‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 129 sur 433 · DISTRIBUTION DE VIVRES · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DE VIVRES

d'Ouénéphès un des plus anciens rois, ce fléau aurait dépeuplé le pays‘. Incessamment les rois d'Égypte le combattirent.

Le roi est obligé de nourrir tous les ouvriers qui travaillent pour lui : esclaves ou travailleurs libres, corvéables auxquels il fait creuser des canaux ou tracer des routes, malfaiteurs con- . damnés à exploiter les mines, prisonniers de guerre et populations étrangères transplantées, auxquels il fait bâtir ses forteresses, ses palais et ses temples. Israël dans le désert regrettera Les oignons d'Égypte ?. Le tombeau de Rekhmarà met en scène les distributions d'aliments, d'huile et d’étoffes aux ouvriers et à leurs familles’. Le carnet d’un officier de police révèle les souffrances, les plaintes, les grèves et les émeutes que provoquent l'irrégularité ou l'insuffisance des distributions “.

L'armée est à la charge du roi. La solde s’y paye en nature, c'est-à-dire en vivres. Hérodote indique la ration quotidienne en son temps : « Tous les ans, mille Calasiries et autant d'Hermoty- » bies forment la garde du roi ; à ceux-ci, outre leurs terres, on » donne, chaque jour, cinq mines de pain cuit, deux mines de » chair de bœuf et quatre coupes de vin »°. Ses soldats disent à Piâänkhi : « Ton pain est dans notre corps à tous nos voyages; » ta bière étanche notre soif »°. Dans les tombeaux d’Amonemhabi et de Pésoukher, on voit représentés l’intendance militaire, les approvisionnements et magasins de l’armée, et des distributions de vivres aux troupes royales. De très hauts personnages font défiler, « en présence de Pharaon » lui-même, officiers et soldats chargés de provisions 7.

Tous les fonctionnaires égyptiens vivent des provisions du roi. Douaouf-si-Khrodi le proclame bien hautement dans la Satire des

1 MANÉTHON, Fragm. : éd. UnGer. p. 79; éd. Müzzer-Drinor, II, 539-540.

2 Exode, XNL, 3.

3 M.M.C., N, pl. x et x1, p. 50. — De même on voit, dans son hypogce, Sénemaah, comptable des céréales et des pains sous Hâtchopsou, présider à une distribution de vivres (BourranT, 2. Tr., XIII, 474). — Le papyrus de comptes publié par LreBcein et Cuapas (Deux pap. hiérat. du Musée de Turin, 1868) parle des distributions en nature faites aux samtot du Kher,ou manouvriers du quartier funéraire (Cuapas, Mél., IL, p. 85).

4 Cf. chap. xiv, $$ 3-4.

5 Héropore, II, 168.

6 Inser. de Piänkhi, 1. 44-145 (ne Roucé, Chrest., IV, p. 13-14 et 83). 1 M.M.C., N, 228-231 et 288-293.

métiers : « Certes iln’y a point de scribe qui ne mange des choses du » palais du roi v. s. f. »‘. Or on sait qu’en Égypte les fonctionnaires pullulaient. Leur nourriture, leur habillement, leur habitation et mème leur sépulture avec les dépenses ultérieures qui s'y rattachent, tout cela était assuré par des pensions ou des bons du trésor à toucher en nature dans les greniers ou les magasins du roi*. Quand Sinouhit rentre en grâce auprès du roi après avoir laissé tous ses biens en Asie à ses fils, il reçoit une nouvelle fortune; outre une maison toute meublée avec jardin et kiosque, outre le personnel nécessaire, outre des provisions d’étoffes, d’essences parfumées, de perruques, d'huile, d'argent, on lui apporte à manger des gàteaux et des fruits du Palais Royal trois et quatre fois par jour*.

On se rappelle l'histoire de Joseph et des greniers où il fit rassembler des vivres en quantité suffisante pour nourrir pendant sept ans tout le peuple d'Égypte. C'était une pratique ordinaire, étendue seulement pour la circonstance et appliquée sur une plus grande échelle. Les fonctionnaires, chargés de la direction suprème de ce service, les « scribes royaux des entrepôts de la » maison du roi »*, occupaient un haut rang dans la hiérarchie et jouissaient de leurs entrées à la cour”.

