‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 70 sur 182 · LE MAITRE DU GLAIVE · texte numérisé non relu

LE MAITRE DU GLAIVE

» bravoure » ou « de terreur » *, le « vainqueur vaillant » ", le « puissant de vaillance » ^ le « seigneur de vaillance ))^, le « grand de vaillance » % le « taureau vaillant, seigneur au bras » victorieux » ^ le « maître de la puissance, au bras victorieux » ^, celui « qui agit par son bras » ^ . celui « qui suit ses bras » ® , le « maître de crainte, grand par son ardeur terrifiante ))^", le « grand par la terreur en tous pays ))^'.

Certaines épithôtes rappelleront la gloire de ses armes ainsi que les bas -reliefs où Amon lui confie la khopech ou cimeterre courbe, gage de tousses triomphes, et le désigneront comme le « maître du glaive » *^ le « maître du glaive pour vaincre tout » pays » '-^ le « maître du glaive sur tout pays » '^, le « maître » du glaive sur la terre entière » ^% le « puissant par le glaive » *^, le « grand par le glaive » ^^ Y « Horus... au glaive puissant, au

' Ad neraou : Aménôthàs I", Karnak (Legrain, 2" rapport, Ann. 1903, p. 15). — Neb nera m toou : Ramscs III, inésori an XI, I. 1 (de Rougé, /. H., 114; Daressy, M.-H., 80).

2 Nakhtpouhti : Thotmès I", Tombos (L. D., III, 5 a).

i* Ouser poiihti : Thotmès II, Assouan (L. D., III, 16 a); Karnak (L. D., III, 16 e, f).

"i Sokhem poiihti : Thotmès III, colosse de Karnak {Aiui. 1903); Aï (loc. cit.); Séti I" Karnak (L. D., III, 130 b).

^ Aàpouhti: Thotmès I", Karnak, obéHsque (L. D., III, 6 N.) ; Thotmès III {supra, p. 120, n. 6); Séti P'', Radèsiéh (L. D., III, 138 b c d, 140 a); Mènéptah, Amada (fi. Tr., XVIII, 159). — Our pouhti : Aménôthès II, Stat. Karnak (Ann. 1903); Séti I^'', Karnak, mm-N. (L. D., III, 130 a).

6 Ka pouhti, sokhem d nakhtou : Ramsès III, Médinet-IIabou, an XI, I. 1 (Lieblein, R. Tr., I, 96).

7 Nakht d ou d nakht : Ramsès III, Médinet-Habou, an IX, 1. 1 (Greene, Fouilles; Daressy, p. 92); an XI, 1. 17 (de Rougé, //. L, 115; Lhiiblein, /?. Tr., 1,97; Daressy, p. 8) ; an Y, 1. 1 ; — Ramsès IV, Hammamat (L. D., III, 219 e, 222-223).

8 Art m à-f : Nectanébo II, Stèle de Naucratis, 1. 3 (yE. Z., 1900, 128). — Pzra ; Ramsès II, Ibsamboul, grande salle (Champollion, Mon.; 12 ; Guieysse, R. Tr., VIII, 123 : il n'y a pas à corriger); — Neb pir d : Ramsès III, Médinet-Habou, an Y, 1. 5 (Dûmichen, H. L, de Rougé, /. H., 139; Chabas, Et., 227; Daressy, p. 109). — Cf. Ousekh d, an V, 1. 9.

9 Khet remenouï-fi. : Séii I»^ Radèsiéh (L. D., III, 138 c).

10 Neb .met dd chefit : Mènéptah, Amada [R. Tr., XYIII, 159).— Sur le roi terrifiant : supra, p. 87-89.

" Ad chefit m toou neb : Thotmès III, Sarbout-el-khadim (Weil, Sinaï, p. 196; Sethe, Urkunden, lY, 599).

12 Neb khopech : Thotmès III, Médinet-Habou, Karnak (Sethe, Urkunden, lY, 555) ; — Séti I"'-, Radèsiéh (L. Z>., III, 141 a); Karnak (L. D., III, 129); — Ramsès II (L. D., III, 143 a) ; — Ramsès III, Médinet-Habou, an IX (Ghabas, 249; Daressy, 92) ; Ramsès lY, obéi, de Thotmès I"' à Karnak : L. D., III, 6 e).

13 Neb khopech lier nakht khast nebt : Aménôthès lY, Stèle de Zernik (Legrain, Notes, Ann. Serv., 1902, III, 260).

1* Neb khopech her khast neb : Séti I", Radèsiéh (L. D., III, 140 a). 13 Ramsès III, Médinet-Habou (L. D., III, 210 a ; Dûmichen, 17 ; Ghabas, 115 ; Daressy, 72). 16 Ouser khopech : Thotmès P-' : Obéi. Karnak (L. D., III, 6, N.).

" Ad khopech : Thotmès III, Médinet-Habou (Sethe, Urkunden, lY, 555); — Aménôthès III, obélisque de Latran (Sethe, 585). Supra, p. 120, n. 1.

