‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 61 sur 182 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le roi astreint a son rôle divin. — § 1. Souveraineté universelle. — §2. Protection DE l'Egypte et victoires sur les étrangers.

Vis-à-vis des dieux, le roi a des devoirs et des droits. Tous dérivent théoriquement de sa qualité d'Horus et de Fils du Soleil. Vis-à-vis de ses sujets, son attitude, ses sentiments, ses actes, ainsi que les sentiments que l'on a pour lui et les devoirs qui obligent envers lui, dérivent de la même source.

Hérodote raconte une aventure, arrivée à Amasis, très significative. Après une matinée consacrée aux affaires, Amasis « buvait, » raillait ses convives, se montrait enjoué et frivole ». Cette manière de se comporter déplut aux Egyptiens ; ils permettaient tout à leur souverain et souffraient tout de lui, à condition qu'il gardât sa dignité. C'est ce que les conseillers d' Amasis lui donnèrent à entendre:

« 0 roi, tu n'as pas une contenance qui te convienne, quand tu te montres si léger ; » car tu devrais, homme vénérable, assis sur un trône vénérable, t'occuper d'affaires » toute la journée. Ainsi les Egyptiens reconnaîtraient qu'ils sont gouvernés par un grand » homme, et tu les entendrais parler mieux de toi. Mais maintenant tu ne fais rien de » royal ' ».

Les Egyptiens gardaient de leurs anciens monarques une idée grandiose et Amasis les choquait. Ils voulaient bien qu'il jouît de

1 HÉRODOTE, II, 173. — Cf. la Chonique démotique de Paris (REviLLouT./feu.^^g'. 1,65-67; et Amasis, Rev. Quest. Ais^, juillet 1906, p. 12-15).

certains plaisirs', où se manifestât sa grandeur, sa puissance ou seulement sa richesse, mais non de plaisirs dégradants-. La personne royale était entourée dans leur esprit d'un prestige tout divin; il leur déplaisait de n'y trouver qu'un homme.

Or cette conception de la royauté n'était pas récente, et ne datait ni des Ptolémées, ni des Saïtes. Nous avons vu qu'au contraire le prestige de la royauté avait plutôt baissé peu à peu depuis les premières dynasties. Aux plus beaux temps de la monarchie, les Égyptiens voulaient que le pharaon, roi et dieu, n'apparut jamais qu'entouré de sa double majesté, royale et divine, qu'il fut toujours, selon une antique formule, « le roi régnant, le dieu déi- » sant » (souten soutenir nouier nouiri)^. On peut donc dire qu'en tout temps le roi n'a eu qu'un seul devoir : celui de vivre et d'agir en dieu, partout, en tout et toujours se montrer dieu.

Mais ce devoir unique comprend tout. De ce chef, de nombreuses obligations s'imposent au roi. Il n'est pas sur le trône pour y faire son bon plaisir ; mais pour y continuer, y rendre sensible, visible et agissant le règne des dieux. Il ne tient pas de lui-même et pour lui-même sa toute-puissance divine. En tout il doit se modeler sur la divinité, dont, par la nature qu'il s'attribue, il est l'imitateur par excellence. Il ne fait pas seulement ce qu'aiment les dieux, il fait ce que font les dieux, comme il est ce que sont les dieux*. Il n'est pas seulement le serviteur qui obéit; il est le fils qu'un secret instinct pousse à imiter en tout son père. De là dans les textes tant de comparaisons avec les dieux. Le roi leur

1 La danse et les chants ont à la cour un caractère religieux' (Cf. chap. ix, | 1). Le danga nain danseur de Pépi II « danse le dieu » (Bescrit à Ilirkouf d'Assouan : Maspeuo, R. Tr. XIY, 486-193 et XVII 1-4; Sethe, Urkundea, I, 128-131). Snofrou-nofir « maître chanteur de » Pharaon », sorte d' « intendant des menus plaisirs » (Piebret) est aussi prophète du feu roi Assi (Table du Caire, n" 720 : Maspero, Guide, p. 430 : L. /)., II, 59 ; CHAiiPOLLroN, NoI.., p. S60 ; Ghabas, EgypL, I, 49-.S0). Les yjlaisirs du harem, figurés à Médinet-IIabou, sont secrets. C'est grande faveur pour Ahanakhti de « voir la danse en ses ordonnances » diverses » (Maspero, R. Tr., XIII, 188).

* Même ceux de la table n'avaient pas toujours été suspects : « Ta bouche se remplit » de vin, — de bière, de pain et de viande; — des bœufs sont tués, des vins entames ; » — de doux chants éclatent devant toi. » [Pap. Anast. IV, pi. 3, 1. 7-8 : Ghabas, Z/Z« dyn., p. 118).

3 Maspkro, Et. Eg., II, p. 13.

■* Haroéris dit au roi Ramsès I" : «. Je t'ai donné la naissance du Soleil, pour que tu » sois comme lui. » (Tombeau de Ramsès I : Devéria, Pap. jud. de Turin, p. 127, n» 2).

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