EMPLOI DES TROUPES AUXILIAIRES
Sans doute, il y a des soldats parmi eux : ils constituent le lien et la force vive de leurs armées ; mais, s'ils veulent vaincre ou conquérir, ils ont recours à des auxiliaires. Ménéptah attribue au manque de troupes auxiliaires, pour repousser les peuples de la mer, Tétat piteux où il trouve l'Egypte du nord, envahie et désolée par ceux-ci ^ Après la bataille, Fun de ses premiers soins est denrôler les vaincus -. Déjà, du reste, il avait opposé Libyens à Libyens, et des Machaouachas combattaient dans les deux camps ^. Mais Ménéptah ne prétendait pas avoir inventé l'usage des troupes auxiliaires. Ramsès II, son père, et, aux siècles précédents, les Thotmès et les Aménôthès"^, comme sous le moyen empire les Amonemhâït et les Sénouserit^, en comptaient dans leurs armées. Le plus vieux récit détaillé d'une guerre qui nous soit parvenu raconte justement la levée et l'instruction des recrues étrangères. Ouni, ministre de Pépi I, de la vi® dynastie, prépare une expédition contre les Hérouchaïtou en levant non seulement des Egyptiens, mais des milliers de nègres chez quatre nations d'Ethiopie ; pour les instruire, les officiers de l'armée égyptienne ne suffisent pas : toute la cour, et jusqu'aux chefs des prêtres du midi et du nord s'y employèrent à la fois ^. L'Égyptien organise et commande ; dans le triomphe, il occupe autour du roi les places d'honneur; mais, dans la bataille, il lance en avant ses cipayes^
Malgré leurs prétentions exterminatrices, qui leur donnent quelque peu parfois des airs de matamores, les Égyptiens ne fermèrent pas toujours l'oreille à la pitié. Ils se montraient alors plus cléments, plus humains qu'ils ne voulaient le paraître. Après s'être fait un cœur impitoyable, en paroles, pour les
1 Inscr. de Karnak, 1. 9 (Dûmichen, H.-L, 1-3; Chabas, Et., p. 192 : « Leur armée, elle » n'avait pas d'auxiliaires pour leur répondre »).
2 « C'est un misérable (le roi vaincu), odieux à ses soldats, lui dit un officier; c'est toi » qui les conduiras pour l'aire immoler [ceux qui lui seraient restés fidèles] au pays de » Timihou. » {Ibid., 1. 213-44, p. 197).
3 Ibid., \. 2t) et 60.
'* Inscr. d'Amonhotpou-Houi (Karnak, pi. 37, 1. 29-37).
5 Cf. infra, p. 192, n. 4, p. 196 et chap. vi.
0 Inscr. d'Ouni (de Rougé, Six dyn., pi. vu, 1. 13-18; Sethe. Urkunden, I, 101-102; Maspero, h. a., p. 82; H. Or., I, 420).
7 Ibid., 1. 27 (de Rougé, p. 19.t) « Que l'on fasse placer les corps auxiliaires en avant » pour frapper la nation des Libyens. ».
agresseurs et combattants qui résistent, ils laissent échapper comme un aveu involontaire un mot de pitié pour les vaincus : « Très amis de qui a courbé son échine devant Mîamoum v.s. f., » ses soldats vaillants épargnent celui qui s'est humilié de- » vant son courage et sa force » \ dit léchant de victoire de Ménéptah I". La devise a jmrcere subjectis et debellare superbos » ne leur convient donc qu"à moitié. Ecraser les ennemis les remplit d'enthousiasme, épargner les vaincus leur semble ou une duperie, ou une faiblesse.
Faiblesse de grand cœur en tout cas ! Le roi éthiopien Piànkhi s'en para dans la campagne qui réunit sous un même sceptre toute l'Egypte et l'Ethiopie. Il débute par semer la. crainte, fait un grand carnage des ennemis devant Khmounou (Hermopolis), met la ville à sac et jure d'exterminer ses adversaires :
« Sa Majesté l'ut en fureur comme une panthère. S'ils (ses soldats) laissent subsister le » reste de ces soldats de la Basse-Egypte, s'ils laissent échapper un seul d'entre eux pour » raconter son expédition, s'ils ne les font pas mourir tous dans leur défaite, j'en jure » par ma vie, dit-il, je détruirai tout ce qu'il (Tafnekht) était » 2.
Combien de ce langage diffère celui qu'il tint un peu plus tard devant Memphis ! Il s'adoucit déjà en arrivant devant Kheninsou (Héracléopolis) : il menace de mort les habitants s'ils n'ouvrent pas leurs portes, mais il ajoute : « Très pénible serait-ce au roi ! » ^ Comme ils se rendent sans coup férir, Piànkhi étale sa générosité : « Les soldats de Sa Majesté entrèrent dans la ville : pas » un homme ne fut tué de ceux qui s'y trouvaient » ^. Quand il arriva devant l'antique capitale, ce fut mieux encore : sa proclamation respire la modération et la bonhomie :
« Ne f»irniez pas vos portes, ne combattez pas, vous qui êtes dans l'intérieur •■>. Le dieu » Shou était au commencement des temps; j'entrerai et je sortirai comme lui ^... Je
< Chant do Ménéptah (Pap. Anastasi II, pi. iv, 1. 12-13 : Maspero, H. A., p. 257. Cf. Chabas, XJX" (L, p. 93, une toute autre traduction).
2 Stèle de Piànkhi, I. 24 (Mariette, M. D., pi. 2 : de Rougé, Chrestomathie égypt., IV ; ScH-iEFEn, Urk., 111,14).
3 Ibid., l. 78.
^ Jhid., 1. 80.
f' Maspeho : contre le pays de l'intérieur, c.-à-d. la H'" Egypte. * C'est-à-dire, « sans vous faire de mal », observe de Rouciii.