, mais de lui faire escorte de sa personne en tout lieu. Ainsi le général Montouhotpou « qui marche sur les chemins » du seigneur des deux mondes » mentionne aussitôt auparavant qu'il « aie pied sûr etles jambes fortes » ^. Ainsi on « suivait son » roi, — son maître, — son dieu, — en tous ses déplacements, ^ —
1 Cf. supra, ch. viii, p. 333-335.
2 Louvre G 55 (Pxehuet, Rec, II, 90).
3 Aïi xviii» d. (R. Tr., 47).
* « Marchant sur son cœur » : Amonemhâït, xvni» cl. (R. Tr., XIV, 72). B Supra, ch. vni, p. 334, n. 6.
6 Râ, Boulaq [jE. Z., 1888, 48). — Cf. Amoncmhabi : « Le roi le connut sachant
» fouler son chemin [sans que] personne [put le] couper » rekh-f maza-f maten-f..... neb faud [M. M. C, V, 25i).
7 Ment bala, lier uartu : Montouhotpou, Louvre C 17G (Pierret, Rec, II, 35; Piehl, /. H., pi. 26, p. 31). Cf. Sénouserit le propriétaire, Louvre G 170 (Sharpe, Eg. In., I, pi. .55, 1. 5; Pierret. Rf-r., II. 63; Gayet, XII' d., 27 ; Piehi., R. Tr., IV, 119).
8 Chems n neb-f n Uou-f : Sabre de Douaou sous Soqnounri 1"='' (Mariette, Notice du Musée, p. 210; Maspeuo, B. Eg., VII, 62); ïhotnofir, xvni" d., Stat. Turin, n» 153, I. 3 et 8 (R. Tr., IV, 128). — Que le souverain soit une reine, le baron Karos modifiera à peine la formule pour « suivre S. M. quand Elle se déplace, r ilou-s (Bouriant, R. Tr., IX, 94 ; Maspero, j¥. 71/. C. I, 627). D'autres emploient le masculin, comme Monkh, majordon»e de la reine, chems neb-f : Tomb. de l'O. à Silsilch (L. D., III, 8 c, Text.y IV, 95; Griffith, Pr. S. B. A., XII, 99; Sethe, Urkunden, IV, 130).