‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 121 sur 433 · SÉCURITÉ EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

SÉCURITÉ EXTÉRIEURE

dant, si par elles-mêmes elles manquent de précision, elles correspondent néanmoins à des idées précises. Aussi convient-il, sans entrer toutefois dans une étude technique de l’administration égypuüenne, de rechercher quelques renseignements plus détaillés.

Le roi gardien de la vie,

Le roi faisait florir l'Égypte et permettait à ses sujets de bien vivre en leur garantissant la sécurité du jour présent et de l'avenir.

Du côté de l'extérieur, il les protégeait par sa vaillance guerrière *. Mais la crainte inspirée aux ennemis n'étant pas toujours mortelle, ni même suffisante pour les tenir à l’écart, une administration prévoyante ne négligeait aucune précaution défensive.

Fortifications et places de guerre garnissaient les frontières. Comme la Chine, l'Égypte reposait derrière une grande muraille, ou plutôt deux grandes murailles. Au sud, un long mur de douze kilomètres s'étend encore entre Assouan et Philæ, protégeant les abords de la cataracte : on la disait l’œuvre du roi Zosiri de la 11° dynastie *. La xn° la restaura, mais reporta plus loin la frontière, élevant de distance en distance des forteresses, comme celles de Derr, Koubân ou Semnéh”*; un camp retranché commanda le Nil en face de Philæ, quand la frontière y fut ramenée”*. Le nord aussi possédait sa muraille qui barrait l’isthme. Quand Sinoubhit s’enfuit, à l'entrée du Ouady-Toumilât, 1l se heurte aux murs qu'Amonemhâït [* avait « construits pour repousser les » Sittiou et pour écraser les Nomiou-Chaïou », et du haut

1 C£. supra, ch. mr, p. 118-137.

2 Stèle de la famine, 1. 41 (Brucsou, 7 Jahre der Ungernoth, p. 55-56). — Cf. Lancrer, Descr. de l'Eg., 1, p. 5-1; Lerronne, Rec. des insc., II, 211, sqq., qui attribue le mur à Dioclétien; Masrero, 2. Tr., XIII, 204; ct Æ. Or., I, 498.

3 Stèle triomphale de Sénouserit I à Florence (Gnampozcron, Lettres, p. 124 (2 éd.); Mon., 1, pl. 1 et p. 34-36, etc.); — Inscriptions de Semnéh (L. D., II, 136 r et n, 1518; ve Roucé, Rev. Arch, Ies.,t. V, p. 312 sqq. etc.); — (Cf. Cnaras, Znscr. des mines d’or x Masrero, 1. Or., Il, 478-488).

4 Il y eut toujours aux frontières naturelles de l'Égypte des forteresses et des garnisons. Hérooors (II, 30) mentionne aux trois points extrèmes, celles d’Éléphantine, Daphnée et Maréa, établies par Psamitik I, et plus tard occupées par les Perses,

desquels veille « la garde relevée chaque jour »’. Mais Amonemhâït avait sans doute seulement consolidé ou refait une construction de l’ancien empire, car dans les pyramides une muraille détermine le nom du lac Salé?; et Snofrou avait laissé son nom à plusieurs citadelles en ces parages*; peult-êlre mème fallait-il se reporter au règne des dieux et aux bienfaits de Rà“. En tout cas, le mur du pays de Gochen hanta longtemps les imaginations populaires et elles trouvaient tout naturel de comparer le roi à ce rempart”. Les Pasteurs le jetèrent bas ou le laissèrent tomber; mais des prophéties nationalistes en promirent la réédification °. Diodore mentionne un mur élevé par Sésostris de Péluse à Héliopolis 7: ce qui est sûr, c'est que les xvur et xix° dynasties reconstruisent à travers l'isthme plusieurs forteresses comme celle de Zalou* et Ramsès IT fit travailler les Hébreux à une ville forte de son nom *. Sous les Ptolémées, le mur existait encore". Mais l'Égypte même avait débordé sur l’Asie, conquis la Syrie et rencontré comme voisins el comme adversaires non plus des hordes d’envahisseurs ou de pillards, mais de grands empires. Dresser contre eux des places fortes ne suffisait plus; l'Égypte s’entoura d’une triple ceinture d’états-tampons, sujets, tributaires ou alliés .

Les Aménôthès épousaient des princesses de Mitani ou de Babylone; Ramsès, une fille du roi des Khétas ; Psioukhanou prenait Salomon pour gendre; les émissaires des Chabakou et des

! Pap. de Berlin ne I, 1. 16-19 (Cnanas, Les Pap. de B., p. 38-39, 81-89, 9; Mél., II, 128: Masrero, Contes, p. 99; H. Or., II, 469). — Cf. Ode de Kahoun (supra, ch. rx, p. 126).

2 Pépi LE, 1. 27 — Téti, 274 — Mirinri, 38 et 142 (cf. Erman, Æ. Z., XXIX, 45).

3 Pap. Berlin, I, 1. 16-17; Pap. de Saint-Pétersbourg I; Inscr. d’Ouni, 1. 2 (MASPERo, H. Or., 351-332).

4 Maspero, À. Or., I, 170.

5 Cf. Ode de Kahoun, supra, ch. x, p. 126, n. 4 et 5.

6 Dans le pap. 1.116 de Saint-Pétersbourg, attribué au règne de Thotmès III ou de son fils, la prédiction d’un roi sauveur qui viendra du sud se termine par : « On bâtira un » mur, celui du Prince, afin de ne pas laisser entrer les Aamou dans l'Égypte » (GoLé- NISCHEFF, À. Tr., XV, 89).

7 280 kilom. (Dronore, Bibl. Hist., II, 57 ; Masrero, A. Or, II, 469). — Sésostris hérite ici probablement de la renommée de Sénouserit (cf. Serue, Sésostris ; Masrero, J. des Sav., 1901, p.593 sqq.; J. Barzzer, Rev. Univ., 1902, p. 354-255)

8 Masrero, H. Or., II, 122.

9 CI. CHapas, Ramsès et Pithom, Mél., IX, 108-164; Navize, The store city of Pithom.

10 « Le grand mur du côté est, dont la hauteur est de 400 (?}, en vérité, pour écarter » les rebelles de devant les dieux. » Stèle de Pithom, L. 46 (Navize, Æ. Z., XL, 72, pl. ri)

11 Cf. Maspero, 7. Or., II 277-279, Cf. supra, ch. v, p. 211-245.

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