» bras vainqueur... » \ le « fort, le maître des glaives mettant » sa frontière où il lui plaît... » le « vainqueur puissant par le » glaive » ^ , le « vaillant... qui soumet tout pays avec son glaive » victorieux » ^ , ou encore « le seigneur du glaive..., puissant » par les arcs dans toute la terre » '' .

Quelquefois il se glissera jusque dans le protocole de flatteuses comparaisons avec les dieux. Non content de dire que le roi est aimé d'Amon ou d'Osiris, etc., on affirme qu'il possède des qualités semblables aux leurs. Ainsi Tappelle-t-on le « vaillant comme » Amon » ^ le « fort et puissant comme son père Montou » ^, « le « seigneur brave, le héros dont l'aspect est celui du fils de » Nouït » ". Mais cela est bien plus fréquent dans les périphrases non protocolaires qui désignent le roi. Par exemple, au-dessus d'un tableau de bataille à Médinet-Habou, au lieu de nommer Ramsès III, on écrit :

« Le dieu bon, Montou sur l'Egypte, très vaillant comme Baal contre les nations, dont » le glaive est tranchant, au cœur magnanime, à la double corne, terrible par sa vail- » lance, mur couvrant l'Egypte (lu'aucun peuple ne peut percer » ».

Le protocole royal proprement dit, la série des cinq noms officiels, s'alourdit ainsi de foimules laudatives doubles et triples, et s'encombre de mentions accessoires que Ton énonce ou que l'on omet suivant la place libre. Mais cela ne suffit pas pour traduire tout le respect ou l'enlhousiasme des sujets ; il faut un cadre plus souple. Aussi, sur certains monuments des xvui% xix® et xx® dynasties, aussitôt après le protocole officiel, en succède un second, introduit par cette qualification « le dieu bon ». Dans cet autre protocole poétique et prolixe, ce ne sont plus seulement des noms de bon augure, quelques symboles brefs, quelques formules con-

< Ramsès III, Médinet-Habou, an V (Daressy, 108-10!)).

2 stèle de Bentrecht [Contes, p. 215).

3 Pouhti ma Amon, sda khast neb m khopech-f ken : Ramsès IV, obéi, de Tliolmès \<"^, Karnak (L. />., III, 6 W).

^ Sokhem khopech,.... miser pettiou m toou nebou : Séti I<", Radésiéh (L. D., III, 138, A K H, 140 B, 141 G ; Ghadas a lu à tort : triple arc contre toutes les nations), s Pouhti ma Am.on : Ramsès IV, obéi, de ïhotmès 1, Karnak (L. D., III, 6 W). " Ramsès III, an IX, 1. 1, Médinet-Habou (Gueene; Chauas, p. 246: Daressy, p. 92). 7 Ramsès III, an V, 1. o, /bid. (Dauessy, p. 109). * 9" tabl., nmr N. (Dumichen, //. /., 47 a; Chabas, Et., p. 257; cf. Daressy, p. 191).

ÉLOGES POÉTIQUES i25

(lensées et choisies, mais tout un panégyrique. La stèle de Kouban, par exemple, débute par sept longues lignes qui se résument en une date et le nom de Hamsès 11 amplilié par deux fois. J'y relève ici seulement les diverses expressions de sa puissance protectrice et terrible :

« L'an 111,1c 4 de Tobi, sous la Majestô d'Horus, taureau fort..., l'unisseur du vautour » et do rurajus, protecteur de l'Egypte et dompteur des pays barbares, l'Horus d'or..., » grand de victoires, le roi... Ramsès... — Le dieu bon... bel épervier de vermeil, qui » couvre l'Egypte de ses ailes, et étend son ombre sur les Egyptiens, rempart de puis- » sance et de victoire, terrible au sortir du sein maternel, saisissant sa vaillance, » élargissant ses frontières, au corps de même couleur (jue la force de Montou, l'Horus » et le Sit..., taureau fort contre la misérable Ethiojiie, griffon rugissant contre le pays » des Nègres, dont les pattes conculiiuent les Anou et la corne fonce contre eux, dont » les esprits sont puissants en Haute-Nubie et la terreur s'étend jusqu'au pays de Sakari, » dont le nom règne en tout pays à cause des victoires que ses bras ont remportées..., » le roi Ramsès... ^ ».

A Ibsamboul- et à Médinet-Habou", les amplifications du protocole deviennent môme un thème littéraire, une sorte d"hymne en Fhonneur du roi, dont le nom revient comme un refrain. Elles retournent ainsi à leur origine, la poésie religieuse.

Mais cette sorte de protocole se i encontre dès le lendemain de la libération du territoire dans une stèle d'Ahmès' : Tusage doit dater du premier empire thébain.

