‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 97 sur 182 · CHARTES DE PÉNÉTRATION. COMMERCE · texte numérisé non relu

CHARTES DE PÉNÉTRATION. COMMERCE

L'Egypte était fermée aux pirates, mais ouverte aux commerçants et aux travailleurs.

La domination des Hycsos rompit toutes les digues en faveur des Asiatiques, Après leur défaite, TEgypte ne renonça pas à ses traditions d'hospitalité. Beaucoup de Sémites restèrent dans le Delta soit comme sujets égyptiens, soit comme esclaves ^ et furent contraints aux travaux publics ou se livrèrent aux métiers pacifiques, à l'agriculture et au négoce.

Les conquêtes en Asie, des Thotmès et des Ramsès, en reculant les frontières, rendirent les rapports plus étroits. Autour des temples de Thèbes, de bourgs entiers- abritaient les colonies étrangères, syriennes ou éthiopiennes^ composées d'otages, d'anciens captifs et de mercantis. La Syrie, communiquant activement avec l'Egypte, y mit à la mode ses produits^ et même sa langue : on sémitisa môme à la cour des Pharaons^.

Quand la monarchie égyptienne se replia sur la vallée du Nil, les Phéniciens saisirent un lambeau de son héritage, et accaparèrent le commerce de la Méditerranée : ils eurent des comptoirs

1 Ahmès employa ses prisonniers hycsos et asiatiques aux carrières de Tourah (Vyse- Perring, Pyramids, lU, p. 99, pi. ; cf. L. D., III, 3 a; Maspero, H. Or., U, 93, fig.)

2 Près de Memphis était une Butte ou Bourg des Khétas, at na Khetaou (Stèle de Saqqarah, an III d'Aï : Daressy, fi. Tr., XYI, 123, n» cvm) ; Borchardt (jE. Z., 1898, 84) lit a\hi]t na Khetaou.

3 Inscrip. d'Aménôthès III (Stèle FI. Pétrie, I. 7 et 30). L'Aménôthium est « entouré » d'un quartier Syrien colonisé par des fils de princes » ou « colonise par les enfants » des chefs des Anou de Nubie ».

— De même au retour d'une expédition en Pouanît sous Ramsès III, « les enfants des » chefs des Terres divines, il les donne au cycle de tous les dieux d'Héliopolis pour » faire offrande chaque matin >■>. Pap. Harris, pi. 78, 1. 1 (Ghabas, XI X^ dyn., p. 60; Maspero, Qq. navigations : Bibl. Erj., VIII, 107) cf. pi. 10, 1. 15-16, Thèbes ; pi. 31, 1. 8, Héliopolis ; pi. 51 a, 1. 7-9, Memphis (Borchardt, loc. cit.).

— A Anibô était une colonie Chypriote, le Champ de Arosa, ahit ta Aïrosa (L. D., III 229 c, 1. 12; Borchardt, loc. cit.).

— Autour du temple funéraire de Thotmès IV sont établies une « colonie de la Maison » de Thotmès composée de Syriens que S. M. a faits prisonniers dans Kazar » et une « colonie de misérables Nubiens que S. M. a ramenés de ses campagnes » (Pétrie, Six temples, ^\. i, n»» 7-8, p. 9 et 20-21; Borchardt, JE. Z., 1898, XXXVI, 84).

■* Cf. Brogsch, Gesch., 342-345; ERMAN,^^?/p?en, 681-682; Bondi, ffebraisch phœni s ischen Lehnwôrter, p. 24 sqq. : Max-Muller, Asien und Europa, p. 305-309; Maspero, //. Or., Il, 284-286.

5 Mariette, M(U. arch., I, 91-95; et Pap. Boulaq, t. i, n» 3, dernière page, 1. 2-3; Maspero, G. Ep., p. 9; H. A., p. 356-358; //. 0., Il, p. 495 : Brugsch, H. d'Eg., ch. xi-xu : Le sémitisme en Egypte et la domination des étrangers, p. 129-179; Erman, ^gypten, p. 682-684; hkVîH, Semitische Lehnwôrter (Zeit. d. Dent. Morgenlànd GeselL, XXV, p. 618-644) ; Bondi, op. cit.

et des entrepôts dans toutes les grandes villes de la Basse-Egypte Ramsès-Anakhtou, Tanis, Mendès, Sais, Bubaste, Memphis : en cette dernière ville, leurs établissements au quartier Ankhtôoui devinrent une ville véritable ^ Après la chute de Samarie et de Jérusalem, de nombreux Juifs se réfugièrent en Egypte où ils se firent marchands. Malgré les souvenirs antérieurs à l'Exode, les Juifs, par reconnaissance de l'hospitalité égyptienne, accueillaient plus volontiers dans leur cité les fils de Misraïm que ceux d'Ammon, de Moab ou d'Edom, leurs parents. A leur heure, les Grecs succédèrent aux Phéniciens dans leur hégémonie maritime et commerciale sur la Méditerrannée orientale-: Psamitik P"" les étabht sur la branche pélusienne et laissa les Milésiens s'implanter sur la branche Bolbitine ; Amasis les transporta à Memphis " ; puis il fonda pour eux, sur la branche Canopique, une ville nouvelle entièrement grecque, Naucratis, qui s'enrichit rapidement grâce au privilège de son port seul ouvert aux étrangers ^ : de là les fables de Protée et de Busiris.

