‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 33 sur 182 · LE ROI ÉLU DES DIEUX · texte numérisé non relu

LE ROI ÉLU DES DIEUX

descendants et ceux qu'il rejette ^ Dans la grande inscription dédicatoire du temple de Séti P*" à Abydos, Kamsès II donne alternativement le nom de père à son prédécesseur Séti et aux dieux Osiris ou Râ'-. Les sujets môme ne font aucune difficulté de parler du « père du roi » ou du « fils du roi » devenu roi luimême ^ Comment accorder ces mentions d'un père humain avec les prétentions à une génération divine ?

Le roi est V « élu de Dieu ». La génération humaine ne suffit pas pour donner le trône : il faut de plus un choix divin. Sans doute tous les rois légitimes se rattachent par le sang à quelqu'un de leurs prédécesseurs. Mais la succession n'est pas toujours directe de mâle en mâle et par ordre de progéniture. La xiii® dynastie, qui régna 453 ans, s'interrompit à plusieurs reprises et se renoua par les femmes*. Quand une dynastie succède à une autre, elle invoque une parenté féminine. Ainsi Hrihor fonde la xxi% au nom des droits qu'il tenait de sa môre^ Si la nouvelle dynastie ne peut se rattacher ainsi à la précédente, elle se hâte d'y suppléer par un mariage ; le fils issu de cette union obtiendra seul une obéissance sans protestation ; son autorité sera mieux respectée que celle de son père qui parfois feindra de commander

1 Voir infra, ch. ii, p. 82.

2 II parle successivement des offrandes qu'il a faites par amour pour son pèro Séti- Merniptahj de ses louanges à « son père » Osiris « qui Ta mis au monde », et du puissant Râ « dont il est issu » {Khû-na... n mes-ûa, per-na m Râ nakhtu, 1. 42-43 ; Mariette, Abydos, I, 6; Maspero, Essai, p. 27-28) et, après qu'il a rappelé son enfance choyée par Ràmamen qu'il nomme son père [Ibid., 1. 43, tefa., 1. 45 et 52) et ailleurs son « père terrestre» {tefa tep to : Ib., 1. 100) dont il se dit le fils authentique [si-ni khet-ef, 1. 47) au nom duquel il a élevé le monument en y joignant son propre nom parce que « la » personne du fils est la personne même du père qui l'a mis au monde » [Khii si, khii mes-sû, 1. 54), à ce moment les amis royaux lui répondent : « Tu es Rà ; ton corps » est son corps » ; [niuk-Rd, zet-ek zet-ef, 1. 55 ; Mariette, Abydos, I, 7; Maspero, Essai, p. 28-34) ; et Séti lui-même remercie son fîls, « moi ton père véritable qui ai qualité » de dieu », et il ajoute presque aussitôt « tu es né, procréé par le Soleil lui-même » (1. 112 et 115, p. 66-67).

3 Sinouhit raconte comment, à la mort du roi Amonemhàït, la nouvelle en parvint à h son fils aîné Senouserit, V. S. F., qui commandait l'armée en pays de Timihou (Maspero. Contes, p. 97). — Amonemhâït note aussi dans sa biographie, que le roi Thotmès III étant mort, Amonhotpou II « monta sur le trône de son père ».

■* Maspero, H. A., p. 121-122. Comparer la fin de la xvm« dynastie. 5 N.\ VILLE, JE. Z., 1878, p. 29-30 ; Maspero, H. A, p. 288.

en son nom. C'est ce qui se produisit pour la xviii^ dont le fondateur Ahmos tenait ses droits de son épouse Nofritari, et pour la XIX* dont la légitimité ne fut tout à fait établie qu'après que Ramsès II naquit d'une princesse de Tancienne famille royale et que son père l'associa au trône encore « petit garçon » \ Malgré toutes les théories officielles qui consacraient Tautorité royale et divinisaient la personne du roi, des révoltes pouvaient éclater, des compétitions s'élever, des complots s'ourdir-. Pour les prévenir plus d'un pharaon, entre autres Amonemhâït^ son fils Sénouserit l^^\ son petit fds Amonemhâït IV% père de Sénouserit II, Amonemhàït III, père d'Amonemhâït IV ^ Séti P^ père de Ramsès IF, celui-ci à son tour^ Nakht-Séti père de Ramsès II ^ et enfin les Ptolémées, usèrent de la pratique que renouvelèrent les Augustes Romains et les premiers rois Capétiens : ils partagèrent le titre et l'autorité souveraine avec leur fils aîné, héritier présomptif. Mais on vit de ces princes mourir avant leur père. Amenôthès P' dut la couronne au prédécès de son frère Sipiri. Deux fils de Thotmès P"" primaient Thotmès IP". Le grand Ramsès II n'était pas le fils aîné de son père*^ Ménéptah qui lui succéda n'était que le 13* de ses fils, et ne fut associé au trône que Fan 55, après la mort de son frère Khamoïs, le 4* des fils de Ramsès, 25 ans associé à son père*'-. Après Ramsès III régnèrent successivement trois de ses fils, le 1*', le 2* et le 8*. Dans ces nombreuses familles royales, la mort fauchait ferme, éclair-

1 Abydos, 1. 44-46 (Maspero, La jeunesse de Sésostris, p. 29 et 80).

- Tels ceux dont parle Amonemhàït dans ses Préceptes à son fils, ceux qui troublèrent la minorité de Ramsès II (Inscr. d'Abydos), et ceux dont les papyrus judiciaire de Turin et les pap. Lee et RoUin relatent la répression sous Ramsès III (Dévéria, 1868).

3 Marœtte, Abydos, t., II pi. 22 ; papyrus Sallier II, pi. I, 1. 5, 7 (Maspero. H. A., p. 96).

* Stèle de Leyde, V, 4, (Maspero, H. A., p. 99).

5 Proscynème d'Assouan (Young., Hiéroglyphies, pi. 61 ; Maspero, Ibid).

" E. DE RouGÉ, Lettre à Leemans, p. 17.

"' Mariette, Abydos, t. I, pi. 7 ; Maspero, Essai, p. 29; Rev. critiq. 1870, t. II., p. 35-40 ; //. A., 217-218.

8 Maspero, H. A.,y>. 255.

9 Ibid., p. 266.

" Inscr. du Sphinx (Grébaut, Mus. Eg., I ; II. Tr., VU, 142; Erm.\n, Sitsungsb. Akad. Berlin, 1904, p. 1.063; Sethe, Urkunden, IV, 91).

" C'était Amon-nofir-neb-cf (Mariette, M. D., pi. 73, p. 68. Cf. Wiedem.\nn, Proc. SB A. XII, 257 sq.; /?. Tr. XVllI, 121.

12 De ran XXX à l'an LV (Maspero, Inscr. d'Abydos, p. 80); H.A.,t^. 255 ; Et, Eg. II, 279,

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