‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 110 sur 433 · LES QUATRE RACES SUR LE SARCOPHAGE DE SÉTI I · texte numérisé non relu

LES QUATRE RACES SUR LE SARCOPHAGE DE SÉTI I

funérailles du roi. Ce sont en tête les Égyptiens eux-mêmes ou Romdou, puis les Amou, c’est-à-dire les Asiatiques, puis les Nahésou où Nègres et, les Timihou, peuples du nord et de l'ouest, Libyens et Européens. Cette procession se retrouve ailleurs. Mais ici la légende attribue aux peuples étrangers le même créateur et les mêmes protecteurs célestes qu'aux Égyptiens eux-mêmes. Horus s'adresse d’abord à tous, puis successivement à chaque groupe :

« Horus dit à ce troupeau de Rà qui est dans le Douaout :

» Egypte (Kamit) et contrées étrangères (Docherit), honneur à vous, troupeau de Phrà, qui existez de par le Grand qui est au ciel.

» Que l'air revienne à vos narines et s'abatte dans vos coffres funéraires ! Vous avez pleuré et je vous ai rendus heureux en votre nom de Romdou.

» Vous dont la grandeur est votre propre ouvrage, en votre nom d’ Amou ; Sokhmit est pour eux; c’est elle qui sauve leurs âmes.

» C'est vous que je conduis ; je me complais dans la multitude issue de moi, en votre nom de VNahésou ; ils sont à Horus, c’est lui qui sauve leurs âmes.

» Mon œil cherche qui vous êtes ; en votre nom de Timihou; Sokhmit est pour eux ; c'est elle qui sauve leurs âmes 2.»

CA

Les deux termes Æamit, littéralement 7erre notre, et PDocherit, littéralement Terre rouge, s'opposent généralement et à eux deux symbolisent le monde entier. Xamit c’est la vallée du Nil : Docherit est un terme générique et désigne {ant les déserts voisins que tous les pays étrangers au nord et au sud, à l’est et à l’ouest. Un comtemporain de Sénouserit gouverne Kamit et Docherit*.Séti souhaite à ses successeurs un règne heureux sur l'Égypte et la victoire sur les Terres rouges de Nubie ‘. À Médinet-Habou, Amon dit à Ramsès IIE : « Je tourne ma face vers le » nord... Je t'amène 70-Docherit sous tes sandales ; tu as foulé » aux pieds des myriades d’impies»°. Une inscription d'Edfou parle de « repousser dela ville Asit-Ouirit les Docheritou» *. Les Docheritou sont donc habituellement traités en ennemis. Cependant quelques monuments d'époque peu reculée les mettent sous

1 Tell-el-Amarna (L. D., III, 97 »); Rekhmarâ (M.M.C., V).

2 Sarcophage de Séti er (L. D., INT, 135-136; Snarps et Bonom, The sarcoph. of Oimeneptah, pl. vu; Cnapas, £f., p. 93, trad.).

8 De Roucé, Z. A. pl. GcIv, I. 11.

4 Inser. de Séti Ier à Radésiéh (L. D., HI, 140 c.)

5 Médinet-Habou, 1° pylone (DÜMICHEN, Hist. Insc., 1, 17; Danessy, M.-H., p. 72).

6 Dümicuen, H. L., 34, 4; Brucson, Dict. S'up., 1195.

la protection des dieux égyptiens comme le texte précité y met les Asiatiques, les Nègres et les Libyo-Européens. Plusieurs fois les inscriptions de Philæ donnent à Osiris le titre de « seigneur » grand de Docherit » ‘. Une statue d'Hâthor du musée de Florence la qualifie «la grande, la souveraine de Docherit»?; et semblablement Hàätchopsou à Déïr-el-Bahari appelle la même déesse : « la » grande souveraine de Pouanit »*. Tandis qu'Aménôthès IT sur une stèle de Thèbes nommait Maout « la souveraine des Neuf- » Arcs » “. Les peuples de la Méditerranée eux-mèmes, les /aïounibou contre lesquels subsista une haine si vivace, recevaient Horus pour souverain et patron dans l//ymne à Osiris d'Amonemhaït fils d'Amonmès *.

Dans tous ces textes apparait cette même idée que les dieux de l'Égypte ne veillent pas seulement sur elle, mais aussi sur tous les peuples. Horus, Sokhmit, Häthor, Osiris, d’autres encore peut-être, se partagent ce protectorat. Cette idée d'une Providence commune qui s'étend à toutes les races est très remarquable. Il doit en résulter la croyance à une sorte de fraternité religieuse de tous les peuples et par suite des relations pacifiques et amicales entre eux.

Le spectacle de la réalité s’opposait violemment à cet idéal de paix et de fraternité universelle. Pourtant l'Égypte crut un moment y toucher. L'accord avait été conclu avec les Khétas; la paix régnait sur la terre. Les traditions historiques ne rappelaient rien de semblable. Alors « on vit, dit un papyrus, les peuples de » Kamit n’avoir plus qu’un seul cœur avec les princes des Khé- » tas, ce qui n'était pas arrivé depuis le temps du dieu Rà »f. Pour glorifier Ramsès IL, pour célébrer la paix qu'il a conclue, on remonte jusqu’au règne des dieux. Ici ne voyons pas seule-

1 BÉNÉDITE, Philæ, p. 18 1; 85, vins; 96, x.

2 ScHIAPARELLI, Catalag., p. T0.

3 CHapas, £t., p. 156.

4 Stèle Flinders Petrie, 1. 26 (SPIEGELBERG, 2. Tr., XX, 43).

5 « Horus... commande aux humains, aux purs (rekhi), à la race des habitants de » l'Egypte et aux Ha-nibou. » Stèle d’Amenmès, Paris, Bibl. Nie (CHavas, À. Arch., 1857, LOXINI— PE 7 AIX 10)

6 Lettre du roi de Khétas au prince de Qodi : Pap. Anastasi IL, 11, 1-5: Anastasi IV, vi, 7-9 (MasPero, H. Or., II, p. 406).

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