CHAPITRE V
§ 1. Caractère pacifique des Égyptiens : leurs rapports avec les étrangers. — § 2. Hospitalité en Egypte. — | 3. Expansion au dehors. — § 4. Diplomatie. — § 5. Religion et fraternité.
Tout en considérant les étrangers comme des ennemis naturels, les Égyptiens ne laissaient pas d'entretenir des rapports pacifiques avec eux.
La vallée du Nil est telle que le peuple qui Thabite ne peut vivre isolé du reste du monde. Par toutes ses frontières, elle entrait en contact avec les peuples asiatiques, ceux de l'Afrique et ceux qui circulaient dans le bassin de la Méditerranée. Depuis la formation du peuple égyptien par la fusion d'une population primitive, en partie refoulée dans le désert en partie domestiquée, avec les compagnons d'Horus, fondeurs et forgerons*, la civilisation égyptienne se développa sur place par sa vigueur interne. Cependant rÉgypte ne ressemble pas à un « vase clos » selon l'expression trop absolue de M. Maspero qui y a renoncé depuis-. Audessus d'un fond national immuable, ou lentement transformé par une évolution 'autonome, des brises soufflant de l'étranger, agitent presque perpétuellement la surface qui tend constamment à reprendre son niveau.
^ De Morgan, Rech. sur les orir/ines..., \, 1896, ch. vu et viii ; II, p. 225; Maspeko, Les Forgerons d'Horus {ÂJithropoloçjic, II, 401-407 clBibl. Eg. II, 313-3oC).
-Maspero iH. Or. I, 45; Rev. crit. 1898; J. Baillet, Bull. Soc. Arch. de la Charente, séance du 8 mars 1899).
Sans cesse, de l'Est ou de TOuest ou du Sud, pénétraient ou s'efforçaient de pénétrer des bandes de nomades, pasteurs ou pillards. Sur les flancs de la vallée, les Libyens tentaient des razzias ou des établissements ; le Delta excitait la convoitise des Asiatiques. L'Egypte les repoussait ou les absorbait et restait ellemême. Les infiltrations sémitiques faillirent compromettre ses destinées, et pendant plusieurs siècles assurèrent le triomphe des Hycsos. Mais l'Egypte se ressaisit et à son tour conquit l'Asie. Jusqu'aux luttes suprêmes contre les Perses et à la conquête des Grecs et des Romains, elle résista aux influences du dehors, étendit la sienne, et ne laissa pas entamer le bloc de ses mœurs et de ses traditions. Efle donnait toujours plus qu'elle ne recevait.
or
Caractère pacifique des Égyptiens.
Leur position géographique faisait donc de la guerre pour les Égyptiens une nécessité sans cesse renaissante. Cependant leur caractère propre ne les portait pas aux sentiments belliqueux ^ Si la fièvre des conquêtes les saisit, ce ne fut que par accès, rapidement suivis de fatigue et de défaillance.
La défaite loin de retremper leur ardeur et leur courage, les abattait vite et les laissait sans ressort. Bien des fois dans le cours des siècles, on a pu constater chez les populations égyptiennes cette attitude peu héroïque en face des envahisseurs, que signale le roi Ménéptah I*"^ :
a L'abattement s'était fait dans les terres arrosées par le Nil ; elles voulaient se sou- « mettre à l'ennemi qui avait violé toutes les frontières du pays les armes à la main 2. »
Les soldats de carrière ou de naissance ne valaient pas mieux que les laboureurs et les artisans : « Vous tremblez comme des » oies », dit sans ménagement le roi à ses officiers ^
1 Strabon, 1. XVII, 53, p. 819. — Cf. Diodore, I, 73.
2 Inscr. de Karnak, 1. 4 (Dumichen, H.-I.; Chabas, Etudes, p. 192).
3 Ibid., p. 193, 1. 17. La mémo expression se rencontrait déjà dans la Satire de l'officier. par Amonemapit « Attend-il l'ennemi, il est comme une oie qui tremble » (Pap. Anastasi III, V, 10 ; Maspkro, G. Ep., 42). Ménéptah citait-il ses classiques ou ce mot de lui a-t-il lait fortune ?