A la suite des aventuriers et des marchands pénétreront en Egypte les savants, voyageurs, sages, législateurs, historiens, philosophes *.

Introduits en Egypte, les étrangers n'y vivaient pas toujours cantonnés dans des forteresses, des camps ou des comptoirs. Ils se mêlaient à la population indigène qui les regardait, à vrai dire, de plus ou moins bon œil. Cependant ils ne sont point des parias. Même, les rois ne dédaignent pas toujours de s'entourer de fonctionnaires étrangers. Dans les procès de conspiration de Penhouiban sous Ramsès III, la moitié des juges et des accusés portent des noms déterminés par le signe des étrangers^ : palais, cour, armée, tribunaux sont remplis d'étrangers ou d'Égyptiens dé-

1 Le camp des Tyriens, Tu/j/cov arparoTrùto-j (FIkuodote, II, H2. Cl'. Brugsch, jE. Z., 4863, 9; Maspero, H. A., p. 237-237).

2 HÉRODOTE, ir, 154: Str.\ron, XVTI, \.

3 HÉRODOTE, H, 178-17!) etc. Cl'. Petrie-G.\rijner, Naukralh, 1 et II, 1884-1888; M.vllet, Grecs en Egypte, 1893, M.M.C., XII; M.\spero, H. Or., III, 497 et 647-649.

'Cf. GuTSCHMin, Kleine Schriften, I, p. 35-149, 168-183; Letronne, Civilisntion égyptienne, p. 11-12; LuMRROso, Economie, p. 222-223; M.vspero, //. Or., 789-804; Wiedeman.x, JEy. Gesch., p. 103-117; Mallet, Pétrir, op. cit.

s Devéria, Pap. judiciaire de Turin. — II est vrai tiiic depuis plu.sicurs .siècles ou voyait parfois des Egyptiens pur sang s'aiïubler de noms étrangers.

MARIAGES INTERNATJONAUX 201

guisés en étrangers sans encourir pour ce motif aucune défaveur.

Mais il y a plus ; des mariages unissent les familles indigènes à des étrangers '. Epouses ou favorites, nubiennes, négresses ou asiatiques font souche d'Egyptiens légitimes. La famille royale même se prête à de telles unions : Thotmès IV, Aménôthès III et Aménôthès IV ne dédaignent pas de prendre parmi leurs femmes des princesses de Mitani ou de Babylone-. Ramsôs II suit leur exemple en épousant une princesse hittite, fille de Khitisarou\ son fils Si-Montou épouse Irit, fille d'un capitaine de vaisseau au nom sémite Ben-Anati ^ Ramsès 111 lui-même, après l'anarchie étrangère, associe au trône l'étrangère Houmazarati sous le nom d'Isis \ Des mariages entre personnage de moindre importance et des princesses royales '% pouvaient comporter les plus graves conséquences : ainsi parviendront au trône les descendants du Libyen Bouïaoua, avec Cliéchonq petit-fds de la princesse Mihitinouôs-

' On le voit dans les portraits des tombeaux. Ainsi le seigneur Sokarkhâbiou, inhumé à Saqqarah sous la m" dyn., a pour femme Topès, nommée officiellement Hathornofirhotpou, d'un pur type nubien (Maspeho, Guide, n"' !)01 et 1,000, p. 2J3). — A Assouan^ sous la vi« dynastie, le scribe royal, féal des dieux d'Eléphantine, fliqab, a la peau très foncée et les cheveux crépus ; ses enfants ont les cheveux les uns lisses et les autres crépus : c'est donc ou un nègre qui a épousé une égyptienne et obtenu une situation en Egypte, ou le fils d"un seigneur égyi)tien et d'une négresse.

- Thotmès IV épousa une fille d'Atartama, sœur de Ghoutarna, roi de Mitanî (Cylindre d'El-Amarna: Erman, Evetts, Winckler, ,■£". Z., ISOO, XXXYIII, 112-115). — Aménôthès Jll, oulre Tii, épousa Giloukhipa et Tadoukhipa, fille et petite-fille du même Ghoutarna (Scarabées : Birch, Rec Past., 1* série, XII, 39-40: BnuGscu, jE. Z., 1880, XVIII, 81-87. Lettre de Douchratta : Winckler, ^. Z., 1889. XXVII, 49-.ol et Thontafelfund, p. 17 sqq.) et de plus une sœur et une fille de Kallimasin, roi de Babylone (Lettres de Kallimasin : Bezold-Budoe, Tablets, n» 1. p. 1-4; Wixckler-Abel, Thnntafelfund, p. 1). — Aménôthès IV également épousé des filles de Douchratta (Winckler, .<&. Z., 1889. 49) et de Kallimasin (Bezold, Tablets, n» 3). — Gf. Del.vttre, Mariages princiers, Rec. Quest. Hist.. LI, 222-235; Coi^respondance , ibid..\i. 362-379; Pr. S.B.A., 1890, XIII, p. 552; Halévï, Rec. Sémit., I, 51; Maspero, H. Or., II, 281-282, 297-298. — Quand un roitelet de Palestine, Rammannirar parle de « son père le roi d'Egypte Ma- I) nakhbia (Thotmès IIl) qui l'a mis sur le trône » (Wr.vcKLER, vÊ. Z., 1889, 52), peut-être n'use-t-il pas de métaphore : plus tard les Ptolémées enverront leurs cadets régner à Gyréne ou en Chypre.

