‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 27 sur 182 · LE ROI HORUS ET SIT · texte numérisé non relu

LE ROI HORUS ET SIT

prend, en dehors des développements laudatifs, quatre ou cinq titres, suivis d'autant de noms ', qui désignent également le roi et dont les uns l'apparentent à Râ-, les autres montrent en lui un Horus.

Comme le dieu Horus, le roi s'intitule : « maître de la double » terre, seigneur (ou unisseur) des diadèmes du Midi et du Nord ^ ». Ces qualifications reflètent, pendant toute la période pharaonique, l'état politique dualiste de l'Egypte avant l'établissement de la monarchie. D'anciennes inscriptions marquent mieux encore la transition par une formule plus complète. Le Nord et le Midi adoraient le soleil sous la double personnification d'Horus et de Sit. Le roi du midi passait donc pour un Horus ^ celui du nord pour un Sit. Quand le pharaon régna sur le Midi et le Nord, il fut à la fois Horus et Sit et réunit en lui seul leurs deux personnalités ^ comme il réunissait leurs deux parts d'héritage ^ C'est ce qu'exprime le titre des reines de la v" dynastie, Mérisânkh et autres, appelées « celle qui voit l'Horus et le Sit » \ Plus anciennement encore la double comparaison semble avoir été plus commune. En tète du protocole des rois, l'hiéroglyphe d'Horus ne figurait pas

mier exemple de double cartouche serait, selon de Rougé, celui de Ousirnirî-An [ibid. 88) ; mais déjà Khnoumkhouf-Khoufou en portait deux qui se suivent dans l'inscr. de Metnlri (L. D. II, 26) ; et les titres de Chéri, « prophète de Pirabsen » et « prophète de Senda », qui se remplacent mais ne fusionnent jamais sous la forme habituelle « prophète de » Pirabsen et de Senda », pourraient donner à croire que les deux cartouches étaient attribués au même roi de la n'= dynastie.

1 On se rappelle que ce sont : 1" le nom d'IIorus ou de double (jadis nom d'enseigne ou de bannière), 2" le nom d'Horus d'or, 3" le nom de Double Seigneur (nebti, le vautour et l'urœus), 4» le nom royal (souton baïti, le roseau du S. et l'abeille du N.), 5» le nom de fils de Rà ou prénom. Le premier était inclus dans le cartouche carré; les doux derniers dans les cartouches ovales.

2 Cf. infra, p. 29.

3 Symbolisés parle vautour de Nekheb, et l'urœus de Bouto. Ce nom a été lu srnawti « l'unisseur » par Erman (JE. Z., 1891, 37), puis nebti « double couronne « par Daressy ('R. 7'r.,XVII, 113), PiEHL, Naville r^E. Z. , 1898, XXXVI, 132) auxquels on se rahie aujourd'hui.

* Avant d'avoir enlevé l'Egypte aux Héracléopolites et de prendre tous les titres royaux, les Antouf, maîtres de la Thébaïde, commencent par s'intituler les Horus.

5 De là cette formule fréquente aux Pyramides : « Tu t'établis dans tes domaines de » Hor, tu parcours tes domaines de Sit. » (Pépi I, 43-44 : R. Tr. V, 164). De là peut-être aussi cette bizarre imagination : « Tu sièges sur ton trône de fer, ton avant-train en » forme de chacal, ton arriére-train en forme d'épervicr. » (Mirinri I, 182-lo3; R. T. XI, 5).

6 « Pesechtou Hor Sit » (Stèle de Tombos, 1. 2 : L. D. III, 5 a; Sethe, Urkunden, IV, 82-86 ; PiEHL, Petites études, p. 9) ou : « pesechtou neteroui, les parts des deux dieux )) devenues tes parts. » (Annales de Séti I""' à Karnak : Brugsch, Mon., I, 50 ; cf. infra, p. 20, n. 4 d; Moret, Royauté p. 13).

