‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 68 sur 182 · PROTOCOLES BELLIQUEUX · texte numérisé non relu

PROTOCOLES BELLIQUEUX

A son lever le soleil culbute et anéantit ses ennemis par lavertu du mâ-khrôou. La victoire sur ses ennemis fait partie de Théritage dHorus et de celui du roi qui est un Horus. Qu'il l'obtienne par la vertu de sa parole toute puissante * ou par la force de ses armes, c'est le signe et la conséquence de sa divine souveraineté. Aussi la mention de victoires, escomptées ou réelles, s'incorpore-t-elle souvent au protocole des rois. Plusieurs inscriptions du Sinaï, illustrant des scènes où un roi sacrifie un ennemi, le qualifient a Hor-dinâ, THo- » rus égorgeur » -. D'autres le nomment « le dieu grand qui frappe » tout pays ^ et massacre tous les barbares » ^, ceux-ci désignés par leur nom : bédouins Monitiou, ou indigènes ^/zoî/ refoulés par les légendaires compagnons d'Horus. Tantôt ces titres suivent le cartouche, tantôt ils s'en détachent pour encadrer le personnage royal.

Les protocoles des premiers Thébains rappellent plutôt les bienfaits du soleil. Ceux du nouvel empire, au contraire, manifestent souvent des idées belliqueuses ; leur extension permet d'y introduire des souvenirs ou des promesses de triomphes sur les ennemis. Tantôt ils usent des mêmes expressions et nomment les mêmes barbares qu'autrefois ; tantôt de nouveaux adversaires y figurent. Un texte des pyramides disait : « Un grand taureau qui » frappe la Nubie, c'est Ounas, certes^ ». Plusieurs rois, en tant

1 Thotmès III est « fort et juste de voix pour terrasser son ennemi : m ouser m nid » khvôou r skhert kher pef » [Annales, 1. 16 : L. D., III, 31 b; Brugsch, Dict., 579; Devéria, R. Tr., I, 14; Maspeuo, B. Eg., I, 111 ; Moret, Rituel, p. 164 ; Royauté, p. 298); — Ramsès II, « puissant, fort, juste de voix contre ses ennemis, nakht ouser rnà khrôou r keftou-f (Ramesséum : L. D., III, 162; cf. III, 133 b; IV, 23; Stern, jE. Z., 1877, 121-122). — Ménéptah, après sa victoire sur les Lybiens et les peuples de la mer, est mdti [khrâou] r kheftou-f (Stèle d'Israi-1, 1. 14 : Spiegelberg, /E. Z., 1896, XXXIV, 3, 13 et 19, n. 36). — ■ Ramsès III a reçu « la voix juste de Min contre ses ennemis au ciel » et sur terre » (Médinet-Habou, Hymne à Min : Daressy, p. 123). — Voir supra, p. 82, n. 4.

2 Khoufou (Ouady Maghara : L. D., II, 2 b); — Pépi I^"" : nutr nofr neb tooui Pepi Hor dmd di dnkh neb (L. D., II, 116 a; Sethe, Urk., I, 91). — Plus tard ; Thotmès IV : Hor dind ar kliet (Konosso : L. D., III, 69 e); — Séti I«' : Hor dmd neb ar khet (Radésiéb : L. D., III, 140) ; — Ramsès II, Ibsamboul (Champollion, Mon., 17: Guieysse, R. Tr., VIII, 124).

^ Noutir dd da khastiou, Snofrou (Mus. Caire, n» 158 bis; l. />. H, 2 a; Bricsch, Thésaurus, 1492 ; Sethe, Urkunden, I, 7). — Nantir dd da Monitiou khastiou nebt, Pépi I*"- (L. D., II, 116 A).

* Noulir dd sak Anou, Khoufou (L. D., II, 2 c). — Nantir dd da khastiou nebt, sak Monitiou nebt, Sahouri (L. D., II, 39 f; Brugsch, Thés., 1494; Sethe, Urk., I, 32). — Nantir dd da khastion nebt, sak Monitiou, Ousirniri (L. D., II, 132 a; Brugsch, Thés., 1495; Sethe, Urk., I, 33) : sak nantir dd Monitiou tieb (Mus. Caire, n" 138). — Da khastion neb; Sak[Monit]da khast, Da^dka.rî (Brugsch, TAes., 1494; Sethe, Urk., 1,56).