Ces libéralités exigeaient d'immenses approvisionnements ; mais l’'adminisitralion y pourvoyait, avec plus ou moins de régularité 6.

Si les fonctionnaires touchent directement du roi leurs provisions et leur nourriture, par lui aussi vit le reste du peuple. Quand le roi Nibkaniri prend sous son vasselage et sa protection le

1 Satire des métiers, $ xxvin : Pap. Sallier IT, xr, 2-3.

? Voir au chap. vu (p. 342-346) les dons en nature, vivres, vétements, éloffes, etc. faits par Le roi à ses favoris.

3 Contes, p. 127-128.

# Anou souton em habou amiou p& souton.

5 Pap. Hood, I. 15-16 (Maspero, £. Eg.; II, 30-31. Cf. les archypérètes ptolémaïques dans LumBroso, Zconom. polit., p. 203).

5 Voir les réclamations du papyrus Mallet : « Après qu'on m'eût dit: « Qu'ils soient « donnés! », on ne donne point de pains pour le temple où je suis, et on ne donne point » de bœufs, eton ne me donne point d'oies. » (Pap. Mallet, fe I, pl. 12; Maspero, B. Tr. [, 58, B. Eg., NII, 24-24 et 39; ErMAN, Æ9g., 178) — celles des Jumelles du Sérapéum (Pap. de Paris (Bruner ps PResces, 1865, nos 22-60), de Londres (B. Perron, 1841 ; KENYON, 1893, I, p. 7-43), du Vatican (B. Peyron, 1841, nos A-b), de Leyde (LEEMANS, n° B-E) : Boucné-Lecrerco, Lagides, IV, 250-258) — et de nombreux « comptes d'entrées et sorties » (SPIEGELBERG, Rechnungen…; Studien sum Rechtswesen, 1892)

PROTECTION A L'AGRICULTURE iee 291

paysan du conte, à qui on à volé son âne et ses marchandises, il assure tout d'abord sa vie : il donne à son grand intendant Mirouïtensi l'ordre de le nourrir ; celui-ci lui fait remettre chaque jour par son majordome un pain et deux pots de bière, et écrit à l’Oasis du Sel pour qu’on donne trois pains à sa femme et à ses enfants". Mais, dira-t-on, c’est là un cas exceptionnel.

Dans l’ordre normal des choses, le roi fournit à ses sujets non les aliments eux-mêmes, mais les moyens de se les procurer.

Le pharaon protège l’agriculture dont vit l'Égypte ?. C’est là un rôle divin dont il ne peut se dispenser. Osiris, au moins à partir d’une certaine époque, passait pour l'inventeur de la culture des céréales. Ses mystères faisaient allusion à l’occultation du blé. à sa destruction provisoire et à sa résurrection”. Râ, le Soleil, est l’auteur des plantes dont se nourrissent les hommes, comme des pâturages que broutent les animaux ; il féconde et fait verdoyer les champs”; il commande au Nil de venirf. Gabou (Sib, la Terre) est l’ami des pains’. Nopra est la personnification divine du grain qui nourrit les animaux de la terre *. Après de tels modèles, le roi ne dérogera pas en s’occupant des champs.

Loin de là, il remplira un des devoirs essentiels de sa charge. Les dieux Le lui ont expressément imposé : « J'ai donné pour toi, » dit Amon à Ramsès II, des Nils fertiles, les champs en bon » état »°. Lors de son couronnement, ou au jour anniversaire, ou en tout cas à la grande fète de Min, parmi les cérémonies que le roi accomplit et que représentent les peintures de la grande cour

1 Contes, p. 47-48.

2 M. Maspero explique le nom de l'Egypte, To-Mera, par l’entrecroisement des canaux, et celui de la tombe, merout, par l’entrecroisement des couloirs souterrains (Sal. IL, p. "1, 1. 3: Rec. of the Past, IL, n° 14). Pourquoi ne seräit-ce pas le va-et-vient de la charrue Bouarpépedoy, et l'Égypte ne se nommerait-elle pas le pays du Labour?

4 Hymne à Amon-R&, Pap. de Boulaq, pl. x, 1. 6 et vr, L. 8.

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