‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 67 sur 182 · SANTÉ ROYALE H · texte numérisé non relu

SANTÉ ROYALE H

Thotmès IIF et Thotmôs IV-, Aménôthès m^ Ramsès IIP et Ramsôs IV ^ laissèrent des souvenirs de leurs exploits. D'ailleurs la destruction des fauves et animaux dangereux rentrait dans le devoir et le rôle du roi protecteur de son peuple^.

Pharaon jouit de la santé des dieux, aussi bien que de leur longévité^ et de leur plénitude de forces vitales. Osiris complimente Séti P*" de posséder « la valeur, la force, la ])uissance, la santé de » ses membres conmie Râ dans le ciel » ^ Un scribe poète de cour adresse des vœux à Ménéptah comme à un simple mortel, mais un mortel favorisé de la nature : « Mène une vie agréable » jusqu'à ce que tu atteignes Tàge vénérable, ta lèvre saine, tes » membres robustes, ton œil voyant de loin » ^. Fort bien, en théorie ! mais on cache la réalité où, pas plus que le sage d'Horace, la maladie ni la mort n'épargnent Pharaon, prœcipue

1 Comme Sobekhotpou, Amounizeh gagna la faveur et « s'approcha de la personne du » dieu » (Thotmès 111)^ grâce à ses talents cynégétiques, car « il courait les montagnes » et faisait la chasse, poussait en tirant de l'arc les bêtes sauvages » {M. M. C. V, 355). Thotmès III profita de sa campagne sur les bords de l'Euphrate pour chasser les éléphants et en abattit 120 (Inscr. d'Amonemhabi, 1. 22-23).

- C'est « un jour qu'il faisait une chasse pour son plaisir sur la montagne du nome

Mcmphitique aux lions et aux gazelles » que Thotmès IV eut un songe mémorable

où il entrevit sa grandeur future et à la suite duquel il désensabla le grand Sphinx. — (BRLGscH,.i;. Z., 1870, 89-95; L. D., III. pi. 03).

3 Aménôthès III eut la passion de la chasse et voulut qne le monde en conservât la mémoire : stèles et scarabées racontent qu'il tua de sa main 102 lions. L'Egypte vivait tranquille sous son règne, Asiatiques et Africains se rappelaient les grands coups des Thotmès et pour remporter les triomphes traditionnels, il fallait provoquer la Nubie; mais Aménôthès se rattrapa contre les fauves, en sorte que l'on peut se demander s'il se reposait de la guerre par la chasse ou si la chasse l'attirait comme son but vrai, et si la guerre aux nègres servait seulement de prétexte à ses exploits cynégétiques. (Rosellim, Mon. Star., pi. xlfv; Yov^n, HiAroglyphicR,'^]. 13; Mariette, Catal. Mus. Boulaq, p. 126; Album, pi. 36 ; Abydos, III, 538; Migliarini, Catal. Mus. Florence, p. 87; Ghabas, £'L, p. 391 ; BiRCH, Scarabœi, Rec. Past, I, XII, 40; Wiedem.viNN, jEq. Gesch, 381, n. 6 ; Mas- PERo, Guide, p. 96 ; H. Or., II, 298, fig.)

* Ramsès III s'était fait représenter à Médinet-Habou (2° pyl., flanc extérieur S. : Daressy, p. 183-184 et 190; Capart, L'art ég., pi. 73) chassant en char dans la montagne ou près des marais et frappant gazelles, antilopes, onagres et taureaux sauvages.

ô Ramsès IV, moins hasardeux, faisait garder ses chasses; sans doute il préférait le rabat et ordonnait des battues dans la campagne (Pap. Mallet, f" 2 : Maspero^ R. Tr., I, I 1) pour son compte ou celui de ses grands officiers.

6 Plusieurs d'entre les fauves sont des incai-nations de Sit, qu'un Horus doit combattre (cf. supra, p. 82). Tous les rois d'Orient, ceux d'Assyrie autrefois, ceux de l'Inde et de l'Indochine encore aujourd'hui sont fiers de remplir ce devoir de guerre aux fauves.

7 Cf. supra, ch. i, p. 14-15.

* Inscr. dédie. d'Abydos, 1. 102 (Maspero, p. 63). Cf. « Toum te décrète sa durée de » vie en qualité de roi ; la vigueur et les forces sont réunies derrière toi. » [Ibid., 1. 105, p. 64).

9 Pap. Anastasi IV, pi. III, 1. 4.

saniis nisi cum pituita molesta est. Nous n'avons point de bulletins médicaux du double palais : mais la momie de Thotmès II porte encore sur sa peau les traces de la maladie éruptive qui le fit envoler au ciel ' ; sur celle de Ramsès V papules et bubons décèlent la petite vérole qui lui fut fatale; enfin, malgré la beauté divine de tout Pharaon, une indiscrète inspection de médecins modernes révéla que Siptah était pied-bot'-.

I 2. — Le roi protecteur de l'Egypte et vainqueur

des étrangers.

Par sa force et sa vaillance le roi protège l'Egypte.

Attaquer l'Egypte est un sacrilège ; la sauver, une œuvre pie ; écarter de l'Egypte tout péril, la protéger contre ses criminels envahisseurs, la purifier du contact des impies qui l'ont souillée de leurs regards et de leur présence, c'est l'office du roi qui combat tout mal, du roi à la foi dieu et héros ^ Sous sa tutelle, le pays peut vivre heureux, sûr que le roi le défendra contre ses ennemis, repoussera et anéantira quiconque violerait ses frontières, et les passera lui-même pour répandre au loin la terreur de son nom parmi les peuples qui ne le connaîtraient pas.

Le protocole des rois exalte leur puissance protectrice et rappelle leur victoires. Symboles, titres solaires ou mentions historiques concourent à inspirer à la fois du respect pour sa grandeur et de la confiance en sa protection victorieuse.

A plus forte raison, les légendes des bas-reliefs, les poésies chantées enl'honneur du maître, les récits rédigés pourètre lus sur les stèles ou la surface des pylônes, les discours solennels prêtés aux dieux ou prononcés par des sujets prosternés, traduiront-ils avec emphase la confiance du pays, les promesses d'assistance du roi ou la glorification de ses exploits sauveurs.

' Maspero, //. Or., II, p. 242, n. 3. ^ Maspkro, Journal des Débats, 30 décembre 1908.

3 Voir ranathcme de Sénouserit III contre un successeur qui ne défendrait pas la frontière du Sud [supra, ch. ii, p. 84).

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