‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 96 sur 182 · MERCENAIRES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

MERCENAIRES ÉTRANGERS

sorte de gemlarmerie chargée de la police intérieure. Les Machaouacha combattaient alternativement contre les Egyptiens et dans leurs rangs. Les armées des Thotmès et des Ramsès entraînaient des corps de Libyens et même d'Européens : ils participent à la campagne de Kodech, chantée par Pentaour. Dans les combats contre les peuples de la mer, des auxiliaires blancs luttent contre des frères de leur race-: parmi les tableaux de Médinet-Habou on A^oit des Sardanes dans les deux flottes ^ Des siècles après, les Grecs à leur tour jouent le rôle de mercenaires : on réédite pour Psammitik la légende des hommes d'airain ' avec lesquels il restaure la monarchie égyptienne ; mais la faveur qu'il accorde à ses Ioniens etCariens détermine la sécession des Asmakh^, comme plus tard les jalousies que soulèvent les complaisances d'Apriès pour les Grecs ouvre le chemin du trône à Amasis révoltée Mais la milice indigène ne suffisait plus à soutenir le parti de Tindépendance nationale: Amasis même s'entoure de Grecs ^, Néforit I, Hakori, Nectanébo I, Takhos et Nectanébo II s'appuyèrent sur des aventuriers grecs, chypriotes, athéniens ou Spartiates^ pour résister aux Perses. Comme autrefois les Sardanes, on vit des Grecs dans les deux partis : Khabrias se mesurait avec ïphicratès, Lacratès avec Philophron.

Les arts de la paix attirent aussi en Egypte les étrangers. Des émigrants arrivent aux frontières : chassés de leur patrie par les révolutions ou la famine, guidés par la renommée de la fertile Terre Noire, ils implorent qu'on leur abandonne un coin de champ à cultiver en paix en élevant leurs troupeaux. Tels, sous la xu^ dy-

2 « Los Sardanes que tu as raruassés de ton glaive, — iont prisonniers leurs propres )) tribus. » Pap. Anastasi II, pi. v (Maspero, H. A., p. 2oT).

. 3 Cf. Daressy (M.-H., {'i)i) qui remarque au contraire que dans le 8» tableau du mur N. les mercenaires grecs ne prennent pas part au combat naval.

■' HÉRODOTE, II, 30 ; DioDORE, I, 67; etc. Ce me semble un nouvel avatar de la légende de la conquête par les Forgerons d'Horus.

s WiEDEMAN.N-, Gcsck. jEg., p. 134-138; Herodoles zweites Buch, \i. 128-133; Mallet, Greca eti Egypte, p. 77-82; Maspero, Bibl. Erj., VU, 398-402; H. Or., III, 498-500.

s HÉRonoTE, ii, 161 et IV, loii.

« DioDOHE, XV, 28, 20, 41-43, 192 - XVI, 46-.SI ; Cornélius Nepos, Chabrias, Datâmes, ïphicratès, Agésilas; Xênophon, Hellenica, V, 1, Agésilas; Isocrate, Panégyrique, % UiQ-[C)[\ Evagoras: Flltarcie : Agt^silas, Artaxerces; Revillolt, Chronique démotique de Paris, B. Eg., II, oo-oiJ; Maspero, H. A., .3yO-b93, 638-657.

riastie, les trente-sept Bédouins asiatiques, Amou, qui sous la conduite de leur chef Abicha se présentent avec armes et bagages, femmes et enfants, devant le fils de Khnoumhotpou, gouverneur deMihi,et lui offrent en hommage deux bouquetins et du fard vert ^ Tels par la suite Jacob et sa famille, « venus pour séjourner dans » le pays parce qu'il n'y a point de pâture pour les brebis de tes » serviteurs, car la famine est très grande au pays de Kanaan », et par suite établis au pays de Gossen avec l'autorisation du roi dont ils élèvent les troupeaux-. Tels plus tard encore, sous Haremhabi^ puis sous le fils du grand Ramsès, ces Iduméens accueillis en Egypte, selon le rapport encore conservé d'un scribe contemporain 'K

Loin de repousser les étrangers, on cherchait à les attirer pacifiquement. Des ordonnances royales leur assuraient certaines garanties. Celle de Sénouserit III, gravée sur les rochers de Semnéh, est une sorte de charte de pénétration accordée aux étrangers :

« Frontière établie eia l'an VIII sous la majesté du roi de la Haute et de la Basse -« Egypte Khâkaourâ, vivificateur éternel. Qu'aucun Nègre ne la franchisse en descendant » le courant, sauf dans les barques transportant gros et petit bétail appartenant aux » Nègres, et à l'exception du Nègre qui viendrait se mettre à gages à Aken, y étant » appelé. Qu'il soit fait à ceux-ci, au contraire, tout espèce de bien.

« Qu'il ne soit permis à aucune barque de Nègres de passer devant Hah (Semnéh) à » jamais 6. »

1 Tombe de Khnoumhotpou à Béni-Hassan : (Ghampollion, Mon., IV, pi. 361-362, Not., p. 410-412; Lettres, p. 76-77; Rosellini, Mon. Stor., pi. 28-29: L. D., II, 131-133; ^ Ew BERRY, Beni-Hasan, I, pi. 30-31. — Cf. Ghabas, Et., 109-113; Brugsch, //. d'Eg., p. 63, 2« éd., p. 99-100; Maspero, H. A., p. 100-101; //. Or., I, 468-470 fig).

2 Genèse, 47, 4-6.

3 D'après un bas-relief de Berlin, un fonctionnaire d'Haremhabi accueillit dos barbares qui fuyaient l'incendie et la famine, leur promit l'appui paternel du roi, s'ils restaient dans les limites assignées (Wiedemann, Pr. S.B.A., 1880-89, XI, 423; Bergmann, AS. Z., 1889, 125-127). Maspero (H. Or., II, 350) voit en eux des vaincus transplantés.

* « Autre chose qui contentera le cœur de mon maître : [C'est pour lui rendre compte » de ce que] nous avons laissé passer les tribus des Chasou, du pays d'Adoum, à la «forteresse (khetan) du roi Ménéptah-Hotpouhimâât — qu'il vive, qu'il prospère! — » laquelle est dans le pays de Toukou du côté des lacs de la ville de Patoum du roi » Ménèptah-Holpouhimâât, laquelle est dans le pays de Toukou, pour nourrir leur bétail » dans le doinaine du Phai'aon qui est le bon soleil pour tout le monde. L'an VIH,... » (Papyr. Anastasi IV, pi. iv, 1. 13 sqq. : BnuGSCH, Hist. d'Eg., p. 144; Chabas, Mél., II, 15o-136). Il s'agissait peut-être de remplacer les Hébreux émigrés depuis peu.

■> Inscr. de Sénouserit III à Semnéh (L. D., Il, 136 i, an Vlil; cf. Il, 136 h, ;m XVI; Chabas, Et., 135; de Rougé, Inscriptions de Semnéh, R. Arch., V, VI, IX; Bibch, JE. Z., 1873, p. 50 et sqq.; Bhugsch, Géog., Insc., t. i, s. v. ; Gesch., 775-780; Maspebo, //. Or., I, 487).

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