‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 145 sur 433 · ERREURS ET LENTEURS DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

ERREURS ET LENTEURS DE LA JUSTICE

Mirouitensi de qui dépend Thotnakhti; mais le seigneur sort en cet instant, et le paysan conte ses griefs au scribe de l’intendant. Les notables, assesseurs de Mirouitensi, transfigurent l'affaire dans leur rapport’. Du bandit il n’est plus question; et il ne s’agit plus que d’une querelle vulgaire entre marchand et client. Sans doute Thotnakhti à dit son mot aux scribes ; il est du pays et son adversare est étranger ; on le connaît pour violent ; peut-être a-t-il fait quelque cadeau, promesse ou menace; en tout cas il a invoqué la même excuse que Panéba : « il a agi par ordre » ; et le voilà devenu innocent. Le paysan ne s’en tirera qu'après de nombreuses démarches et de longs discours devant Mirouitensi et le roi luimême.

Mème des gens aisés ou haut placés se plaindront d’injustices. Le prophète Phrämhabi du temple de Sit, chargé en outre du temple de Neftis et de l'inspection de tous les temples sur le même territoire, puis des terres de Sa Majesté, d’un navire et d’une perception d'argent, se voit accusé de concussion. Il donne des instructions à l’intendant Séti pour le défendre devant le gouverneur; cependant il craint la calomnie et les erreurs de l'opinion publique ; le sentiment de son innocence ne le rassure pas du tout : « Je suis accablé à l’extrème ; ce qu'on fait contre moi finit par » m'accabler. Mais, vois ce que sont les hommes d'aujourd'hui! » Ce n'est pas d'hier que l’on maugrée contre son temps. Mais, au fait, nous ignorons si Phrämhabi était innocent*! Fort de son bon droit, on devra pourtant lutter contre la mauvaise volonté des administrateurs, qui allègueront leur incompétence ou l'oubli de quelque formalité et renverront les plaignants de Caïphe à Pilate et de bureaux en bureaux. Autre histoire : le prophète d'Hermopolis Ramessou avait un esclave en fuite ; mais, obligé de s'éloigner,il charge son fils Bok-ni-Amon de remettre la main dessus. .Bok-ni-Amon fait le nécessaire : il s'adresse au préposé de l’enregistrement qui lui donne le nom étranger de l’esclave connu sous le sobriquet de « Le Syrien » et il met en branle la police de re-

1 Maspero, Contes, 2 éd., p. 44-45; 3e éd., p. 51. 2 Grand pap. Bologne 1094, p. vr, lettre 9 (Cnamas, Wél., IV, 151).

cherches, ou privée ou officielle, habituée à ces poursuites ; l'esclave est retrouvé dans l'équipage d’un bateau. Mais Bok-ni-Amon n'a pas fini et ne rentre pas de suite en possession de l’esclave, ainsi qu'il l'explique à son père dans une lettre, aujourd'hui conservée au musée de Bologne. Il alla réclamer son bien au supérieur des lieutenants des troupes Khâäemap de la brigade royale. I s'était mal adressé ; Khàäemap fit la sourde oreille et lui dit : « Pas de » discours ! parle au gouverneur Mérisokhmit pour le prendre et le » faire ramener. » Il alla done chez le gouverneur Mérisokhmit ; mais celui-ci à son tour fit la sourde oreille, ainsi que ses scribes, en disant : € Nous n’avons rien à y voir! » Il ne lui restait donc plus que d'attendre les Grandes Assises de la ville® ét d’assigner le nouveau possesseur de l’esclave dérobé : c’est le parti qu'il se proposait de prendre. Réussit-1l mieux ; gagna-t-il son procès? Nous ne savons *. |

Ce que nous savons, c'est que même aux Grandes Assises la balance de la justice ne conservait pas toujours un équilibre parfait, comme devant Osiris. Cela ressort des procédures relatées au papyrus Abbott. La rivalité jalouse de deux fonctionnaires et l’esprit de corps des ouvriers de la nécropole firent avorter une instruction criminelle * que le vizir lui-même désirait étouffer.

1 Ta Qonbit &a ni nouîl (CF. Cnasas, Mél., IL, 433; Serecerperc, S{udien, p. 13-63. — Sur le nom, lu d'abord Tait, cf. Grirrirn, Proc. S.B.A., XIIT, 1890, p. 140 ; SPIEGELBERG, L. €. : Masrero, A. O. I, 336).

2 Pap. de Bologne 1086, 1.9-23 (CHapas, Mél. III, 232).

3 Le Commandant, seigneur de la ville (hd, pa our ni nouît) et le Commandant de l'occident, supérieur des gendarmes, grand seigneur de l’auguste nécropole (Ad n Ament, mour Madjaiou, our äà n Kher chops) avaient fait chacun un rapport au Poliarque-Gouverneur où vizir (mour nouîl, sal) Khämoïs, pour dénoncer les déprédations commises dans la nécropole et surtout le pillage des tombes royales. Une commission composée du Poliarque, d’un contrôleur royal, du majordome de la demeure ‘de la divine adoratrice d'Amon et d'un lieutenant royal, qui s'étaient adjoints encore d’autres personnages, experts, scribes, policiers, etc., descendit sur les lieux et inspecta un certain nombre de tombes. Sur 10 monuments royaux, 9 Ctaient intacts, un violé; mais pour 2 autres, il y avait eu tentative. Sur 4 tombes de prêtresses, 2 étaient intactes ; quant aux tombeaux et chapelles de particuliers toutes avaient été violées (Pap. Abbott, p. u-1v, Cnapas, Mél., IIT, p. 60-66). L'enquête paraît donc parfaitement justifiée. Mais ici intervient le commandant supérieur des Madjaïou. Jaloux sans doute de l'initiative de son collègue de la ville et patronnant les ges de la nécropole plus ou moins solidairement responsables des méfaits dénoncés, il va s’appliquer à faire avorter l'enquête tout en étalant son zèle. Il rédige donc un rapport sur la visite faite, donne par écrit les noms de prétendus coupables et les fait arrêter (Pap. p. 1v, 1. 5-10: Cnapas, p. 74-75). Puis dès le lendemain 19 athyr, il égare la justice, il mène la commission dans une autre partie de la nécro-

Page 1