7 De Rougé, Six dynasties, p. 44-43, o8-d9; L. D., II, 14; Mariette, Mastabas, 183, 208, 225.

seul : sur certains monuments produits au jour par les dernières fouilles d'Abydos, de Negadah et d'Hieracônpolis^ qui ramènent en arrière plus qu'on n'avait poussé jusqu'ici, on voit affrontés, devant le premier nom royal, Tépervier d'Horus et l'animal emblème de Sit". Quand le culte d'Horus l'emporte définitivement sur celui de Sit, comme les dynastes de Thinis sur ceux de la Basse- Egypte, le roi fut seulement « l'Horus » ou « le double Horus » ^ ; et môme, d'autres idées venant de combiner avec les anciennes, PépiF"^ s'intitula le triple Horus d'or^. En revanche, quand la xvm® puis la XIX® dynastie eurent réconcilié tous les dieux nationaux, Horus avec Sit^, Amon-Râ avec Aton, ainsi que leurs partisans et leurs cultes, on reprit sans ombre de scandale, non seulement des comparaisons entre le roi et Sit, comme avec les autres divinités, mais encore l'antique accouplement des deux dieux rivaux et leur fusion dans la personne du roi^ Toutefois, Fidentification

1 Amélineau, Les tiouvelles fouilles d'Abydos, 1896-1897 ; De Morgan, Recherches II, Et iino graphie préhistorique et tombeau royal de Négadah, 1897, p. 244; Quibell, Hiéracônpolis, 1900^ pi. 2; Pétrie, The royal tombs of the i' dynastie, 1900, pi. 21; Maspero, Rev. Crit, 1897, I, 115-118; 1897, II, p. 438 ; 1901, I, p. 382.

2 Khàsokheraoui est toujours ainsi Horus-Sit; Pirabsen n'est jamais ou presque jamais que Sit (Pétrie, Royal Tombs, II, pi. 21-22, cylindres n"' 173-186; pi. 31, stèle; Garstang, Mahasna and Bet-Khallaf, pi. 10, n» 8; R. Weill, R. Tr., XXIX, 30).

3 Ex. : Azab-Merbap à Abydos (Amélineau, Nouv. fouilles, I, pi. 8; Petkie, Roy. Tombs, I, 5, n» 12; 6, n»^ 4-8; II, 48,; Khâsokhemoui (Pétrie, Ib., II, 23, n" 197); Khoufou au Wady-Maghara (L. D. II, 2 b) ; Séti I" à Radesieh (L. D. III, 138). — Cf. Piehl, Petites études, p. 9, n. 9; Pr. S. B. A., XX., p. 198; Sphinx, II, p. 140; Ed. Meyer. Sit- Typhon, p. 31, s. p. 9 ; Moret, Royauté, p. 12-13 et 34-36.

* Monument de Tanis (De Rougé, Six dynasties, p. 116). On retrouve ce titre dans sa pyramide (Pépi I", 1. 65 : R. 7V. V.167),ct Hammamat (L. D., II, 115 c et i). Cf. Senouserit II, « triple dieu ».

5 Aménôthès II, porte comme prénom Ad-kheperou-Rà Meri-Sit (Brique de Kom- Belal : R. Tr., XVI, 44). — Aménôthès III s'intitule « celui qui unit Hor et Sit en » paix ». (Gayet, Louxor, pi. 67).

6 Ainsi, pour Tliotmès I, « le Sud et le Nord sont les deux moitiés d'Horus et de Sît » ". Thotmès III est « semblable à Horus et à Sît ». Toum confère à Hatchepsou, « les parts » d'Horus et de Sît » * ou « la part d'Horus et les ans de Sît » "^ ; Séti I possède « le bien » d'Horus et de Sît <* dont les bras réunis assurent sa puissance »; Ramsès II est « l'Horus et le Sît « ; et jouit des années des deux dieux » z'; et Ramsès III, d'après les textes de Médinet-Habou, porte « les couronnes d'Horus et de Sît » s : il a reçu d'Amon « les victoires d'Horus et de Sît » * ; il est lui-môme aux yeux d'Amon et des étrangers « Horus et Sît » « : Ptolémée II à son tour occupera « le trône des deux dieux » J.

« Stèle de Tombos, 1. 2 (L. D., III, 5" ; Piehl, P. Et., p. 9 ; Sethe, Urkunden, IV, 82). * Deir-el-Bahari (Naville, III, pi. 58, 56, 35; R. Tr., XXI, 121; Moret, Royauté,

« Stèle Karnak (Mariette, K., pi. 11 ; Maspero, Guide, p. 74). «iKarnak, Mur N. (i^. Tr. XI, 76-77).

e Inscr. des mines d'or, an III., 1. 3 ; (Prisse, Mon., 21; Ghabas, B. Eg., XI, p. 203;

Erman, jEg. 90).

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