A la môme époque au moins remontent les expressions imagées, les métaphores et les hyperboles qui ont fait irruption jusque dans renonciation officielle des noms royaux. Elles s'étaient épanouies d'abord avec plus de liberté, plus de naturel aussi et je n'ose dire plus de grâce, dans des compositions d'un style moins asservi à une rigoureuse exactitude. Dans les chants ou les discours à la louange du roi, dans l'explication d'une série de scènes historiques retraçant sa gloire sur de longues murailles, comme celles de Karnak ou de Médinet-

1 stèle de Kouban, 1. 1-7 (Prisse, Mon Eg., pi. 21 ; Ch.\bas, Mines d'or; 1863, p. 13-39; Erman, jEg., 90-91).

2 Protocole amplifié de Ramsès II (L.Z>., III, 195; Gcieysse,/?. Tr., X, 61-63) ; infra, p. 142. •^ Protocoles de Ramsès III : an V, 1. 1-17 (de Rougé, /. H., 139-140; Daressy, M. H.,

108-110); mésori an XI, 1. 1-23 (Dûmighen, H. L, 18-19; Daressy, M.-H., 80-81); an XI, 1. 1-12 (Greene, i^ou/Z/es, pi. 1; Daressy, M. -H., p. 92-94). * Karnak, 1. 1-21 (Legrain, Ann. Serv., IV, 27-29; Sethe, Urkunden, IV, 14-20).

HaboQ, la variété est de mise, et c'est un mérite que de renouveler l'expression.

L'ode de Kahoun en l'honneur de Sénouseril III, écho d'une tradition sans doute déjà longue, mais que nous n'atteignons pas, assemble les éléments de l'éloge poétique d'un roi protecteur de l'Egypte et terreur des ennemis.

« Exultent les Egyptiens par ton sabre, car tu as protégé leurs anciens droits !... » Exultent les deux rives de l'Est et de l'Ouest par tes exploits, car tu as élargi leurs

)) dépendances !...

» Exultent les deux terres du Sud et du Nord, car tu as protégé leurs remparts !... » Grand il est, le Maître de son domaine, car lui il est ce rempart de murs qui garnissent

» la contrée de Qosimou (Goshen, Gessen) I » Grand il est, le Maître do son domaine, car lui il est ce refuge où nul ne peut être

» poursuivi 1 » Grand il est, le Maître de son domaine, car lui il est ce boulevard qui délivre le craintif

» de son ennemi I...

» Grand il est, le Maître de son domaine, car lui il est le mont qui s'oppose comme un

» mur à la brise au temps de l'ouragan I » Grand il est, le Maître de son domaine, car lui il est comme Sokhmit, la déesse-tigre,

» contre les ennemis qui enjambent par-dessus la frontière 1... » Il est venu, il a protégé les deux terres du Midi et du Nord ; il a pacifié les deux bandes

» de l'Est et de l'Ouest !

» Il est venu, il a foulé les barbares du Midi ; il a assommé ceux du Nord qui ne le

)) redoutaient point !

» Il est venu, il a consolidé sa frontière, et il a repoussé les guerres loin d'elle * ! »

Idées, expressions, métaphores se perpétueront dans le genre encômiaque. Les époques postérieures les reproduiront avec les comparaisons à la déesse Sokhmit, à un rempart ou une muraille protectrice. Que les dieux prennent la parole, que les grands rendent hommage à leur maître, que le roi prononce son propre panégyrique, c'est tout un. Thot dit à Séti P"" :

« Tuas fortifié l'Egypte, en qualité de son maître; tu as étendu les ailes sur ses habi- » tants 2; tu es pour elle un mur de métal 3 aux créneaux hérissés de pointes, dont tu as » scellé la façade avec du fer si bien que les barbares n'ont pu le forcer. ■* »

1 Pap. Pétrie (Griffith, pi. i-ni, p. 1-3; Maspero, B. Eg., VIII, 406-409).

2 Cf. « le bel épervier de vermeil, qui couvre l'Egypte de ses ailes et étend son omhfe » sur ses habitants, la forteresse de puissance et de victoire. » Ramsès II, Stèle de Kouban (Prisse, Mon., 21, 1. 2; Chabas, Mines d'or).

3 Cf. Thotmès I : « forteresse de ses soldats mennou ni menfiou-f. » St. de Tombes (L. D., III, 5, 1. 10). — Ménéptah : « Ses paroles sont comme un rempart. » Éloge : Pap. Anastasi II, p. 4 (Chabas, A7A'» d., p. 93). — Ramsès III « Grand rempart pour » l'Egypte » — « Muraille résistante, ombre pour les Egyptiens qui se reposent à l'abri » de ses armes puissantes » — « Mur résistant qui couvre l'Egypte et qu'aucun ennemi » ne perce. » Médinet-Habou, an V, 1. 12 (de Rougé, ]. H., 140; Daressy, p. 110); murN., 5« et 9« tabl. (Chabas, Et., 273 et 2o7 ; Daressy, 189 et 191).

* Mariette, Abijdos, \, 52, 1. 16-17; Maspero, R. Crit., 1870, II, 40; — G. Ep., 98).

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