‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 88 sur 182 · LES FILS DE LA RÉBELLION 17 S · texte numérisé non relu

LES FILS DE LA RÉBELLION 17 S

temps que leur alliance avec les dieux, leur dévouement à la bonne cause et leurs titres à partager le séjour et le bonheur divins.

Prolongeant la personnalité des dieux, les rois continuent sur terre et imitent leur œuvre : ils traitent leurs propres ennemis comme les dieux traitent les leurs ; or, en fin de compte, ce sont les mêmes. Shou est le « Seigneur des immolations » et « tranche » la tête des impies », il « saisit sa pique et abat les impies », il « massacre les Monitiou et les Satiou » ' ; les bas-rehefs du Sinaï célèbrent les Pharaons Memphites massacrant Monitiou et Satiou'-. Rà, Montou, Ilorus, Sit, Baal aiment les batailles ; Sokhmit, <lans sa rage sanguinaire, semblable à une tempête, faillit anéantir l'humanité. C'est pourquoi Ramsès II, à Abou-Simbel, fait honneur de sa gloire aux dieux en se proclamant leur émule :

« Il a conculqué le pays de Khéta, il en a fait une demeure de cadavres, comme

» Sokhmit dans sa tempête à la poursuite des pestiférés Il enchaîne leurs têtes

» comme le fils de Nouït Il immole les grands des nations qu'il a captivés, il en fait

» la destruction 3. »

Ainsi, toutes les fois qu'un roi écrase et massacre ses ennemis, acclame-t-on sa ressemblance avec quelque divinité *.

Les rois n'attaquent donc jamais que les ennemis des dieux, les violateurs du droit, les « fils de la rébellion » '\ Mais combien cette doctrine est simple et commode ! Les agressions des voisins de l'Egypte, ou même simplement leur résistance à la conquête égyptienne, ne paraissent jamais légitimes aux Égyptiens : ils les quahfient toujours de « révolte ». Ainsi déjà l'inscription d'Ounas traite-t-elle la guerre de Pépi contre les Hirouchaou". De même, avant d'envahir le royaume de Ramsès III, les Machaouacha et les Tamahou avaient « couvé l'iniquité et la révolte » \ L'expédition de Séti P' en Asie, l'an I de son règne, est motivée par un

1 Pap. mag. Harris; Litanies de Shou, pi. n, 2 à m, 5 (Chabas, MéL, IV, 250).

2 L. D., II, 3 A c, 39 F, 116 A ; cf. sîipra, p. 119, n. 2, 3 et 4.

3 Inscr. d'Abou-Simbel (Ibsamboul) : (Chajipollion, 3Ion , 29o; L. D., Ill, 195; Chabas, iMèL, I, 37: II, 101; Guieysse, R. Tr., X, 63).

*Cf. chap. I, p. 11-18.

5 Cf. « Ses esprits enchaînent les méchants » (duu). — Pap. Anastasi II, pi. m, 1. 6 : Maspero, g. Ep., 82.

^ De Rougé, Mon. six dyn.; Chabas, El., 117. 7 Pyiùne de Médinet-IIabou (Dûmichen, H. I., 22-27; Chabas, Et., p. 241),

message annonçant que « les vils Chasoii ont tramé la révolte », et le dieu Amon charge le roi de massacrer les impies ^ La cause d'un prétendant ne se justifie jamais aux yeux d'un roi en possession du trône, ni celle d'un compétiteur aux yeux d'un prétendant. Takellôthis II réprima avec l'aide de son fils Osorkon les « fils de » la révolte » qui ont troublé son règne comme un cataclysme céleste-. Tonouatamon, vainqueur des princes du Delta sous les murs de Memphis, élève une stèle pour immortaliser le grand massacre qu'il a fait des « fils de la rébellion sortis pour combattre » Sa Majesté » ^ Après la révolte et le sac de Lycopolis, Ptolémée Épiphane invoque également le souvenir des dieux, heureux en cette occasion de faire revivre à son profit les anciennes traditions. Malgré la parole jurée aux petits princes de la Basse Egypte de leur laisser la vie sauve, il les avait traînés nus derrière son char de triomphe et leur avait fait ensuite trancher la tête : ces événements se parent d'une couleur rehgieuse dans le décret de Memphis * :

« Sa Majesté égorgea les impies s qui s'y trouvaient en faisant un grand carnage, » comme l'avaient fait Thot et Hor, fils d'Isis et fils d'Osiris, pour les impies qui s'étaient » révoltés contre eux, en ce lieu autrefois. Quant aux impies qui avaient assemblé des » troupes et étaient à leur tête pour troubler les nomes et violer les temples, étant hors » des voies de Sa Majesté, les dieux lui accordèrent de les abattre à Memphis dans la » fête anniversaire du jour où il reçut la royauté de sou père. »

La conduite des divins chefs règle celle des rois à l'égard des vaincus après la bataille. Le droit de vie ou de mort appartient au vainqueur sur ses prisonniers et il en use à sa guise. C'est le principe que reconnaissent ces paroles de Râ après une des défaites de Sit :

« On donnera les compagnons de Sit à Isis avec son fils Horus ; ils leur feront tout ce » qu'ils veulent " ».

1 Karnak, mur nord, 1" reg. g., 3° tab. (Ghampollion, Not. II, 93; R. Tr., XI, 60.

2 L. D., III, 2.%, 1. 7; Chabas, Mél, II, 104.

3 Stèle du Songe (Mariette, 4 pages, p. 4 ; Maspero, R. Arch., 1868, XVII, 336 =iB. Eg., VII, 14).

* Pierre de Rosette, 1 19-20, 1. hiérg. 13-17; ]. gr. 22-28: Stèle de Damanhour, 1. 20-23 (BouRiANT, IL Tr., VI, 7-8; Aug. Baillet, Décret, y>. XV — B. Eg., XV, 384-387). '' De même Piànkhi n'avait massacré « que les impies » [supra, ch. ii, p. 94). fi Le mythe d'Uorus ù, Edfou (cf. supra, p. 173, n. 3).

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