‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 55 sur 182 · TERREUR SACRÉE · texte numérisé non relu

TERREUR SACRÉE

Horus, « l'épervier du ciel du Sud, et Thot du ciel du Nord », il met « la flamme en contact avec les rebelles » '. Il enlève toute force à ses ennemis par la crainte qu'il leur inspire, parce qu'il est Horus et qu'Horus a définitivement écrasé les ennemis de son père dans « cette nuit du combat et du renversement des mau- » vais », qu'on appelle encore la nuit « du jugement de ceux qui » ne sont plus », ce qui signifie, suivant la glose du texte sacré, » la paralysie des forces des âmes des fils de la rébellion » -.

C'est à ce vertige sacré, ouvrage des dieux, à cette terreur, que les rois vainqueurs rapportent leurs succès guerriers ou diplomatiques. « Depuis qu'il est parvenu à l'adolescence, une divine pro- » tection le suit. Il réunit les forces de tous ses membres, et les » Asiatiques sont pris d'une grande crainte de lui et suc- » combent^ » Shou, Sokhmit, Amon, Ptah, Montou, Osiris ou autres, interviennent en faveur du roi, terrifient ses ennemis et les lui livrent sans défense. Entre les dieux règne une rivalité amicale qui ne dégénère jamais en querelle, et dont toujours le roi profite. Selon le poème de Pentaour, écrit à Thèbes ou pour Thèbes, c'est Amon qui donne la victoire à Ramsès II sur les Khétas ; dans l'inscription d'Abou-Simbel, Ptah s'en attribue le mérite et se vante de « leur avoir mis au cœur de prévenir eux- » mômes Ramsès par les hommages qu'ils lui rendent » *. C'est Osiris que Ramsès IV remercie de la domination qu'il exerce "', tandis qu'Horsiatef en rend grâces à Amon ^.

Somme toute, cette protection n'est pas gratuite ; en dernière analyse, le dieu profite de ce qu'il donne autant que le roi. Sans le ton filial, ce serait calcul.

1 Livre des Morts, LXXI, 4.

3 Hammamât, st. de Ramsès IV, an III (L. D., III, 233 ; Pieuret, R. Arch., 1869, p. 277).

5 « Tu es pour moi comme un maître {nabi) excellent, comme un protecteur {nekho^iou) » bienfaisant. C'est toi qui fait que tout homme, tout pays et tout chef me font hommage » de leurs tributs pour ta personne (ka) et pour ton nom. » (Stèle de Ramsès IV, an IV, Abydos, 1. 28 : Pierret, R. Arch., 1869, p. 283).

^ « C'est ta crainte excellente, ô Amon, qui oblige le prince des Madidi à m'envoyer » dire : « Tu es mon dieu et je suis ton esclave, je ne suis qu'une femme ». St. de Gebel- Barkal (JUspero, Guide, p. 61; Mariette, 31. D., pi. 11-13, p. 3; Sch^efer, Urkunden, III, 113-136).

Dans une prière à Osiris, Ramsès IV affecte de n'avoir travaillé que pour le dieu : « En traversant la terre j'ai abattu les impies » pour Ta Sainteté ; tous je les ai renversés pour toi » ^ Cette attitude religieuse réussit toujours, c'est en l'adoptant que l'Éthiopien Piânkhi se fait bien venir et reconstitue l'imité du royaume. Dans sa proclamation aux Memphites, il se vante de sa douceur, car, en la Haute-Egypte, il n'a pas même « fait pleurer un petit » enfant » ; seulement il s'est débarrassé de ses adversaires au titre d'ennemis du ciel :

« Voyez les nomes du Midi : on n'y a massacré personne, excepté les impies qui blas- » phémaient Dieu ; ces obstinés-là, on les a exécutés. »

Ce missionnaire armé revêt alternativement des airs de guerrier et de dévot, et sa campagne de conquête tourne au pèlerinage. Il s'ouvre la voie par les armes ; mais il va de temple en temple se faire reconnaître pour fils du dieu local. Après l'attaque et le siège de Chmoun (Hermopolis), à peine entré dans la ville rendue à merci, il va prier au temple de Thot et prend solennellement possession du butin au nom d'Amon Thébain. Dans sa sommation aux Memphites, il déclare vouloir seulement « offrir des offrandes » à Ptah et aux dieux du nome Memphite ; honorer Sokari dans » sa chapelle, voir le dieu Ptah et retourner en paix. » La place conquise, il va se reposer à On (Héhopolis) en offrant un sacrifice à Râ et en lui faisant visite dans son sanctuaire.

Lieutenant du ciel dont il fait les affaires et exécute les décrets, le roi a le droit de compter sur sa protection. Ce même Piânkhi sacrifie aux dieux de Memphis et des environs « pour qu'ils lui » accordent toute prospérité » -. Il prie, mais il est sûr d'obtenir.

A chaque pas qu'il fait en avant, à propos de chaque épisode de la campagne, Piânkhi voit l'œuvre d'une main divine : devant la résistance inopinée de Memphis, il entre d'abord en fureur « comme une panthère », mais bientôt « il comprend que cela est » arrivé par ordre d'Amon... Amon agit ainsi pour que sa puis-

1 Prière de Ramsès IV à Osiris (Stèle d'Abydos, 1. 7-8 : Piehret, II. Arch., 1869, p. 279),

2 Stèle de Piânkhi,!. 101.

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