‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 71 sur 182 · CHANTS ET DISCOURS · texte numérisé non relu

CHANTS ET DISCOURS

Les courtisans de Ramsès H, réunis en conseil, au sujet des constructions d'Abydos, l'adorent en le louant :

« Il veille sur tous ceux qui se reposent ; il déCend l'Egypte par sa vaillance ; l'ort » contre les nations étrangères, il va, il a triomphé; son glaive a protégé les liabitants » de l'Egypte... il anéantit par sa terreur les contrées étrangères. ^ »

L'inscription de Tan IX, à Médinet-IIabou, oppose aux désastres des peuples de la mer la paix dont jouit l'Egypte sous l'égide de Ramsès III :

« Celui que le Seigneur des dieux a ordonné pour être, dès sa jeunesse, roi des deux » mondes, souverain de tout le circuit du Soleil ; le bouclier qui a couvert l'Egypte à » son époque 2, elle se repose sous son ombre;... valeureux est son double glaive ; son » poing puissant est placé sur leurs têtes. ^ »

suit un long discours du roi, où celui-ci montre comment il a sauvé l'Egypte, par la grâce d'Amon et la force de son propre bras :

« Vous savez que mes intentions sont de vous l'aire vivre, dit-il au peuple rassem- » blé.... Jamais vous ne serez plus en proie au fléau des barbares. Je l'entoure (l'Egypte), » je la tranquillise par mon glaive victorieux. Je me suis levé, semblable à Phrà en roi » sur l'Egypte, je la protège ; pour elle, je détruis les barbares.... J'ai agi comme un » athlète qui connaît sa valeur et qui étend le bras sur son peuple au jour de la » mêlée. * »

Il invite l'Egypte à la joie ; car il fait sa sécurité ^ et terrifie les barbares :

« Poussez des cris d'allégresse jusqu'au ciel, ô Egypte !... (Amon-Râ) m'a établi en roi » sur l'Egypte pour vaincre les terres, abattre les eaux.... Chassez donc l'inquiétude qui )) est dans vos cœurs, je vous fais reposer paisiblement ; le renversement ne reviendra )) (plus ; les envahisseurs de l'Egypte frissonnent) en songeant à mon nom chaque jour. » (Moi) le roi Ramsès III, je revêts l'Egypte ; je la couvre de mon glaive victorieux » depuis que je la gouverne comme roi;... victorieux sont mes bras; mes terreurs )) pénéti-ent les barbares; la Terre-Entière s'arrête en entendant ce que j'ai fait... Je vous » apporte la joie, les pleurs aux nations étrangères; le tremblement est dans le monde » entier '^ ». ^

Aux dernières heures de la monarchie nationale, on ressasse encore les thèmes traditionnels et on assemble les expressions archaïques pour chanter Nectanébo II :

1 Inscr. dédie. d'Abydos, 1. 38-39 (Maspero, p. 25-25).

2 Cf : « Sa crainte est un bouclier pour l'Egypte. » Médinet-Habou, an V, 1. 3 (de Rougé, H. /., 139; Daressy, M.-H., p. 109).

3 Médinet-IIabou, Ramsès III, an IX (VIII, selon Chabas et Maspero), 1. 11-12 (Greene, Fouilles, pi. 1-3; Chabas, Etudes, p. 248-249; cf. Daressy, M. If., p. 94).

* Ibid., 1. 13, 15-16, 22-23 (Chabas, p. 249, 231).

5 Voir supra, p. 88, n. 1, et ch. vi, | 3, les extraits de Chant triomphal de Ménéptah.

6 Médinet-Habou, an IX, 1. 26-32 (Chabas, p. 252).

« Le roi fort, qui donne le repos à l'Egypte, le mur d'airain qui protège le pays de » Kamit; le grand de vaillance, dont les bras agissent; le maître du cimeterre, qui » terrifie (?) les âmes quand il regarde les ennemis; qui transperce les cœurs des » méchants révoltés: qui fait le bonheur de ceux qui vont dans ses eaux, si bien qu'ils » reposent jusqu'au jour '. »

La bravoure du roi est si précieuse pour l'Egypte qu'on la célèbre sur tous les tons. Dans un conte du premier empire Thébain, Sinouhit, Égyptien réfugié au pays de Tonou, soupçonné de quelque crime, se disculpe devant le prince de ce pays, et n'invente rien de mieux pour prouver son innocence et son loyalisme, que de se lancer dans un éloge emphatique du nouveau pharaon, Sénouserit I". Voici comment il parle de sa vaillance :

« C'est un brave qui certes agit de son glaive, un vaillant qui n'a point son sem- » blable ; on le voit qui s'élance contre les barbares et qui fond sur les pillards. C'est » un lanceur de javeline qui rend débiles les mains des ennemis ; plus ne peuvent, » ceux qu'il abat, soulever le bouclier. C'est un intrépide qui brise les crânes : nul n'a » tenu devant lui. C'est un coureur rapide qui détruit le fuyard : on ne l'atteint point » à courir après lui. C'est un cœur ferme en son heure. C'est un lion qui frappe de la » griffe ; jamais il n'a rendu son arme. C'est un cœur fermé à la pitié ; quand il voit les » multitudes^ il ne laisse rien subsister derrière lui. C'est un brave qui se lance en » avant quant il voit la résistance ; c'est un soldat qui se réjouit quand il s'élance sur )) les barbares : ij saisit son bouclier, il bondit, il n'a jamais eu besoin de redoubler » son coup; il tue sans qu'il soit possible de détourner sa lance, et, même sans qu'il » tende son arc, les barbares fuient ses deux bras comme des lévriers, car la grande » déesse (Sokhmit) lui a donné de combattre qui ignore son nom, et, s'il atteint, il » n'épargne point, il ne laisse rien subsister -. »

Des textes d'IbsambouP ou de Médinet-iïabou^, en l'honneur de Ramsès II et de Ramsès III, on peut extraire un portrait de pied en cap. Ce portrait, sans prétention à une ressemblance réahste, représente un être sans pareil, car « son second n'existe pas » '\

C'est « un athlète agile » '^. Son bras est fort, son cœur est ferme, sa main habile. C'est un « vaillant, connaissant la place de

1 stèle de Naucratis, 1. 2-3 (Maspero, C.-R.. Acad., Inscr., 1899, p. 794; Erman, ^. Z., 1900, 128).

2 Pap. de Berlin, n° 1 (L. D., VI, pi. 104; Maspero, Contes, p. 102-103).

3 Ibsamboul, façade : Protocole amplifié (L. D., III, 195; Guieysse, R. T'r., X, 61-63): — Décret de Ptah (L. D., III, 194; Naville, Tr. S B A., 1880, VII, 117-138); — Grande salle, tableaux (Champollion, Mon., 11-36; L. D., III, 186-189; Gi'ieysse, R. Tr., VIII, 120-143).

* Médinet-Habou : Discours d'Ainon (Dûmichen, pi. 11-12; Daressy, p. 61-62); — Décretde Ptah (DiiMicHEN, pi. 7-10; de Rougé, /. H., pi. 131-138; Daressy, p. 64-68) ; — Chant des quatre points cardinaux (L. D., III, 210 a; Dumichen, 17; de Rougé, 109-113; Daressy, 72-73) ; — les récits des victoires, les légendes des scènes de guerre.

6 Sénouserit; Ramsès III, an VIII, 1. 14.

6 Ramsès III, an V, 1. 58 (Chabas, El., p. 255); mur N., 8« tabl. [Ibid., p. 257).

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