‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 32 sur 182 · LE ROI FILS DE RA · texte numérisé non relu

LE ROI FILS DE RA

Elle remplit avec Neftis les mêmes fonctions auprès Je lui qu'auprès dOsiris et d'Horus ^ Le roi est le « nourrisson de » Sothis et le bercé dlsis ». Isis l'aime, le protège, le reçoit comme son fils; en revanche, le roi Taime aussi, l'invoque et la respecte comme sa mère. Cependant dans le chant de victoire de Thotmès III, le roi est seulement le frère d'Horus et de Sit ^ sur la stèle d'Ibsamboul, Ramsès II qualifie d'une manière inattendue « son père Sit de Nubie » ^.

Mais le père divin dont les rois se réclament le plus fréquemment, c'est Rà. Les Grecs ont été frappés de la fréquence de ce titre et ont noté que les rois répudiaient leurs pères naturels pour se donner comme « fils du Soleil » ^.

La qualité de « fils de Râ » fait partie intégrante et essentielle du protocole classique, et précède toujours le second cartouche royal, comme l'énoncé du titre « maître du Sud et du Nord » '^ précède le premier.

Toutefois, alors que Torigine des titres « Horus-roi », « Horus d'or" » se perd dans la nuit des temps, il semble que nous puissions assigner une date à l'introduction de celui de « fils de Râ » dans le protocole. Le premier, à notre connaissance, Khafrâ, 3® roi de la iv^ dynastie s'intitule Si RcP. La succession classique des deux cartouches accompagnés des deux titres susdits apparaît pour la première fois dans un bas-relief du Ouadi-Magarah, au nom de Dadkarâ-Assa, avant-dernier roi de la v® dynastie ^ JMais une autre inscription du même roi, au môme endroit,

1 Dédicace d'Abydos, légende du tableau, 1. 8-10 (Maspero, Essai, p. 8).

2 Inscr. de Taharqa, 1. 14, 19 (DE Rougé, /. //., LXXIII; Maspero, Rev. Crit.,i8n, p. 363).

3 Un texte ancien (Ounas, 1. 236 : R. Tr., III, 208) lui dit : « Sit et Thot, tes deux frères ». — Araon dit à Thotmès III : « Je leur fais voir ta Majesté, semblable à tes deux » frères Horus et Sit, dont j'ai réuni les bras pour assurer ta puissance. » (Stèle du Caire : Mariette, Karnnk, pi. 11" ; Maspero, Guide n" 127, p. 74).

i Stèle d'Ibsamboul. (L. D., III, 93; Guievsse, R. Tr., X, 61.)

5 « Bau/Xc'wv irarépocç ovx sKt^ai'vovjt, àXkà. in; nraç i>7ooç HX/ou ircxpalioov^i. » (Bio\, ap. Révillout, Bev. Eg., I, p. 16).

6 Souten bail (khabou ou ket. Cf. Sethe, M. Z., XXX, 113 ; Piehl, M. Z., XXXVI, 85).

7 Ou Horus vainqueur : Hor noub. Cf. supra, p. 18, n. 1.

8 De Rodgé, Six dynasties, p. .56.

9 De Rougé, Six dynasties, p. 100. — Les deux cartouches de Ousirinrî-An ne paraissent pas ensemble [supra, p. 18, n. 3). Ceux de Khoufou ne suivent pas encore les titres traditionnels.

place les mots « Si Râ ànkh zêta » après le nom d'Horus*. Une inscription un peu postérieure place le titre : « Si Râ » à l'intérieur du cartouche - de Téta, premier roi de (a vi^ dynastie, comme « Si Hâthor » figurera à l'intérieur de celui de Pépi, dans rinscription de Tanis^ La tradition n'est donc pas encore stéréotypée à cette époque^. On peut expliquer cette différence par cette hypothèse que les dynasties memphites ont trouvé dans l'héritage des dynasties thinites le culte d'Osiris et d'Horus. qu'elles l'ont conservé, mais qu'elles y ont joint et superposé le culte héliopolilain de Rà, culte indigène jusqu'alors sinon purement local, du moins confiné dans la Basse-Egypte^: ainsi plus tard les Thébains s'efforceront d'annexer et de superposer aux précédents le culte d'Ainon.

Tous les rois se nomment ainsi « fils du Soleil » ® non seulement dans leur protocole, mais dans le corps des inscriptions, prières aux dieux, actes de donations, récits de victoire. En toute occasion ils se disent « issus du Soleil », « œuf sorti de Râ » '' , et appellent Rà, le Soleil, « leur père » ^ Aucun souverain ne fait exception. Les rois Hycsos, Ethiopiens, Perses ou Grecs se conforment à la tradition. La reine Hatchopsou, ni plus ni moins que

1 Dad ka râ-Assa, au Wady-Magarah (L. /)., II, 59).

2 Cet usage reparaît parfois postérieurement, par exemple : dans un cartouclie d'Amonomhàït P"' à Hamniamat (L. D., II, 118 d.) — Sit-Râ est niAme tout le nom de la mûre de Séti I" (Mariette, Abydos, l, 32 ; Maspero, Bibl. Eg., VIII, 327 = Pr. S. B.A., XI, 1889).

