LE ROI LVCARNATION DES DIEUX
avec Horus seul avait engendré des conséquences qui modifièrent complètement le sens antérieur du titre et de Thiéroglyphed'Horus dans le protocole : la métaphore prit une signification mystique dont le prestige des rois ne pouvait que profiter; mais le titre deSit no rentra plus dans le protocole que rarement et très accessoirement. Le roi est donc « l'image du dieu, la contre-épreuve de celui » qui demeure dans la région de lumière » '. De génération en génération, les pères le répètent à leur fils. La ressemblance aux dieux est une ressemblance non pas seulement idéale, mais physique. « Tu m'as enfanté à l'image de ton corps, » disent Ramsès II ou Ramsès III à Ptah-. C'est le signe même auquel on reconnaît un roi. Lors même que jusque-là on n'a pas aperçu cette simihtude, le jour de l'intronisation elle éclate aux yeux. Les soldats éthiopiens du royaume de Napata, qui conservent les pures traditions égyptiennes, savent que ce signe leur révélera leur nouveau souverain : « Le roi, c'est l'image vivante de Rà parmi les vivants », disent-ils. Ils ne s'abusent point, et toutes les anciennes expressions se vérifient à la lettre sous leurs yeux. « Lorsque le roi « sortit du temple au milieu de ses guerriers, il était semblable « au soleil qui se lève^ »
De pareilles comparaisons n'étaient pas seulement, pour les Egyptiens, des rapprochements flatteurs et des jeux d'une rhétorique ingénieuse, mais l'expression simple et exacte de la réalité. Le mot d' « image de Rà », ou « de Thot ». ou « d'Harmakhis », nous donne le change. Il éveille en nous l'idée d'une ressemblance dans un être indépendant du modèle, d'un reflet qui donne à peine l'illusion du foyer. Il en était autrement pour l'Égyptien. Il ne
/" de la paf/e précédente. Inscr. dédie. d'Abydos, 1. 12 (Mariette, pi. o ; M.\spero, p. 8). ff Mùdiiiet-Habou : An VIII de Ramsès III,' 1. 8 (Ghabas, Et., p. 248). ft 1" pyl. S., face E (Daressy, p. 62). ' Ibidem. — Cf. ibid. face 0., 1. 16-17 (Daressy, p. 81).
J Stèle de Pithom (Brugsch, JS*. Z., 1894, XXXII, p. 76 ; Sethe, Urkunden, II, 81). * Stèle de Mendés (Brugsch, /E. Z., 1873, 36 ; Sethe, Urkunden, II, 33).
2 Décret de Ptah, in-fine (Daressy, p. 68).
3 Stèlede l'intronisation, fin (Mariette, 4 payea, p. 10-13 ; Sch.\efer^ Urk\inden,\\\,\.^^\-
pensait ni se tromper, ni user d'un artifice de langage en voyant Râ, Ilorus ou Montou sous les traits du roi ; il croyait que véritablement Râ ou Horus s'unissaient au roi et habitaient en lui, que « chaque jour le dieu Montou était en sa personne » '.
Une science perspicace avait découvert les dieux qui s'incorporaient au roi. Certes, tous n'agissaient pas de môme. Quelques textes des Pyramides distinguent les dieux amis de Téti et ceux « dont la substance n'est pas en lui » - qu'Horus subjugue et empoigne pour Téti. Au contraire, Horus retrouve Osiris dans le roi^ ; lui-même ne reste pas étranger à Téti, il vient en lui pour ne faire qu'un avec lui*.
Quand cette union se forme, elle est parfaite. Aussi réellement Râ résidait dans les temples consacrés à son culte et animait la statue qu'on y vénérait ; aussi réellement il animait les membres du roi. Statue de pierre ou personne royale formaient des supports où s'arrêtaient son âme ^ son double invisible.
Le roi est l'incarnation, la personnification, « le double puissant » de Phrâ-Harmakhis '^ ou son « image vivante », sa « statue animée » \ Disons mieux — nous ne ferons que répéter les termes d'un Égyptien — : « Il est le dieu Râ lui-même » '^ ; ou bien, « il est Râ en chairs » ■' ; ou encore, « il est le soleil générateur des dieux ))^?. L'hommage des chefs captifs à Ramsès IIÏ est on ne peut plus explicite et formel ; ils promettent d'enseigner aux fils
1 Médinet-Habou, 2« pylône (Greene, Op. cit.,; Chabas, Et., p. 247).
2 Pyr. Téti, 1. 267, 284 (R. Tr., V, p. 35, 39).
s « Hor vient pour rendre justice à son père qui est en toi ». [Ibid., 1. 180 ; p. 21).
"^ « Hor a fait que son double qui est en toi, s'unisse à toi en ton nom de Kahotpou » {Ibid.)
^ Plusieurs expriment par leur nom même qu'ils ont en eux rame des dieux. Ainsi Ménéptah se nomme Bd ni Rd « âme du Soleil », Siptah et Ramsès VIII Khou Rd « esprit lumineux du Soleil », et avant eux Aménùthès IV Khou ni Aton « esprit du » Disque ». (Cf. ScH.iîFER, M. Z., 1896, XXXIV, 166-167). — Lors même qu'il est moins explicite, le nom solaire, celui qu'enferme le l"^'' cartouche, par cela seul que toujours il glorifie Râ, fait du roi Thabitacle du dieu, comme le nom d'une statue y appelle le double du dieu ou du roi. (Cf. infra, eh. IX, | 3.)
fi « Pn ko. dd n. pa Rd-Hor-akhoiili » èpitliète de Ramsès H (Pap. Sailier I, titre). Cf. Pap. Anaslasi 4, vu, 8 ; Anastasi 7, vu, 6 ; Bologne, lett. 7, 10, H, 16.
^ « Pa tu dnkh n pa Rd ». Inscr. do Ménéptah au lemple d'Amada, 1. M {R. Tr., XVIII, 1.O9-160). — Cf. supra, p. 10.
*• Statue du prince Amonhotep-Koui (Mauiette, Karnak\A. 36; Bhugsch, yE.Z., 1876,98).
" Stèle de Kouban, I. 18 (Ciiabas, p. 461 ; cf. Grébaut, Hymne à Amon-Rà, p. 187).
i« Rd mos nutru (Stèle de l'an 400, 1. 2).