LA PAIX PUBLIQUE A L'INTÉRIEUR
vaient sans doute d’une sorte de police secrète, qui, en dehors des surveillants attitrés et connus, complétait l’œuvre de la police officielle et en même temps surveillait les surveillants, prévenait leur relâchement ou dénonçait leur négligence.
À tous les degrés de la hiérarchie, tous les fonctionnaires doivent au roi un compte exact de leur gestion et de tout incident dont ils ont connaissance. Ils ne sauraient se soustraire sans faute grave à cette obligalion. Au papyrus Abbot, le commandant de la police de la nécropole fait suivre une dénonciation contre le Préfet de la ville de la réflexion suivante : « J'en fais rapport devant » mon maître ; car ce serait un crime pour un homme tel que » moi d'entendre les paroles et de les céler »'. Encouragés par la surveillance et la volonté du roi, pris d’une belle émulation pour sa bienfaisance, gouverneurs de nomes ou princes héréditaires pourvoient à la police dans leur ressort, y pourchassent les voleurs et y rassurent les gens tranquilles *. Lui-même, enfin, le roi parcourt son royaume et se rend compte en personne de l'exécution de ses ordres ; « il voyage dans l’étendue de cette » portion d'Horus pour en chasser les mauvais et protéger les » fidèles » ?.
Directement ou indirectement, le roi maintient la paix nécessaire au développement économique du pays, au travail el au bonheur des individus. Il tient en respect les éléments de désordre etréprime tout attentat à l’ordre public ; c’est lui « qui calme véri- » tablement, qui donne la paix aux deux pays » “. Son empire c’est la paix. Il fait trembler les méchants : on sait que tous ses ennemis sont des méchants, des impies, qu'il châtie rigoureusement. Il rassure les bons, c’est-à-dire ses sujets dociles et dévoués, en veillant sur eux et en leur procurant la tranquillité. « Il est l’ané- » antissement du mal. Il fait être les tourbillons de la tempête, et
Cuapas, Mél. IV, 15). Le pap. magique Harris (ve, pl. 8, L. 6: ébid. p. 270 et 274) assimile la voyante, l’espion femelle (nui) aux animaux féroces dont il faut museler la bouche. Le pap. de Bologne 1086 (/bid., III, 243) parle de la détective d’un esclave fugitif.
4 Pap. Abbot, p. vi, L. 15-17. Cf. infra, ch. xx, $ 1, conseillers du roi.
2 Cf. chap. xu, $ 2, police.
3 Ramsès III, Médinet-Habou, salle royale (Daressv, M.-Æ., p. 148).
4 Ramsès XII, Pap. Turin (CnaBas, E4., p. 1%).
» il remet les mondes en paix »!. En termes moins magnifiques et plus nets, le roi fait régner la justice, il extermine le crime et ne souffre pas de malfaiteurs en Égypte”. La justice réprime tous les attentats à l’ordre public; sa police les prévient et supprime ou neutralise les éléments de désordre. Il veille à la sécurité des routes, à la quiétude des campagnes, à la tranquillité des villes et jusqu'au respect des nécropoles.
Le roi « garde le pays, grands et petits » *. Mais les faibles sont particulièrement désignés pour ses clients naturels. Il est « le » rempart des petits, le soutien des miséreux »'. Cest sur eux que s'étend surtout sa protection qui permet de narguer les maux naturels et de savourer les joies de l’existence, comme l’expriment les métaphores de l’Ode de Kahoun « Grand il est, le Maïître de son domaine;
» car lui il est ce boulevard qui délivre le craintif de son ennemi! » Grand il est, le Maître de son domaine ;
» car lui il est ce réduit frais qui offre la sieste à tout homme contre le chaud du jour! » Grand il est, le Maître de son domaine;
» car lui il est lombrelle qui abrite au printemps, et qui tient au frais pendant l'été! » Grand il est, le Maitre de son domaine;
» car Jui il est le coin chaud et sec pendant la saison d'hiver!
» Grand il est, le Maître de son domaine; » car luiilestle mont qui s'oppose comme un mur à la brise au temps de l'ouragan !5»
Le roi défend également les personnes et les biens :
€ J'ai fait, dit Ramsès IIT, pousser dans le pays tout entier des arbres et des arbris- » seaux, ct j'ai permis aux hommes de s'asseoir à leur ombre 6. »
Il étend particulièrement sa sollicitude sur les campagnes :
« Tu es leur Seigneur, car tu protèges les demeures des producteurs d'aliments : tout homme est heureux dans la ville. Sa population l'adore et il n’y a pas là une parole derrière Ta Majesté : elle est prospère par suite de l'élévation de Ta Majesté; l'anéantissement a été la fin [de ceux] qui s’opposaient à qui est sous tes ordres; eux-mêmes sont fortifiés qui sont sous ton ombre, circulant en ta demeure 7. »