•5 Supia, p. 27, n. 1.

'* Déjà Snoi'rou inclut dans un cartouche unique presque tout son protocole (L. D. II,, 2') : on retrouve quelquefois cette mode sous les deux empires thébains : ainsi les cinq noms de Sénouserit 1"" (L. D., II, 121, tombeau d'Amoni). — Cf. Montouhotpou et Ousirinri au Sinaï (L. D., II, 152). — Voir à Abydos (Mariette, I, 41b; Moret, lîoi/auté, p. 298), un cartouche de Séti l" très complexe.

■' Cf. Moret, Royauté, p. 32-36.

••■■Séti I allirme plus fortement cette filiation en introduisant dans son cartouche-prénom des synonymes : dà Rà, et ar n Rà. Temple de Qournah (L. D., III. 131« et*^). — Avant lui, Thotmès I" sur chaque face d'un obélisque de Karnak, complète ainsi son cartouche : ar n Rà, au N. ; sotep n Rà, à l'E.; mer n Rd, au S. ; at Amon, à l'O. (L. D.,U\, 6; Sethe, Urkanden, IV, 92-94).

7 A la place de l'ordinaire : « Si Râ » devant le cartouche de Ramsès III (Médinet- Habou, Mésori an XI, 1. 31 : Daressy, p. 82).

** « Puisse la vie, la stabilité, la sérénité, la joie être avec son double comme » avec celui de son père le Soleil (ma tef Rd) ». Inscr. de Thotmès IV à Amada. — Ramsès III est « un dieu bon, un divin garçon auguslt;, sorti de Râ, bel enfant » comme le fils d"Isis ». (Médinel-Habou, pyl. N., face 0., 1. 16: Uûmiciien, //. /., XVIII; Daressy, p. 81).

LE ROI FILS d'aMON 31

les rois ses prédécesseurs, se qualifie « fils légitime de Ra » ^ Le roi hérétique Aménôthès IV, ou Khouniaton, qui a proscrit le culte d'Amon, s'intitule naturellement « fils d'Aton » -; mais il se nomme aussi ou se laisse nommer « fils de Râ, engendré par Râ lui- » même » ^

Parfois le roi unit à Râ ou lui substitue une autre personnification divine du Soleil. Tels Atoum, Harmakliis ou Amon', Ilaimakhis c'est le soleil dans tout son éclat, dominant les deux horizons. Qu'il soit invoqué sous son seul nom ou sous le nom composé de Râ-Harmakhis, le roi le regarde comme son père\ Après que Thèbes devient la capitale, l'importance du dieu local Amon s'accrut. Aussi le roi l'adopta-t-il pour père^ Et dès lors, soit dans les récits, soit dans les dialogues entre le dieu et le roi, on trouve ces appellations « son père Amon », « mon père Amon », ou inversement « Amon dit : 0 mon fils » ". A l'instar des rois Thébains, Horsiatef énumère les dons quil a reçus de « son » bon père Amon de Napata » **. D'ailleurs, souvent Amon s'identifie alors avec Râ ou Harmakhis ®. Ainsi le roi sera fils d'Amon-Rà ou d'Ainon- Râ-Harmakhis. Le grand hymne à Amon - Râ - Harmakhis unit le fils au père dans une action

1 Litt. fils de son ventre, SiRà n khat-f : Stèle du Vatican (Piehl, R. Tr., \\\, 129).

2 « Ton fils sorti de tes membres ». Cf. Hymne à Aton (Bouriant, M. M. C, I, 7, 13). •^ Inscr. du chet de la gendarmerie de Khouniaton (Bouriant, M. M. C, I, 20).

* Ainsi Ounas s'écrie en insistant sur sa filiation : « Râ-Toum, ton fils vient à toi, il

» vient à toi cet Ounas, tu l'as accueilli car il est ton fils de ton corps à jamais ».

(Pyr. d'Ounas, 1. 232, 233 et 294 : Maspeko, R. Tr., III, p. 207 et 219).

5 « Harmakhis m'a mis au monde pour faire comme il a fait Je suis roi de sa pro-

» création » dit Sénouserit I (xh« dyn.) nok souten n khspr-f. (Dédicace d'Héliopolis, parchemin de Berlin : Stern, ^. Z., 1874, p. 87). — « Regarde-moi, toi mon fils » Thotmès, je suis ton père Harmakhis » dit le dieu à Thotmès IV (xv7ii« dyn.) Stèle i\u Sphinx (L. D., III, 63 ; Brugsch, ^. Z ., 1876,91). — Le môme dit à Ramsès II (xrx^ dyn.) : « Roi Ramsès qui donnes la vie, je suis ton père vénérable ». (Tell-el-Yaoudieh : Naville, r. Tr., X, 52).

