‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 73 sur 182 · LE TRIOMPHE ROYAL · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE ROYAL

» soldats au jour de la bataille » ' . Ses soldats combattent sans crainte, guidés par lui; car non seulement il les anime- , mais il les défend ; il « combat pour eux » ^ , et « son arme fait ombre » sur la tète de ses guerriers » '' . Ses peuples vivent heureux et tranquilles; car il est « une muraille résistante, une ombre pour » les Egyptiens ' qui se reposent, le cœur confiant, à l'abri de ses » armes puissantes » '^ .

Après ses campagnes, le roi revient jouir de son triomphe. La victoire ne se pique pas de modestie. A la frontière ^ dans chaque ville traversée, à l'entrée de sa capitale, sur le chemin du temple où il va rendre grâce de sa victoire, se renouvellent les mêmes scènes.

Des soldats ouvrent la marche à travers la foule qui tient dans ses mains des bouquets, des guirlandes et des palmes vertes^; leur exemple donne le signal d'une joie débordante. Des musiciens jouent du tambour, de la trompette et de la flûte. Les vainqueurs escortent, en long défilé, les prises et trophées, armes et chars, vases et objets précieux, mains et phallus coupés entassés dans des couffes ^. Les vaincus suivent en groupes lamentables, enchaînés les bras derrière le dos, les coudes réunis, une corde les reliant l'un à l'autre par le cou, destinés au sacrifice ou à l'esclavage. Ceux qui survivront ont été pour toujours « enlevés de leur pays » ^^, « déracinés, ramenés esclaves en

1 Poèrne de Pentaour : Louqsor, 1. 80-81 (de Rougé, B. Tr., I, 7).

2 « Leur cœur était plein de la grande vaillance de S. M. » Ranisès II, Ibsamboul, grande salle, mur N. (Guieysse, R. Tr., VIII, 134-135). — « Un brave entraînant ses » soldats le jour des batailles. » Ramsès III, an IX, 1.22 (Daressy, p. 96; cf. m/"/'a, p.l46).

3 Aha lier men/îtou-f: Ramsès II, Ibsamboul et Ramesséura (Guieysse, R. Tr., VIII, 139). ■i Ramsès III, Médinet-Habou, mur N., 4"^ tabl. (Daressy, p. 188).

5 Chouabit n rekhiou.

6 Ramsès III, an V, 1. 67, et mur N., 5« tabl. (Daressy, p. 115 et 189). Cf. an IX, 1. 12 (Daressy, p. 94).

' Cf. la l'entrée triomphale de Séti I après l'expédition en Canaan et contre les Khétas (Mur extérieur nord de l'hyposlyle, 3« tabl. g. : L. D., III, 138, a b ; ^. Tr., XI, 59).

8 Ode sur Pa-Ramsés de Penbésa (Pap. Anastasi III, pi. 3 : Chabas, Mél., II, p. 133; Maspero, g. Ep., p. 106).

9 Peintures de Médinet-Habou, 2« cour, mur sud (Daressy, p. 106) et inscr. de Ramsès III, an V, 1. 36-37 (Chabas, Et., p. 230). L'ordre indiqué pour la procession de Min n'est pas exactement celui-ci [Ibid., murN., Daressy, p. 122).

i« Inscr. de l'an V, 1. 41 (Chabas, p. 231).

» Egypte » \ transplantés du Nord au Sud et du Sud au Nord. Quelques-uns portent sur leur dos leurs enfants et ce qui fut leurs richesses -. Mais voici des nègres qui courent et à coup de nerfs de palmes écartent la foule.

Le roi lui-même apparaît, en robe de lin éclatante de blancheur et surchargée de bijoux, un sceptre d"or à la main^ Débarqué de sa dahabieh luxueuse, il s'avance, porté dans son palanquin par des chefs prisonniers blancs ou noirs ', ou traînés sur son char par ses grands chevaux. Sur les montants du char sont figurées en relief les tètes de chefs tués dans les combats ^ Sur le plancher de la caisse, des prisonniers liés forment litière à ses pieds; d'autres, attachés à Tessieu ou au timon, suivent les chevaux dans leur course^ ; parfois môme des prisonniers remplacent les chevaux' et tirent le char à la main^ Autour du souverain se pressent ses gardes, ses officiers, ses courtisans et les princes de sa famille.

1 IbicL, 1. 17-18 (Chabas, p. 228). Cf. infra, ch. v, | 2.

2 Inscr. de l'an XI (Domichen, //.-/., 23; Chabas, p. 240).

•^ «Revêts-toi de lin; monte sur ton char, un bâton d'or à la main: le timon (?) que » tu as est neuf, la pièce d'attelage (est de) cuir (?) du pays des Syriens. Des nègres » courent devant toi pour faire exécuter ce que tu (veux) faire. Tu descends vers ta » baî'i de cèdre, garnie de la proue à la poupe ; tu arrives à ta belle résidence, celle que » tu t'es faite toi-même. » (Pap. Anastasi IV, 3, 1. 4-7 : Ch.\bas, XIX" d., 118).

* Dans un tableau du petit spéos de Silsilis, Harmliabi vainqueur est porté en triomphe par ses propres lieutenants (L. D., III, 121; Maspero, H. 0., II, 3d0-3:j1, fig.).

5 Karnak, bas-reliefs de Séti I"' (L. D., III, 128; R. Tr., XI, 59).

6 « Leur chef (aux Machaouacha) est attaché devant ses chevaux ». Médinet-Habou, 1" pyl., face 0., an XI, 1. 11-12 (Dumichen, H. /., pi. 18; Daressy, p. 80). — Cf. stèle d'Amonhotpou III au Caire (Fl. Pétrie, Six temples at Thèbes, pi. 10). Tableau de Ramsès II chargeant, à Béît-Oually (Ghampollion, Mon., pi. 64; Rosellini, Mon. Stor., pi. 54, 1 et 67; Maspero, H. Or., II, 217); etc.

7 Diodore le raconte : « Chaque fois que Sésoôsis allait se rendre dans un temple ou » dans une ville, il dételait les chevaux de son char et mettait à leur place quatre de » ces rois et d'autres chefs, voulant indiquer par là qu'après avoir dompté les plus » braves et les plus vaillants, il n'avait plus aucun rival qui put se mesurer avec lui. » (I. 58). Cf. Pline, H. N., XXXIII, 52; Ménandre, Le Protecteur, fragm. 11 (Mi:ller-Didot, /'ra^/H. A«^ ^r., IV, p. 210, avec morale édifiante pour les chrétiens). Maspero ne voit dans la suppression des bêtes que la fantaisie d'un récil; populaire; il cite le pap. erotique de Turin où l'héroïne est représentée sur un char traîné par des femmes [La geste de Sésoslris : Journal des S., 1901, p. 676-677).

* Certains témoins contemporains ne parlent pas de chevaux :

« Très heureux ton retour à Thèbes ! — triomphante (ton entrée à Memphis !) » Ton char est traîné à la main; — les chefs (vaincus) marchent à reculons devant toi

» Tandis que tu les conduis à ton père vénérable, — Amon, mari de sa mère. » Pap. Anastasi II, pi. v, 1. 3-4 (Maspero, G. Ep., p. 83; Chabas, XIX« d., p. 93).

— « C'est parmi vous, (ô peuples de la mer), qu'il trouve ses porteurs C'est un

» guerrier qui connaît sa valeur; il a forcé les Neuf-Arcs à traîner son char. » Médinet- Habou, an VIII de Ramsès III, 1. 7 et 9 (Chabas, Et., p. 247-248).

Page 1