‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 120 sur 433 · ANARCHIE ET MORT NATIONALE · texte numérisé non relu

ANARCHIE ET MORT NATIONALE

l'attente d'un successeur, on ne se sentait plus vivre. Tous poussaient vers Amon-Râ le cri des Éthiopiens avant l’intronisation d'Aspalout : « Donne-nous un maître pour nous faire vivre! ». On se rappelait sans doute les troubles qui avaient accompagné la transmission du pouvoir, les intrigues de palais, les querelles de princes, la sécession des provinces, les luttes armées, la guerre civile. |

Tels les temps qui suivent la mort de Séti IL. Déjà depuis Ménéptah, les compétitions de princes avaient affaibli le pouvoir royal. Après Séti Il, ce fut la débâcle. Les chefs des nomes revendiquèrent leur indépendance : aucune autorité centrale ne les comprimait pour le bien général. Anarchie et guerre civile désolaient le pays. Aucune sécurité, ni pour les biens, ni pour les personnes. Le grand papyrus Harris décrit en termes énergiques ces temps sinistres : le pays entier était en désordre, le grand trône d'Égypte était souillé ; tout était bouleversé : |

« Le pays de Kamit s’en allait à la dérive; les gens qui s’y trouvaient, ils n'avaient » plus de chef suprême, et cela pendant des années nombreuses, jusqu'à ce que vinrent » d’autres temps ; car le pays de Kamit était aux mains de chefs de nomes qui se tuaient » entre eux, grands et petits. D’autres temps vinrent après cela, pendant des années de » néant (m. à m. années vides}, où un Syrien, nommé Irisou, fut chef parmi les nomes » et força le pays entier à prêter hommage devant lui : chacun complotait avec le pro- » chain pour piller les biens l’un de l'autre; et, comme on traitait les dieux de même »-que les hommes, il n’y eut plus d’offrandes faites dans les temples 2. »

Au sortir de cette anarchie mortelle, Nakhtséti et son fils Ramsès [IT firent renaître le monde :

Nakhtséti « fut comme les dieux Khopri et Soutkhou en sa violence, remettant en état » le pays entier qui était en désordre, tuant les barbares qui étaient dans le Delta, puri- » fiant le grand trône d'Égypte; il fut régent des deux terres à la place de Toumou, » s'appliquant à réorganiser ce qui avait été bouleversé, si bien que chacun reconnut un » frère dans ceux qui avaient été séparés (litt. murés) de lui pendant si longtemps, réta- » blissant les temples et les sacrifices, si bien qu’on rendit aux cycles divins leurs » hommages traditionnels 3. »

Après lui, Ramsès II continua son œuvre :

1 Stèle du Gebel-Barkal, 1. 13 (Manerre, 4 pages, p. 11; Masrero, B. Eg. VII, 141).

2 Grand pap. Harris, pl. Lxxv, L. 2-6 (Einsencour, 7rans. S.B.A.; Cnapas, Æecherches, 4-23; Masrero, Lettre sur l’Exode, B. Eg., NII, 119).

3 Zhid., p. Lxxvi, L. 8-9 (CHapas, X7X°e d., p. 23-27; Masrero, À. À., p. 266.

« J'ai fait vivre le pays tout entier : misérables, nobles, clans, mortels, hommes et » femmes: j'ai relevé tout homme de son crime et lui ai pardonné; je lai sauvé du » puissant qui pesait sur lui. J'ai placé tous les citoyens sur leur voie dans leurs villes. » — J'en ai fait vivre d’autres par l'autel ! de la porte. — J'ai pourvu de nouveau le » pays qui était dépouillé. Le pays est bien rassasié pendant mon règne 2,»

La nature et les humains, les peuples et les individus, doivent donc également toute leur existence à la divinité solaire et au rot.

Les sujets se félicitent de cette action créatrice perpétuellement sage et bienfaisante du roi. De lui seul ils attendent vie et bonheur; et leurs actions de grâces s’animent de l'enthousiasme poétique, comme dans ces strophes de Sehotpouabri que l’on pourrait inlituler l'Æymne du sujet fidèle : |

« Commencement de l'instruction qu'il a faite à ses enfants : » Je dis bien haut : Je vais vous faire entendre, » * je vais vous faire savoir des choses qui donnent l'éternité, » * des choses qui donnent une vie nouvelle et une existence longue et paisible. » Adorez le roi Amonembhäâit III en vos seins, “ayez toujours Sa Majesté présente en » vos CŒUTS, » car le roi est le dieu omniscient, * qui vit dans les cœurs » et dont les yeux pénètrent tous les seins; * c’est le dieu Soleil dont on voit » les rayons.

» Il éclaire les deux Égyptes mieux que le disque du soleil; * il fait fleurir le pays mieux » que le Nil à l’mondation; » il remplit les deux Égyptes de force et de vie ; * il donne la fraicheur au nez; » il donne des provisions à ceux qui le suivent, * des vivres à ceux qui marchent » dans ses voies à.

» C'est la vie que le roi; c’est l'abondance que sa parole; * c’est une création perpé- » tuelle que son existence.

C’est un dieu Khnoum qui modèle tous les membres, * un générateur qui produit les » êtres intelligents; » c'est une déesse Bast qui protège les deux Égyptes, * quand on adore le geste : » de sa main ;

» mais il est une déesse Sokhmit * contre qui viole son ordre #. »

L’éloquence ou la poésie des éloges paraissent se nourrir un peu trop de métaphores et autres figures de rhétorique. Cepen-

1 Xha ni aa, bureau de la porte, c’est-à-dire de l'aumône.

2? Pap. Harris, p. 78, 1. 43; 79, 1. 4-2 (CmaBas, XZXe d.. p. 72).

$ Cf. Textes funéraires et Æymne à Amon-Rä de Boulaq, 1. 7: ouadj hotepou, ar zefaou, « faisant croître les produits de la terre, producteur des provisions ».

#Stèle de Sehotpouabri à Abydos sous Sénouserit III et Amonemhäâit III, xme d. (MarieTre, Abydos,Il, pl. 24-26; t. III, p. 183-185, ne 670 ;: Maspero, Guide, p. 71-72 ; Sur une stèle, 4e congrès = B. Eg., NIL, p. 144).

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