‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 45 sur 182 · LITURGIES ET CALENDRIERS · texte numérisé non relu

LITURGIES ET CALENDRIERS

comble de dons Amon de Karnak, il spécifie leur emploi pour la fête commémorative de ses victoires, pour celles de Râ et de Min, pour des constructions, pour des obélisques, pour les offrandes de chaque soir, pour les pains de proposition, pour le vin, etc^ Lorsqu'il relève le temple de Ptah Thébain, restaure ses rites et institue un service d'offrandes nouveau, le môme roi prévoit des offrandes journalières et des offices réguliers, puis des solennités plus espacées, les « jours de faire entrer le dieu de » toutes les fêtes d'Amon (Ptah) », enfin de grandes cérémonies annuelles, le 26 du premier mois de Chaït, et le 30 du troisième mois de Chomou ; anniversaire de la « Cérémonie des autels de » la fête de faire être », et fixe les provisions respectives-. Ramsès III dresse de même une longue liste des fêtes à célébrer à Médinet-Habou" : fêtes du ciel, sortie de Min, sortie du sodem, mois, demi-mois, le 6, le 10, le 1" quartier, le couronnement du roi et toutes les fêtes thébaines. Ainsi se constituent ces calendriers des fêtes que l'on trouve sur les murs de certains temples K Si haut que remonte l'institution d'une fête ou le patrimoine d'un temple, comme son existence même, on retrouve ou l'on affecte de retrouver la trace des largesses d'un roi envers son père divin. Ne fût-ce que pour encourager par l'émulation, provoquer ou réclamer la bienfaisance des rois qui se succédaient sur le trône d'Egypte, le clergé devait alléguer le motif des bienfaits de leurs prédécesseurs. Mais il n'est pas nécessaire de supposer une spéculation : toute autre origine des temples et de leurs dotations

• Inscr. de Karnak, pylône 6 (L. D., III, 30 b; Britgsch, Rec, I, 43-44; Sethe, Urkunden, IV, 738-7oC}.

2 Stèle de Karnak (Legrain, Ann. Sert., III, 107; Maspero, C.-R. de l'Acad. des I. B.-L., 1900, p. 113-123 et pi.; Sethe, Urkunden, IV, 763-772) : Pour chaque office régulier : « 60 pains, 2 cruches de bière, 2 coufïes de légumes, des miches. » Pour le 20 du 1«'' mois de Chaït : « un taureau, une grande mesure de vin, 4 lois de nombreuses victuailles, » 4 boisseaux de grains, des céréales en 4 pains coniques, 2 coufTes de légumes, 20 cru- » chons et 10 cruches de bière, 3 oies...., 200 pains...., 4 godets d'encens, du blé en » 20 pains blancs de Pharaon, (le tout) en redevance annuelle, (plus le nécessaire pour » allumer) le feu en présence de ce dieu journellement. »

3 Médinet-Habou, mur sud (Gree.xe, Fouilles, 183.5; de Roigé, Textes, p. 17-24, Athenœum français, 1853; Dumichen, Altœg. Kalenderinschriften, pi. i-M ; Brugsgh, Thésaurus, II, 364 : Daressy, R. Tr., XIX, 17; M.-H., 177-178).

•i Calendrier d'Esneh (Brugsgh, Thésaurus, p. 310 sqq., 382 sqq.). Trois calendriers d'Edfou (Brugsgh, Festkalender von Apollinopolis magna, 1877; Thés., p. 368-373). Calendrierde Kom-Ombo (de Morc.\n, Catalog. Mon., III).

étonnerait au contraire. Le roi maître absolu des biens et de la vie de ses sujets pouvait seul ordonner de grands travaux de construction ou abandonner la pleine propriété de domaines importants. Tout dans la société civile lui était inféodé et dépendait de lui médiatement ou immédiatement ; pour aller aux dieux, tout devait remonter à lui et passer par son intermédiaire. Puis, comme plus on se rapproche des origines, plus se matérialise la conception de la divinité et plus s'efface la distance de la personne royale aux personnages divins, plus aussi devaient être fréquentes et naturelles les donations aux sanctuaires faites en la forme de fondations funéraires. Comme le roi constitue ou maintient des revenus pour subvenir au culte de son père et de ses ancêtres physiques, ainsi en constitue-t-il pour subvenir au culte de ses parents surnaturels.

Rien donc ne nous étonne dans la mention sur des monuments de l'âge le plus ancien dételles fondations en l'honneur des dieux, Parmi les titres de Ptahchopsès, gendre du roi Ghopsèskaf de la iv** dynastie, à côté de ceux de chef du temple de Sokaris et de grand prête de Ptah, celui de « gouverneur des champs de la donation royale » s'explique sans difficulté ^ Nous apprenons sans surprise que certaines offrandes et certaines fêtes avaient pour fondateurs les rois Ghopsèskaf, Ousirkarâ, Sahourâ et Nofirkarâ, ou même Snofrou et ses prédécesseurs des trois premières dynasties -.

Un texte de la pyramide d'Ounas constitue un curieux témoignage sur les HbéraUtés royales en faveur des dieux. Il fait saisir en même temps les mobiles de la générosité du roi, les espérances de retour qu'il fonde sur ses dons et tout le mécanisme des relations entre les humains et les esprits d'un hbre-échange intermondial d'offrandes et de services :

1 Khorp sokhit suien heak (Mauiette, Mast., 451 e; de Rougé, Six dyn., p. 71).

2 Calendrier de Païenne (uë Rougé, Six dyn., p. 74; PELLh:GRiNi, Nota sopra uniscrizione (Arch., slor. Sicil. 18%); Naville, R. Tr., XXI, 112-117, et XXV. 64-81; ScH^FER, Abh. Akad. Berlin, 1902; K. Sethe (Ualersuchungen, III, 1) Beitrœge sur œltesten Geschichle Jig., % 3, 1903; Maspero, R. Crit., 1899, I. 1; 1903, 1, 383). — Cf. Donations de Mcnkarâ et Ousirkaf à Ilathor de Raànit (Inscr. de Noukânkliou : Masi'euo, Ann. Serv. Antiq., 1902, III, 132, pi. iv.).

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