‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 59 sur 182 · RESPONSABILITÉ DU ROI · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ DU ROI

portée, dans leur interprétation et leur agencement. Il a pris le jugement de la salle d'Osiris pour une scène de ce monde-ci aussi bien à Fégard des rois qu'à celui des particuliers. Il a été confirmé dans son erreur par les légendes relatives aux soulèvements populaires contre Khéops et autres bâtisseurs de pyramides. Les grandes inscriptions des temples sont des modèles de ces panégyriques capables d'inciter indirectement à la vertu. Mais s'il est ingénieux de leur attribuer ce dessein d'édification; il est aussi vraisemblable que la flatterie en fit tous les frais pour plaire à l'orgueil, et que l'idée d'admonestation, même détournée, ne s'y glissait guère. L'histoire d'Amasis, racontée par Hérodote, infirme et corrobore à la fois l'existence d'un régime alimentaire imposé au roi. Les preuves de la piété des rois abondent ; des textes authentiques attestent la visite quotidienne au temple et le sacrifice solennel. A la cour du roi on n'a encore signalé ni mignon, ni page ; il y avait cependant au palais des enfants, fils de grands personnages, civils ou militaires, qu'on élevait avec les princes royaux. Les premiers prophètes d'Amon eurent assez d'influence sous la XX® dynastie pour la déposséder finalement ; mais précisément alors Thèbes perd la souveraineté. Enfin l'entrée du palais n'était pas un monopole de la classe sacerdotale. Là encore, il y a lieu sans doute de distinguer les époques.

Les fautes dont les hommes se sentent responsables devant la divinité apparaissent clairement dans la confession négative. C'est une contre-épreuve des devoirs que la conscience leur révèle et que Topinion publique formule distinctement. L'homme qui récite le cxxv® chapitre, ou l'emporte dans sa tombe, se prémunit contre la sentence d'Osiris en protestant de son innocence sur chacun des chefs d'accusation; mais par là il se reconnaît sujet à la juridiction dont il soUicite un arrêt favorable. On pourrait supposer que le roi échappe à cette juridiction : fils do dieu, luimême dieu par nature, ne doit-il pas être admis de droit au séjour d'Osiris ou dans la barque de Râ? n'est-ce pas une affaire de famille où l'appareil solennel d'un jugement détonnerait ? Pour logique qu'elle soit, cette conséquence ne semble pas avoir eu

vogue. D"ailleurs l'idée d'un jugement préalable à la fixation du sort définitif dans l'autre monde n'est pas primitive : d'après une conception antérieure, la mort entre de plein pied dans le domaine d'Osiris et y continue sa condition terrestre, travailleur et jugé, s'il était sujet, ou au contraire juge, ordonnateur du travail et répartiteur des récompenses, s'il était roi ou dieu. Mais cette conception primitive se transforma : le jugement ne fut plus un accident de la vie d'outre tombe, mais le préambule nécessaire; et la morale s'y insinua. Le simple mortel monta en grade ; de corvéable à merci dans les champs d'Osiris, il passa « juste » et trouva dans une culture merveilleuse une récompense. Les rois perdirent au progrès, ils descendirent du trône, et, tout en gardant d'importants privilèges sur les anciens sujets, ils durent comme eux passer devant le tribunal et y subir le jugement, examen et arrêt. A travers la relation de Diodore nous retrouvons la croyance finale du peuple égyptien. Le sceptique disciple d'Evhémère a transporté sur terre par recherche instructive de vraisemblance ce qu'on lui racontait de l'autre monde; il l'a fait également pour les rois et les particuliers. Par une opération inverse rétablissons dans l'autre monde le jugement des uns comme des autres. Les rois nous y ont autorisés par leur propre aveu : habemus^ confitentes reos. Certaines apologies d'eux prennent en effet comme pour les simples particuliers la forme de la confession négative.

Déjà, dans les textes des Pyramides, on en trouve le germe : ces dénégations accompagnent les protestations de pureté, ou annoncent rénumération des bonnes choses dont jouit le roi défunt. Mais ces dénégations sont brèves et isolées ; elles ne se groupent pas pour former une Htanie ; enfin elles demeurent vagues et ne s'appliquent à aucun acte précis. La plus ancienne des confessions royales, qui accumule les négations et fasse allusion aux devoirs du souverain, date de la xi® dynastie. Le roi Antoufââ, après avoir rapporté les hauts faits de son règne (les embellissements de Thèbes, les réparations de son temple et la conquête du nome Thinite), ajoute:

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