'3 Stèle de l'an XXXIII (L. D., III, l'.Jfi a; Gf. M.\spero, H. Or., II, 405-406; Mariette, R. Tr., IX, 10, 13.

' Ostracon 2262 du Louvre (Devéria, Calai., X], 4: Spie(;elberg, R. Tr.. XVII, 64-65). — Un de ses descendants sous la ww dynastie, le général Nerarod indique sa mère du nom barbare de Panorkhens, comme fille d'un chef étranger (Statue à Vienne : Berg- -MANN, Hier. Inscr., 3 et 4: et .E. Z., 1890, 36-37).

3 Lepsius, Kcp.nifjsbuch, 490-491 ; Maspero, H. Or., II, 281, n. 8.

'^ Par exemple le prince des Machaouacha Takoulouti avec la mère de Chaouimennams, femme de sang royal et chanteuse d'Amon (Maspero, Guide, p. 307).

khit ', lequel pour plus de sûreté maria son fils Osorkon à la fille de son prédécesseur Ilor-Psioukhanou. Si la domination du sémite Irisou fut honnie, cestsans doute qu'il n'eut pas le temps de la préparer ou de la légitimer par un mariage. Les dynastes éthiopiens n'étaient pas des étrangers à Thôbes, où leurs aïeux exerçaient la charge de grands-prètres d'Amon ; mais certains d'entre eux -, comme Kachto et Sabakon, ne se rattachaient à la famille Théhaine que par leurs mères ou leurs épouses. Cambysès revendiquait le trône d'Egypte au nom de sa femme, fdle d'Aprics\ Les particuHers n'hésitaient pas à suivre des exemples partis de si haut.

Toutefois les Grecs, derniers venus dans ce concours de populations, eurent plus de peine à se faire adopter par le peuple égyptien. Des préventions religieuses éloignaient d'eux : comme les Grecs mangeaient de la vache, dit Hérodote, ni homme ni femme n'eussent voulu baiser l'un d'eux sur la bouche, ni faire usage de son couteau, de ses bmches ou de sa marmite*. Malgré cela, ils y parvinrent : à Memphis des Hellénomemphites et desCaromenphites, plus ou moins bien vus peut-être des deux partis de la population, comme ailleurs les mulâtres, formaient néanmoins trait d'union entre les Grecs et les indigènes ^

I 3. — Expansion hors d'Egypte.

Les besoins du commerce entretenaient un va-et-vient incessant, par terre et par mer, des Egyptiens hors de leur pays et des étrangers en Egypte. Déjà les pyramides et les mastabas renferment,

1 Cf. Maspero, h. a., p. 3S9, n. 1, les diverses hypothèses sur Torigine libyenne, asiatique, babylonnienne, susienne ou assyrienne de la xxii^ dynastie.

2 Mariette, 'm. D., pi. 48 s; de Rougé, Mél., I, 87-88.

;i Hkrodote, HI, 1, 2. — Cf. Raret. Rev. Et. anc. juillol 1909.

* HÉRODOTE, II, 41 {WiEm-.MAm, Hei'odots II Buch, 187-188; Maspero, H. Or., III, 797).

s Aristagoras de MiLKT (fragm., îi" éd., Mùller, Fi'ogrn. Hist. 6Vœc., H, 98) d'ajtrès Etienne de Bizance : 'EXX'i^y/^'ôv Ka) KapiKov, tÔttoi h Mi/^ip/o/, cccp cbv 'VS}CkriVoiJ.iiX'sfiTai Ka) Kapo[x;[j.tfiTa.i^ wç 'kpi'ynxyopac. — KapiKÔy, tottoç '/hà^ccv êv Msfi.'jii'hi, hùa Kà/3£Ç oiKr^aa'JTci,^ ÏTti'^a.jj.laç, irpoç. Me/t'^/Vaç TTOirjGâii.EVOi.i Y^apotj.siJirj^lTai èick-^ê-^ijav. » (Cit. ap. Maspero, H. A., 700, H. Or., III, 790). — l'ar' e.Kuaiple, Apyiichis, fils d'inaious (l'ap. gr. Sait 967; Brit. Mus. n» l; Rev. Eg., III, 187.

Page 1