6 La qualification de « fils d'Amon, Si Amon » entre accidentellement dans le protocole de quelques rois (statues de Thotmès III et de Ramsès IV {Ann. Serv. Antiq.. 1902, Legrain, p. 7). Elle fait partie intégrante du nom de quelques autres, comme de Hri-Hor et de son concurrent le fondateur de la dynastie Tanite. A Karnak, Séti I"'' change souvent dans son nom l'épithète.de Meri-n-Ptah en celle de Méri-Amon (L. />., III, 124-130).

7 Textes thébains, passim.

8 Stèle de l'an 35 (Caire n» 694.— Mariette, 7!f. />., pi. 11-13; Sch^fer, Urkunden,\U,\.^<^)- ^ « Dit Amon-Râ-Harmakhis : « 0 mon fils de mes entrailles, que j'aime, Ramsès » (III).

(De Rougé, /. H., lO'J ; Dùmiciiex, H. I. ; I, 16). — Tonouatamon, roi d'Ethiopie voit en songe « son père Amon-Rà ». (Stèle du songe, 1. 8 : Caire n" 691 : Mariette, M. D., pi. 78; ScH/EFER, Urkunden, III, 61).

cosmique et mystique en même temps que dans les adorations des hommes ^

Enfin si l'on ne s'étonne pas de voir le roi, fils de divers dieux unifiés en une seule personnalité, s'il n'est pas choquant de lui attribuer en diverses localités plusieurs pères, on ne se scandahse pas non plus d'entendre nommer ceux-ci dans le môme temple - et au cours du même texte ^ Parfois l'invraisemblance va jusqu'à une paternité et une maternité collective de tous les dieux et déesses'^. Comment chacun des rois était-il ainsi, à son tour et à la fois, fils d'Osiris, de Ptah, de Râ ou d'Amon ? Comment coulait dans ses veines le sang divin ? et comment du même coup se transmettent aux princes les droits de la royauté ? Tous les Égyptiens, grands et petits, connaissaient la génération humaine des rois. Ceux-ci mêmes n'en faisaient pas mystère. Ils nomment le père qui leur a transmis le trône ; ils étalent sur les monuments le nom de leurs fils ^ parmi lesquels vit leur successeur ; ils font également honneur à leur mère de les avoir mis au monde. Sénouserit^ parle de sa postérité et distingue parmi ses successeurs ceux qu'il avoue pour

1 « Que le fils du Soleil^ le pharaon soit vénéré pour ses mérites; qu'il soit adoré quand )) tu te lèves bienfaisant à l'horizon oriental du ciel. C'est lui qui dirige ta course, ren- » verse tes ennemis devant toi, repousse tous tes adversaires, examine pour toi l'œil en )) son lieu. » (L. D., VI, pi. 117 ; Maspero, H. A., p. 284 ; B. Eg., Il, 467).

2 Ainsi à Philfe, Ptolémée II est simultanément en divers endroits du temple l'émanation [at) d'Atoum, la chair {àd) de Rà et d'Ounnofris, l'image vivante de Râ {sen dnkh) ou de son père Osiris (chop dnkh nez tef-f), le fils (si) d'Amon, d'Osiris, d'Harmakhis, Tentant (mes) d'Isis, le fils de Khnoum et l'enfant de Satit et d'Anoukit, le fils de Hapis et l'enfant de Sokhmit (Sethe, Urkunden, II, 109-110).

•^ Côte à côte, sur le premier pylône de Médinet-Habou, s'étalent un grand discours d'Amon au « fils de son flanc » Ramsès III, et le décret de Ptah en l'honneur de son « fils chéri », le même Ramsès III (Cf. Daressy, p. 61 et 64) ; plus loin, l'inscription de l'an VIII, qui célèbre en lui l'image de chacun des dieux, le dit dans son protocole même « courageux comme son père Montou » (1. 1) et« fils du Soleil « (1. 2) : puis vante l'abondance répandue sur son passage comme sur celui de « son père Nofir-hi-noun » (1. 9) c'est-à-dire Ptah sous la forme du Nil ; et relate un discours du roi qui commence par ces mots : « Apprenez la vaillance de mon père auguste, Amon, l'auteur de mes perl'eo- » tions » (1. 14 : Greene, Fouilles; Chabas, p. 246-9).

* Séti \" élève le temple de Radésiéh « sous le grand nom de ses pères les dieux » (L. D., III, 13i;-140; Chabas, Insrr. hist. de Séti I, Bibl. Eg. IX, 44 et 46). Le protocole de Ramsès II à Kouban mentionne que « à sa naissance, ce fut un cri de )> joie au ciel ; les dieux dirent : « c'est nous qui l'avons engendré » ; les déesses » répondirent : « c'est nous qui l'avons mis au monde pour régner sur le royaume » de Râ » (Prisse, Mon. 21, 1. 3-4; Chabas, Mines d'or, Bibl. Eg. X, p. 203 et pi. 1); Erman, jEgypten, p. 91).

5 Tels Ramsès II à Ibsamboul et à Louqsor, Ramsès III à Médinet-Habou.

" Usertsen, Ousortasen, Sésoslris, Sénosiris, Sanouosrit.

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