‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 62 sur 182 · SOUVERAINETÉ UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

SOUVERAINETÉ UNIVERSELLE

ressemble parce qu'il entre dans leur rôle. La ressemblance n'est pas fortuite, mais naturelle et nécessaire.

Paraître l'image, la copie, la contre-épreuve de la divinité, ne constitue pas seulement pour lui une parure ou une source de profit : c'est la loi de son existence. Sa personne, divinisée dans les esprits, doit s'annihiler pour se fondre dans l'essence divine et la laisser agir en lui. Ses titres sont des titres divins ; ses qualités sont celles des dieux ; ses actes sont une manifestation de la Providence.

I 1®''. — Le roi souverain.

La souveraineté du roi sur le monde et les hommes doit se montrer l'image et la suite de la souveraineté divine.

A l'origine, la puissance royale a pu donner l'idée de l'autorité divine ; on a créé les dieux à l'image des rois, et pour leur faire hommage d'une force supérieure à l'humanité, on les a appelés « rois, seigneurs et maîtres », parce qu'on ne concevait rien au-dessus du roi. Mais une fois cette idée formée, la proposition s'est renversée : Fidée des dieux a prédominé, a prêté aux rois plus de lustre qu'elle n'en recevait, et ceux-ci, afin de ne pas déchoir, ont dû s'attacher à cette idée supérieure et y her leur sort. La conséquence de leur grandeur en devient la cause. D'abord « dieu, Horus et fils de Râ » parce qu'il était roi, plus tard le Pharaon n'est roi qu'en vertu de ces mêmes titres, d'où l'on fait dériver ses autres titres et ses droits. Désormais on exprime sa suprématie en lui décernant tous les titres des dieux, surtout du Soleil ou des divinités solaires.

Certains de ces titres n'ont ou ne semblent avoir aucun rapport direct avec la personne humaine du Pharaon et sont empruntés au rôle météorologique du Soleil. Ainsi l'a-t-on qualifié de « maître » des levers » * et de « directeur des révolutions du disque so-

1 Neb khàou : Cf. men-khdou, dnkh-khàou, noutir-khdou , celui qui s'affermit, subsiste, se renouvelle par ses levers (cit. Grkbaut, Hymne à Ammon-Rd, p. J91).

» laire » * ; ainsi dit-on qu'il « émet des rayons » et « illumine » la terre » - ainsi lui attribue-t-on l'éternité ^ comme « sei- » gneur des panégyries*, riche d'années », à qui « les dieux » ont donné des millions de panégyries » ^ ; ainsi le nomme-t-on « maître du circuit solaire, du disque, du ciel et de la terre » ^. D'autres titres marquent des qualités plus sensiblement communes entre le soleil et lui. Le soleil s'élance à travers l'espace ; dans sa course il sépare idéalement, « tranche » le ciel et la terre en deux régions, septentrionale et méridionale, placées à sa droite et à sa gauche, sur lesquelles il règne également, et qu'à un autre point de vue il joint et réunit. Comme lui et de sa grâce, le Pharaon est « seigneur des deux » terres » ou plutôt de la « double terre » ^ le « roi du » Midi et du Nord » ^ le « double seigneur » ou le « maître » des deux couronnes » ^ : ce sont éléments ordinaires du proto-

1 Hiq chonit aton : Hymne à Aton-Rà (L. D. III, 107, a; Grébaut, op. cit. 216). — Iliqi chonit nâkht n Aton-Rà: ïhotmès I""" à Tombos (L. D., III, 5 a ; Sethe Urkunden, IV, 82) ; — neb n chonit n aton : Thotmès II à Karnak (L. D., III, 14).

2 Sati snou, sehaz tooui (Mariette, Abydo,s, I, 31 b. ; Grébaut, Hymne à A-Rà, p. 222).

3 Cf. : Ouaheni mestou (Amonemhàït I" et Séti P'), ànkii me.'itou (Sénouserit I'"'), noutir mestou (Sénouserit III). « Celui qui renouvelle ses naissances, qui ne subsiste que par ses » naissances ». kheper kheperou (Amonemhàït IV), « Formateur de ses transformations» (Ghabas, j¥e/., 11,65-68; Grébaut, op. cit. 191).

* Neb hebiou. Cf. supra, p. 14, n. 3 et 4.

s St. Abydos, Ramsôs IV, 1. 1-2 (Pierret, R. Arch., p. 279).

6 Légende de Khouniaton (L. D., III, 81 i).

7 Neb tooui. Tout est double pour le roi comme pour le soleil ; son palais est la double grande maison, pir-ddoui ; son trésor, la double maison blanche, pir-has oui ; ses conquêtes sont des terres doubles comme l'Egypte même : « double pays des Asiatiques ou » Phéniciens, sheti Satiou » (Rochemonteix, Edfou, p. 449, 1. 2). — Sur la double terre, cf. Grébaut, Hymne à Ammon-Rd, p. 161-170, où il combat le sens; 2 régions = ciel et enfer; — p. 190 et 203, où il cite encore des titres analogues ; kher-tooui, samou ou sam-tooui, mer-tooui, skeper-tooui , sankh-tooui, snofer-tooui, ouaz-tooui, spod-tooui , le » possesseur de la double terre, son organisateur ou réunisscur, celui qui l'aime, la fait » évoluer ou subsister, en fait le bien ou la prospérité, qui l'approvisionne ».

8 Souton baïti (Ci', supra, p. 19, n. 1). — On trouve quelquefois la formule redondante souton baïti ris mehit. Plusieurs lectures ont été proposées pour l'abeille : khabou a longtemps eu vogue; bat ou baïti a été déterminé par Sethe {/E. Z., 1890, XXVIII, 125-126 ; 1892, XXX, 113-119; Cf. Piehl, y£. Z., 1896, XXXVI, 85). — Jusqu'à Gréb.\ut (op. cit., p. XXVII, 173-184 et 210-226) on rendait par « roi de la Haute et de la Basse Egypte », traduction approximative, qui, dit-il, ne convient point pour les dieux, surtout ceux du ciel et des enfers, et ne correspond point au rôle solaire du roi.

9 Nebti. GooDwiN, {^E. Z., 1868 p. 57) expliquait « le seigneur de la région de droite et » de la région de gauche » symbolisées par le vautour et l'uraeus, en comparent l'orientation des Egyptiens à celle des Hébreux (Cf. Grébaut, op. cit., p. 195-203). — Erman (yË. Z., XXIX, 57-58) traduisait « l'unificateur (ou le double unificateur) de l'Egypte », par une spécieuse équivalence du titre samut, samit ou samiti avec le titre en .question. — Cf. supra, p. 19, n. 3.

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