EXTERMINATIONS
coalition des mêmes peuples envahit de nouveau l'Egypte. Si le péril fut égal, cependant les agresseurs étaient moins nombreux, ou du moins laissèrent bien moins de morts sur le champ de bataille ^ ; néanmoins le lyrisme du vainqueur hausse d'un ton :
a Le roi Ramsès III a immolé le pays de plaines et de montagnes, il les a déracinés et » les a ramenés esclaves en Egypte. Les reins de Timihou sont brisés pour la durée du » règne de Sa Majesté. Ceux dont les pieds s'étaient approchés de la frontière de » l'Egypte, ils ont baisé la terre.... ; leur bouche ignore jusqu'au souvenir de l'Egypte 2. »
Ainsi parlait Ramsès III en l'an V : trois ans après, nouvelle agression, nouvelle extermination, nouvel hymne de victoire :
« Ceux qui approchent de mes frontières ne quittent pas la terre, leurs âmes sont » retenues pour jamais. Tous ceux qui ont violé ma frontière ont été immolés... Ce fut un » achèvement, jamais ils ne seront plus en proie au fléau des barbares ^. »
Enfin Tan XI, ces barbares, déjà deux fois anéantis, reparaissent encore et le roi célèbre de nouveaux carnages et de nouvelles victoires cette fois, à l'en croire, définitives :
« Les ennemis ont été enveloppés par la flamme, leurs os ont été calcinés dans leurs » chairs ; ils marchaient sur la terre comme s'ils eussent marché sur le lieu du supplice; » leurs forces militaires furent massacrées sur place; on leur ravit leur bouche pour
» jamais ; ils tombèrent d'un seul coup La mort s'est placée sur eux dans l'Egypte; ils
» étaient venus sur leurs propres pieds à la fournaise qui consume la corruption, sous le
» feu de la vaillance du roi Sa Majesté les écrasa, et mélangea la terre de leur sang
» (qui coulaitjcomme de l'eau. Leur armée fut massacrée ■*. »
« Il a dépouillé les Timihou et les Machaouacha devenus un monceau de morts Il
» inspire la peur dans les cœurs des Machaouacha, il n'y a point d'hommes restés leurs » héritiers sur la terre; ils sont anéantis pour l'éternité... Il détruit le nom de Machaoua- » cha pour l'éternité à toujours s. »
Ce qui n'empêcha pas le nom des Machaouacha de subsister. Les vaincus s'obstinèrent à vivre ^. Malgré les dithyrambes et les
< La victoire de Ramsès III sur les Lybiens de Machachar se chifl're par 2.175 tués sur place et 2.052 prisonniers dont 538 femmes (cf. Dûmichen, H. I., pi. 27; Ghabas, Et., p. 243 ; Daressy, p. 78).
2 Incr. de l'an V, 1. 17-18, 39-40 (Gh.\bas, p. 228, 231).
3 Inscr. de l'an VIII, 1. 14-15.
* Inscr. de mékhir an XI (Dûmichen, H. /., pi. 13-15; Chabas, Et., p. 228-239).
5 Prélude de l'inscr. de mésori an XI, 1. 1, 9-10, 11-13, 23 (Dûmichen, E. /., pi. 18-19; LiEBLEiN, R. Tr., I, 97; Dakessy, p. 80-81). — « Les Machaouacha, je les ai massacrés » jusqu'à extinction. » l^^ pylône N., face 0. (Daressy, p. 77). — « Les Timihou sont » sans semence. » 2» cour, portique S. (Daressy, p. 108).
6 De même que les Khétas et Syriens, anéantis par Séti I" « sans descendants ». [Supra, p. 131, n. 7).
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inscriptions et souvent d'après leur propre témoignage \ il en restait toujours - pour déplorer leur défaite, glorifier le vainqueur, se soumettre à sa volonté et le servir comme captifs et esclaves. A eux seuls les guides des troupes pris en l'an V formèrent plusieurs tribus ^ Le désert renvoya de nouvelles recrues ; les enfants des immigrés qui n'avaient pas tous été capturés grandirent sur place et se multiplièrent ; les prisonniers n'oublièrent pas leur race. Bref, les Machaouacha demeuraient sur le sol égyptien ; seulement ils passèrent au service de l'Egypte, grossirent le nombre de ses auxiliaires et formèrent sous les Bubastites une troupe si importante qu'on leur donna des chefs de sang royal '*. Semblable est Taventure d'Israël sous Ménéptah. Depuis lors, riiistoire est pleine des gestes d'Israël. Pourtant le Pharaon avait chanté triomphalement l'extermination de ce peuple :
« Les chefs se prosternent pour faire des salamalecs; il n'y a personne pour hausser » la tête parmi les Neufs-Arcs. Les Libyens sont écrasés; Khâti pacifié; Canaan prison- » nier en tout ce qu'il a de mauvais. Ascalon est transplanté; Gézer captif; lanouamim » réduit à néant; Israël déraciné et sans graines. La Syrie est comme une veuve de la » terre d'Egypte : tous les pays sans exception sont en paix s. »
Après tout, les massacres d'ennemis sur le champ de bataille, môme grossis par la phraséologie monumentale ne doivent pas nous étonner. Qu'à la guerre on tue le plus d'ennemis possible et qu'on fasse le plus possible de prisonniers, rien de plus naturel. Qu'on ravage le pays ennemi, qu'on enlève les moissons, les troupeaux, et les objets précieux, nous le comprenons encore sans peine, tout en condamnant ce qui ne prend pas la forme de réquisitions et de contributions ou d'indemnités. Notre civilisation taxerait de sauvagerie, de barbarie inutile, l'incendie des bourgs et
1 Ainsi que l'a fait remarquer Ghab.\s [Et., p. 234).
2 « C'est, disaient-ils, le brisement de nos dos Son Seigneur a détruit nos âmes
» pour jamais, w Médinet-Habou, an V, 1. 42-43 (Cii.\B;VS, p. 231).
3 Ibid., 1. 40.
* Stèles de Pétisis au Sérapéum, Louvre, S. 1898, 1904 et 1905 (Mariette, Athenœum français, 1855, p. 10 = B. Eg., 191-202; Sérapéwn, pi. 24, 20; Chassinat, R. Tr., XXII, 9-11; cf. Ghabas, Et., 244; Maspeko, H. Or., II, 765-7(38 et III, 161).
■'' Stèle Flinders Pétrie ou d'Israël, in fine (Pétrie, Contemporary Revien, n" 365, p. 622; Six Temples ai Thebes, pi. 13-14, p. 20-28; Spiegelherg, Sitzb. Akad. Berlin, 1890, XXV, p. 593 sqq.; .E. Z., 1896, XXXIV, 1-25; Ma\ Mulleu, Indepcndent, mai 1897, a R. Tr., XX, 31-32; Naville, R. Tr., XX, 32-37; Maspero, //. Or., II, 436; ViREv, Note sur Ménéptah et les temps de l'exode.