‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 41 sur 182 · LE ROI GRAND PONTIFE B · texte numérisé non relu

LE ROI GRAND PONTIFE B

panégyrique du défunt. « Il aime le dieu Rà,et chante les louanges » d'Amon dans son temple » ' : l'un est la conséquence logique de l'autre. Dans les processions, il précède immédiatement la statue ou la barque du dieu, comme le fils marche en tète des obsèques. Il reçoit des mains des prêtres les vases d'eau lustrale et fait le tour du temple pour le purifier comme le fils purifie la tombe paternelle. Il allume l'encens devant le dieu, comme le fils devant la momie du défunt. Il présente les fleurs, les parfums, le vin, les liqueurs, les gâteaux, il sacrifie les victimes humaines et animales ; il revêt le dieu de ses étoffes, bandelettes et parures, comme le fils a l'initiative dans l'office de la dernière toilette et du repas funéraire-. Dans chaque coin, dans chaque salle, le rituel, découpé en images, l'avertit du geste à faire et des paroles à dire ; d'ailleurs, non loin de lui un maître des cérémonies avec son rouleau de papyrus se tient prêt à subvenir aux défaillances de sa mémoire.

Seul, il a qualité pour accomplir tous les rites avec toutes les conditions nécessaires à leur entière efficacité ; car, outre sa parenté, seul des mortels il peut se vanter de posséder en son vivant, par lui-même et sans intermittence, comme les dieux, le privilège du md-khrôou, de la voix juste et créatrice, qui fait loi et réalise ses ordres, qui subjugue la nature et les dieux même ^

1 stèle du Songe, 1. 33 (Mariette, M. D., pi. 7-8, p. 2 ; Sch^fer, Urkunden, III, p. 72 ; Maspero, B. Eg., VII, 16). D'après la stèle de Bint-rochit (Contes, p. 117), quand arrivent les messagers du prince de Bakhtan, « Sa Majesté était à Thèbes, dans le temple Nakht- » houit-ropeou k chanter les louanges de son père Amon-Râ. »

2 Voir, pour les processions, la 2° cour de Médinet-Habou ; pour le lacement et le sacrifice du taureau, le temple de Ramsès II à Abydos ; pour les purifications et offrandes un peu tous les temples. Cf. Rituel d'Amon des papyrus de Berlin et textes du temple de Séti I à Abydos, d'après lesquels Moret [Rituel du culte divin, 1908) a démontré en la poursuivant dans tous les détails l'identité du culte funéraire et du culte des dieu.x.

3 Les hymnes sacrés constatent que les dieux accordent ce privilège au roi : —

« Tu as ordonné de donner au fils du Soleil Ramsès la voix juste de Min contre ses

)) ennemis dans le ciel et la terre » (Médinet-Habou, 12" cour. Hymne à Min : Daressy, p. 125); — et certes ceux qui les chantent ne souhaitent pas sa mort. Au grand temple d' Abydos, devant Séti I et ses ancêtres qu'il honore, Ramsès II, encore prince héritier, se qualifie déjà « juste de voix » (Mariette, Abydos, I, 43). « Je suis vite venu pour » faire appel vers toi, en mission de mon père Khoufoui, juste de voix », dit le prince Dadoufhor au vieux magicien Didi (Pap. Westcar, pi. vu, 1. 20-21). De même Sinouhit

raconte : « Alors la Majesté du roi Khopirkari à la voix juste, dit à cet officier »

(Contes, p. 111). Ce n'est pas là une simple distraction du rédacteur, qui pirlc d'un roi mort depuis des siècles quand il écrit; c'est l'expression de la réaliLé (Cf. Maspero, L'expression Mà-Khrôou, Bibl. Efj. I, 106-109; Moret, Rituel, p. 163-105).

Personne ne saurait comme lui louer et glorifier, servir, nourrir et vivifier les dieux; personne non plus ne pourrait comme lui les solliciter, les presser, les obliger à répandre leurs bienfaits. Il demande pour tous; car, s'il est le fds du ciel, il est le chef de la famille terrestre; hommes libres et esclaves, grands et petits, tous dépendent de la double maison pirouï ' : pour suivre l'ordre hiérarchique, leur prière doit passer par lui. Pour tous et mieux que tous, il arrache ou il obtient les faveurs divines. C'est par lui que l'Egypte vit, que ses habitants jouissent du souffle et des biens de la terre; et ce qu'il ne fait pas ou ne donne pas par lui-même, on doit néanmoins l'attendre de lui, car il l'obtient des dieux. C'est à sa prière que « le Nil accorde l'inondation sur tous les champs » -. Ses pères du ciel lui accordent ce qu'ils refuseraient à tout autre; car « la divinité n'accepterait pas l'offrande quel" Ema- » nation du ciel n'aurait point vue » ^.

Mais il reste une cérémonie pour laquelle nul ne supplée le roi : c'est la partie la plus mystérieuse de la fête. Le roi pénètre dans le sanctuaire, comme dans les appartements secrets de la maison de son père. Il ne s'arrête pas dans la cour et les salles de réception, comme au selamlik les étrangers. Il a droit à plus d'intimité, et doit s'approcher tout près du dieu pour lui mieux témoigner sa piété filiale'. Il s'avance dans la salle sombre, où pénètre à peine derrière lui un peu de la lumière du jour. Il va jusqu'au tabernacle où est renfermée l'image sacrée du dieu. Il rompt le sceau d'argile et ouvre la porte. Le voilà face à face avec le dieu son père ! Que se passe-t-il dans ce tête-à-têle ? Rien que d'extraordinaire pour les simples mortels, rien que de naturel pour une telle personnalité. Parfois le dieu Tétreint de ses bras paternels. Tout au moins, il lui adresse la parole, et entre eux commence un

' Une des étymologies possibles, avec pir-àd, du nom Irgondaire de « Pharaon » (L. Z>., V, 53; Cf. Devébia, B. Eg., V, 328).

2 Jastructions d'Amonemhdft | XI (Pap. Sallier II, pi. a : Maspero, //. A., p. 9b).

3 Lettre du roi de Khéta au prince de Qidi (Pap. Anastasi II, pi. ii, 1. 3, cl pap. Anastasi IV, pi. VI, 1. 9).

* « Voyez, le roi se trouve derrière ce dieu afin de montrer son amour envers ce » dieu. » Stèle de Ptolémée II k Mendès, 1. 8 (Bkugsch, jE. Z., 1875, 30; M-^riette, M.D., pi. 44; Sethe, Urkunden, II, 37).

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