‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 116 sur 433 · PENSÉES ET PAROLES TOUTES PUISSANTES · texte numérisé non relu

PENSÉES ET PAROLES TOUTES PUISSANTES

tion ni retard. « Je suis le roi, dit Sénouserit II : ce que je dis, » c'est fait; ce que mon cœur pense, mon bras le fait » !. Il agit par lui même ; il plie la nature à ses ordres ; ou bien les hommes les exécutent docilement : peu importe ! les résultats surgissent et l’on oublie les intermédiaires. Le roi est le maitre et le dieu, mais le dieu bon :

« Penseur aux projets parfaits, promulguant des lois qui donnent l’allégresse ; » son nom fait sortir des cœurs ce qui était dans les ténèbres »?2.

Ainsi, tout bonheur vient-il du roi, pour les individus comme pour le pays. Ainsi, par sa sagesse et sa bonté, donne-t-il à l'Egypte vie et prospérité. Ainsi est-ce un lieu commun que de dire, comme le fait encore Ptolémée Epiphane sur la pierre de Rosette, qu'il « a affermi la double terre et rendu florissante » l'Egypte »; que son avènement fut « pour tous l'origine de » toute chose prospère »*. Bien des siècles auparavant, un poète saluait de même le jour de l’avènement de Ramsès IV « jour heu- » reux, où le ciel et la terre sont en joie! » * non sans raison, si vraiment ce roi, par ses victoires et son administration, « donna » la joie à l'Egypte un mullion de fois » *. À la naissance de Ramsès Il, les dieux même et les déesses s’en mêlaient ; et Amon, proclamant sa paternité, annonçait une ère de bonheur pour le monde : « Je mets Mâït en sa place‘; la terre est maintenant » affermie, le ciel joyeux, les dieux satisfaits grâce à lui » 7. En reculant encore dans l’ordre des siècles, on voit que les rois des premières dynasties thébaines « faisaient fleurir le pays » , et que « cette terre se réjouit d’être gouvernée par eux »°.

Un canon des devoirs de la royauté nous fait défaut. Existait-1l ? Ce serait bien hardi d’en croire Diodore"”. Du moins, les éloges

1 « Nok souton, zodou arou ». Inser. de Semnéh (L. D., IT, 186 x). — Cf. le titre de reines « zodtou khetou neb, artou-n-s (Serue, Æ. Z., 1898, XXX VI, 113).

2 Ramsès II, an V, 1. 9-10 (Daressy, p. 109).

3 Décret de Memphis, protocole et K 8.

4 Chant d’'Amon-nakhtou : Ostracon de Turin (A. Tr., II, 4116). Cf, chap. x, $ 1. 5 Stèle de l'an III (L. D., III, 19; Prerrer, Æ2ev. arch., 1869, p. 271).

6 C'est-à-dire : « Je fais régner l'Ordre éternel ».

7 Stèle de Kouban, 1. 3-4.

8 Stèle de Se-hôtpou-ab-Rà (2. Eg.,NIII, 131, cf. infra, p. 240).

9 Discours de Sinouhit (Contes, p. 103).

10 Dronore, I, 70-72 (supra, p. 97).

décernés aux rois dans tous les temps permettent-ils de le reconstituer.

Du livre des Pyramides, on peut à la rigueur extraire le plus antique des codes qu'ait parodiés Cervantès à propos du royaume de Sancho-Pança. Le roi défunt agit en roi dans l’autre monde, et, de ce qu'il fera, nous induisons tout ce qu'il à fait en celui-cr. Or, en quelques mots, voici ses occupations posthumes : il bataille d’abord pour conquérir son royaume ; puis il trône et rend la justice ; il assigne à chacun son domaine et attribue à chacun des vivres ; enfin il fait vivre le pays”.

A toute l’époque, les éloges du roi en prose ou en vers”, les décrets des dieux”, les récits historiques officiels *, les allusions des particuliers *, reproduisent ou développent le même programme. On y retrouve les devoirs ou les fonctions du roi guerrier, du roi justicier, du roi vivificateur, auteur et distributeur de tous les biens.

$ 2. — Le roi auteur de la vie.

Du roi ses sujets attendent d’abord le premier de tous les biens, la vie. En maint endroit, on voit représenté le roi tenant à la main, comme les dieux, la croix ansée, symbole et hiéroglyphe de la vie. « Vivificateur » est un des titres les plus fréquents qu'on lui donne. Il fait partie du protocole et suit ordinairement le dernier cartouche « di änkh, le roi N° qui donne la vie ° ». Diverses variantes amplifient ce titre : « di änkkh seta, vivificateur éternellement, — » diänkhneb, vivificateur universel, — di dnkh zeta heh, vivifica- » teur éternel à jamais » 7, ou « di dnkh dad ouas sela, qui donne

1 Pépi Ier, 1. 43-44, 403, 415-417.

?Ode de Kahoun, /nstructions de Sehotpou-ab-Rä, Discours de Sinouhit, Chant d’Amon-nakhtou, Recueils poétiques des papyrus Anastasi II et IV, ete.

3 Décrets de Ptah à Ibsamboul et Médinet-Habou, etc.

4 Stèle de Kouban, Inscription dédicatoire d’Abydos, etc.

5 Inscr. de Khnoumhotpou, etc.

5 CF. Hinoxs, Journal of sacred Litt., Janv. 1863; Cabas, Le groupe di ankh : Mél. IT, p. 5-15. D'autres soutiennent le sens passif « doué de vie », d’après Hermapion dans Ammien Marcellin (SrieceLBere, À. Tr. XIX, 47).

7 Ces compléments du protocole ont très anciennement tout leur développement. On trouve Snofrou (IIIe dyn.) « donnant sérénité, stabilité, vie, santé, toute satisfaction du

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