5 Pyr. Ounas. 1. 179 (R. Tr., III., 196).

qii'Horiis d'or, s'appellent « le taureau puissant » ou « victo- » rieux » K D'autres s'intitulent : « le taureau dompteur des pays » -, le « chef puissant abatteur des Nègres » ^ « i'Horus d'or battant » les Neuf-Arcs » % « l'ïlorus d'or, grand du cimeterre, battant les » Asiatiques » % le « grand de vaillance frappant les Neuf- » Arcs^ le « seigneur de vaillance frappant les Asiatiques » ^ le « seigneur du cimeterre, destructeur des Neuf-Arcs »> **, le « fds de Râ assommant les centaines de mille » ^ l' « Horus » d'or... brave contre les millions, victorieux des centaines de » mille, massacrant les Syriens, assommant les Éthiopiens ))^'\, le « Fils du Soleil écrasant le pays de Khéta ))*^ et « assommant » les grands de la vile Ethiopie ))^-, ou bien, en général, le « taureau fort qui frappe tout pays, qui réduit les terres » rebelles au néant «^^ celui « qui frappe les princes des pays » éloignés de lui ))'\ celui qui « saisit toutes les terres par sa » vaillance » '^.

Opposer les désastres des étrangers au bonheur de leurs sujets plaît à Ramsès II et à ses successeurs. Ils s'intitulent « le souverain » protecteur de l'Egypte, (jui enchaîne les pays étrangers » *^

^ Ka iiakht. Par exemple Ramsès \l (supra, p. 1 ; irifra, p. 125). Ahuiès excepté, presque tous les rois des xvms xix" et xx" dynasties commencent ainsi leur nom d'IIorus.

2 Ka ouàf toou, Aménôthcs P"' : Porte de Karnak (Legrain, 2" rapport, A an., 1903, p. 13).

3 Ifiq nakht sak Nehesou, Thotmès I"' : Graffîttc de Tornbos (L. D., III, 5 b). * Hor noub hou Petti, Thotmès I"'' : Obélisque de Karnak (L. D., III, 6).

5 Hor noub dà khopech, hou Satiou, Aménôthés III : Karnak, 1. 70 (Mariette, À'., pi. 35); Silsileh (L.Z)., m, 81).

<j Ad pouhti, sak Pettiou, Thotmès III : Karnak, salle des fêtes (Sethe, Urk., IV, 556).

7 Sokhem pouhti dar Satiou, Aï : Stèle de Saqqarah {R. Tr., XVI, 123) ; Inscr. de Panopolis et Ghataoui; Stèle de Berlin (L. D. III, 114) ; cf. : [dar] Satiou, Aménôthés III : Scarabée Ménascé (R. Tr., XVI, 62).

8 Sokhem khopech, dar Pettiou, Séti I" : Inscr. de Radésiéh (L. D. III, 138 a, e, h, 140 B ; Chabas, B. E<j., IX, 31); Autel de Vienne (B. Tr., XII, 6).

^ Si Rd, petpet hefennou, Séti I'"' : Karnak, mur N. (L. D., III, 129). — Aha hefennou, Thotmès III : Scarabée (Pétrie, Hist. Se, 1066; Sethe, Urk., IV, 557).

'0 Tannuro ni hebou, kem ni hefennou, smam Kharou, petpet Kaichou, Séti I"' : Silsilis est (L. D., III, 141 G.).

^' Ramsès II : Ibsamboul, farade (L. D., III, 195, cf. infra, p. 142).

12 Ramsès II : Ibsamboul, scène d'immolation (L. D., III, 195 c).

"Ramsès II : Stèle de Tell-el-Maskhouta (Maspero, R. Arch., 1877, II, 233 = Z?. Eg., VIII, 19.

*^ Hou hiqou khastiou pehou sou, Thotmès III : Médinet-Habou (L. D., III, 38 a), Karnak, /. c. (Sethe, iïrkunden, IV, 555), obéUsque de New-York (Sethe, 593, 599).

is Z)z toounebou m pouhti-f, Thotmès III ; Karnak, /. c. (Sethe, Urk., IV, 536).

i« Ramsès II : Tell-el-lMaskhouta (loc. cit.) ; Ibsamboul (L. D., III, 195) ; Pap. inag. Leyde I, 348, p. iv et v; Leem.\.nS;, pi. 148; Chabas, Mél. IV, 122.

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