‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 46 sur 182 · LE ROI MÉDIATEUR DES MORTS · texte numérisé non relu

LE ROI MÉDIATEUR DES MORTS

« 0 chefs, gardiens des canaux célestes, à qui Ounas a attribué des pains et des » mesures de Rà ; Râles lui avait attribuées par décret lui-même ; Rà avait ordonné aux » chefs qui président à l'abondance de cette année qu'ils prennent à pleines raains et lui » donnent ce qu'ils ont saisi, qu'ils lui donnent du blé, de l'orge, du pain, de la bière, » de ce qui est à Ounas ; c'est son père qui lui donne, c'est Rà qui lui donne le blé, » l'orge, le pain, la bière, de ce qui lui appartient, car un grand taureau qui frappe la » Nubie, c'est Ounas, certes *. »

Le dieu comble le roi des biens de la terre ;le roi en fait hommage au dieu, et il se reconnaît son feudataire, puis il distribue les dons divins soit entre les hommes, soit entre les vassaux du dieu dans l'autre monde. A titre de revanche, le dieu recevra les présents du roi pour les distribuer entre les sujets du roi que celui-ci lui recommandera au moment de leur passage à la terre divine sous la suzeraineté du dieu.

Toutes les tombes, dès cette époque, attestent l'intervention du roi dans le culte commun des dieux et des mânes. Chaque défunt pour jouir du bonheur dans l'autre vie, se recommande à quelque patron infernal pour que celui-ci lui permette de prendre sa part des provisions déposées quotidiennement sur l'autel des temples. Mais il sait que la garantie même des dieux risquerait de demeurer vaine si celle du roi ne la sanctionnait. C'est pourquoi la demande de faveurs et de distributions régulières pour le double suit presque invariablement le nom du roi-. En effet ces distributions proviendront des greniers et des magasins du roi, comme le spécifient certains textes : il faut donc que le roi autorise le défunt a en recevoir sa part. Celui-ci ne manque point d'invoquer la décision royale qui assurera son bonheur à toujours, il la consigne soigneusement sur la stèle. Du même coup il atteste, sans le vouloir, la piété du roi qui a constitué au sanctuaire les rentes nécessaires pour le service réguHer de ces offrandes. Le roi donne aux dieux et ceux-ci partagent avec leurs clients : ainsi satisfait-il à la fois sa dévotion et sa politique. Il honore et sert les dieux, et en même temps il récompense ses meilleurs serviteurs auxquels il donne une sorte de lettre de change pour l'autre monde. Ils lui ont

1 La stèle de Nehi reproduit ce texte, ainsi qu'une insc. de Deir-el-Bahari. — Pjt. d'Ounas, 1. 174-179 (M.\spero. R. Tr., III, p. 196).

2 Cf. ch. VIII, § 2.

été dévoués et fidèles, ils le seront également dans Fautre vie aux dieux dont ils grossiront la clientèle'. Gomme entre le ciel et eux les hommes vivant sur cette terre recourent à l'intermédiaire du roi, lui à son tour il prend les dieux pour intermédiaires entre les morts et lui. Telle me semble la meilleure interprétation du souten-di-hotep - . A cette pratique les rois gagnaient des serviteurs zélés; les sujets, l'assurance des biens futurs; les dieux, de riches offrandes: elle devait se maintenir. Bien plus, la formule se vulgarisa et tomba dans le domaine commun, au point de ne plus constituer qu'une expression de style : il ne fut si petit personnage qui ne voulut s'assurer par là le bonheur d'outre-tombe. Alors il eût fallu au roi une chancellerie spéciale pour déhvrer à toutes les familles des défunts un brevet particulier autorisant chacun à compter sur sa part dans les repas des dieux ; mais, la plupart du temps, les familles traitant de gré à gré avec les choachytes et versant les frais, le trésor royal n'avait rien à débourser, ni le domaine royal rien à aliéner : ainsi l'abus n'appelait aucune réforme.

Que le souci de l'autre vie et le soin des provisions funéraires aient été ou non la seule cause des libéralités envers les temples, on voit souvent unis dans les préoccupations des souverains religieux le culte des ancêtres et celui des dieux. La liste des générosités de tel bienfaiteur des temples ressemble fort à une de ces listes d'offrandes si fréquentes dans les sépultures : la quantité seule différait sans doute. Ainsi Aménôthès II se vante d'avoir bâti des temples et consacré des statues, d'avoir restauré les offrandes, donné des provisions de pain et de bière, de taureaux, de bœufs, de veaux, d'oies sans nombre, sans compter les pains et le vin. Il a rétabli (( les anciens rites des ancêtres et des dieux ^. »

D'ailleurs, les temples recueillent toute espèce de présents. La

1 Cf. MoRET, Les fénu.r, R. Tr., XIX, 126 et sqq.; Royauté, p. 197-208. Il croit au transport effectif des offrandes divines dans les tombes.

2 Cf. Maspero, La table d'offrandes, p. 4o-46.

5 Stèles d'Amada et de Vienne, sub fine (Bekgmann, R. Tr., IV, p. 38). — Les deux cultes sont pareillement unis dans le titre de la charge du chef de magasin Sehotpouabrâânkh sous Amoncmhâït IV « qui donne les offrandes divines aux dieux et les offrandes » funéraires aux morts, selon l'ordre de l'IIorus maître du palais. » (Stèle de Leyde V 1: Breasted, .-E. Z., XXXIX, 85; Moret, Royauté, p. 206).

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