QUESTIONS DE MORALE EGYPTIENNE III
d'enfants. Us vivaient leur sociologie, leur politique et leur éthique sans les distinguer, ni les raisonner ou les discuter. Des modernes les ont, non sans raison, traités de réfractaires à l'abstraction et à la dialectique. Leur morale individuelle procédait de l'instinct, des coutumes et, pour le reste, elle empruntait ses règles à la sagesse sociale et à la religion, qui d'ailleurs se compénétraient. Pour eux, comme pour leur disciple Platon, l'homme moral et la cité offraient le même tableau, seulement reproduit à des échelles différentes ^ Quant aux devoirs des gouvernants envers les subordonnés, la question leur eût semblé plaisante. S'il s'agissait des administrateurs intermédiaires entre le peuple et le roi, n'était-ce point à ce dernier seul que tous avaient des comptes à rendre ? S'il s'agissait du chef même du gouvernement, n'était-il pas lui-même la source de tous les droits et l'objet de tous les devoirs?
Toutefois rien n'interdit aux modernes de distinguer ce que les anciens confondaient, d'analyser leurs jugements et leurs témoignages, même de classer et d'étiqueter autrement qu'ils n'eussent fait eux-mêmes leurs actes et leurs sentiments, pourvu seulement qu'en traduisant leurs pensées, on ne les trahisse pas, qu'on ne leur prête pas des raisonnements abstraits et des généralisations auxquels ils se fussent refusés.
Nous étudierons donc ici non seulement les devoirs des hommes entre eux et vis-à-vis de leur gouvernement, mais les devoirs des gouvernants et du pharaon même à l'égard des gouvernés. Nous examinerons non seulement les prohibitions, dont la fameuse Confession négative s'occupe exclusivement, mais les devoirs positifs. Non content de constater que les Egyptiens se croyaient obligés à ceci ou cela, nous interjetterons des « pourquoi ? » auxquels ils ne songeaient pas : nous expliquerons des actes auxquels ils se pliaient de gré ou de force mais sans exphcations ; alors qu'ils ne connaissaient que des devoirs, nous chercherons à leur place à déterminer en quoi pour leur conscience, sinon pour leur doctrine, consistait le devoir ; et tandis qu'ils croyaient la
* Platon, République, 1. iv.