‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 111 sur 433 · LES QUATRE RACES A EDFOU · texte numérisé non relu

LES QUATRE RACES A EDFOU

ment l'emploi d’une locution banale; mais l'évocation d’un âge d'or, où tous les peuples de la terre vivaient sous l'empire de Rä, et loin de souffrir de la barbarie primitive, jouissaient d’une paix fraternelle sous la sauvegarde d’une Providence universelle.

Cette doctrine se rattache intimement à celle d’un créateur unique qui se manifeste par une série de divinités sorties de lui. Elle en dérive logiquement et doit être postérieure ou contemporaine. Je crois qu’elle a dû éclore après l’expulsion des Pasteurs, lors de la réconciliation officielle des cultes d'Horus et de Sit.

Une doctrine contraire l’a dü précéder, qu’à l’occasion on a invoquée concurremment. C’est la légitimation de la guerre, comme l’autre est le fondement d’une apologie de la paix. On la trouve dans un monument d'âge ptolémaïque, le temple d'Edfou. Mais, si beaucoup des détails de la légende ptolémaïque d'Horus eussent dû paraître apocryphes à de vieux compagnons de Menès, des Papi ou des Sénouserit, le fond archaïque subsistait : Les allusions des textes des Pyramides en font foi. Nous avons lieu de croire à l’antiquité de la partie de la légende relative aux races diverses.

Le dieu Harmakhis raconte lui-même l'issue des guerres de Horus et de Sit. Après de nombreuses batailles, et autant de massacres des partisans du dernier, les survivants se dispersèrent vers les quatre coins de l'horizon; ce furent eux qui donnèrent naissance aux quatre races contre lesquels guerroyaient les Égyptiens : Nègres d'Éthiopie ou de Æouch, Asiatiques ou Amou, Libyens ou Z'imihou, Arabes ou Chasou :

« Emigrent au sud, il en advint Kouch ; émigrent au nord, il en advint les Amou; » émigrent à l'occident, il en advint les Timihou; émigrent à l’orient, il en advint les » Chasou 1 ».

On a déjà rapproché ce texte du précédent, mais sans en faire ressortir l'opposition. D'une part les étrangers sont protégés par les dieux de l'Égypte ; d’autre part ils suivent la cause des dieux que proscrivent et abhorrent les Égyptiens. Membres dans le premier cas d’une seule grande famille; dans le second, si on voit encore en eux des frères, ce sont tout au moins des frères ennemis.

1 Navizze, Le mythe d'Horus, pl. xxx, L. 3; Cuasas, Etudes, p. 91.

Comme entre Horus et Sit, issus également de Gab et de Nouït, la guerre fut sans pitié, ainsi, entre Égyptiens descendants des compagnons d'Horus et étrangers descendants des fauteurs de Sit, doivent régner haine et hostilités perpétuelles. Le nom même de « Terres rouges » porté par les contrées étrangères est significatif. Sans doute il n’a d’abord signifié que la couleur fauve du sable et des grèves du désert; mais nous savons que tout ce dont la couleur tirait sur le rouge, hommes, bêtes ou choses était consacré à Typhon; « Terre rouge » équivalait donc à « terre de Typhon » el par conséquent terre ennemie; peut être même le nom de Terres rouges donna-t-il cette fâcheuse réputation aux poils roux. Quoiqu'il en soit, les hôtes des Terres rouges furent traités comme Horus et ses compagnons avaient traité les compagnons de Sit et Sit lui-même”. Tout étranger fut par essence un être vil, taillable et massacrable, corvéable et asservissable à merci. Bien entendu, la légende de Sit elle-même reflétait l’état des mœurs du temps où elle se forma, quitte à se modifier par la suite, ou à n'être plus comprise et à ne se maintenir que comme symbole ou avec l'atténuation des formes animales. Ainsi se retrouvent, dans la légende ptolémaïque même, les vestiges de la guerre primitive avec l’immolation et la manducation des prisonniers *.

Seulement cette barbarie primitive eut sa décadence et ses éclipses. À la doctrine qui lui donnait un prototype divin, se substitua la doctrine plus douce d'une Providence commune et d’une fraternité universelle. Ni la guerre, ni l'esclavage ne disparurent du coup : ce sont faits qui résistent aux doctrines. Mais le progrès déjà réalisé fut consacré, et l'humanité eut pour l'avenir un idéal de plus.

; * Drovore (I, 88) dit qu'on appelait « Typhoniens » les rousseaux et qu'on les sacrifiait à siris.

2 Voir chap. précédent, p. 173-177.

8 Cf. Dionore, I, 90.

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