RECOURS AU ROI
Certains fonctionnaires ont le privilège de communiquer avec le roi, sans intermédiaire, toutes les fois que leur service leur en donne l’occasion. Ainsi, au papyrus À bbotl, l'an 16 de Ramsès IX, le commandant de la ville et le commandant de l'occident font d'abord des rapports au nomarque ; mais si quelque affaire sort du service ordinaire, ils communiqueront directement avec le roi. « J'enverrai à ce propos par devant Sa Majesté mon maître, afin » qu'il dépèche des gens de Sa Majesté pour procéder contre vous » tous », dit le commandant de la ville aux gens de la nécropole ; et il fait sonner bien haut ses relations avec le roi: « Je suis le » commandant qui fait des rapports au souverain! ». Effectivement, un autre papyrus, le papyrus Amhurst, daté du même jour, mentionne un rapport envoyé au pharaon par les magistrats qui formaient commission d'enquête, à savoir le nomarque, le contrôleur, le lieutenant et le commandant de la ville?. Toutefois le rapport au roi sur les dépositions de deux scribes, qu’annonçait le commandant de la ville, est d’abord remis au nomarque pendant qu’il était du côté du Midi*.
De simples particuliers, des gens d’humble condition peuvent . également faire parvenir leurs doléances ou leurs pétitions au souverain. Plusieurs documents des xvn° et xvin® dynasties le prouvent. Le fils du chef ouvrier Nebnofir, qui porte plainte contre le criminel Panéba, s'adresse au gouverneur; mais il aurait pu ne pas s'arrêter là, et son adversaire le sait bien, car précisément il l’accuse « d’avoir tué les gens (les témoins de ses » crimes), pour qu'ils ne puissent pas donner des avis au pha- » raon° ». La même menace de recours au roi termine l’avertissement donné par Ounantaf, homme libre (romdou) mais simple ouvrier (khat), à ses supérieurs le scribe Amon-nakhtou et le
1 Pap. Abbott, p. 5-6 (Caapas, Mél., III, 96, 104-105).
2 Pap. Amhurst, in fine (CnaBas, Mél., IV, p. 19).
3 Pap. Abbott VI (Cxapas, p. 106).
à C’est à l’archiphylacite du Péri-Thèbes, successeur du gouverneur ou du commandant des Madjaiou, que le choachyte Osoroéris défère les voleurs qui ont envahi un tombeau lui appartenant (LerroNNE, Plainte en violation de sépulture; cf. Cnabas, Mét., III, p. 200).
5 Pap. Salt, in fine (CnaBas, Mél., IIT, p. 188-189).
chef-ouvrier Zetsou, gardiens de la nécropole, s'ils ne répriment pas les désordres qui se commettent dans la nécropole. Ils ont reçu les félicitations du pharaon sans les mériter ; l’ouvrier à gardé le secret, mais il ne se faira pas toujours: « Qu'il soit avisé à ce » que vous avez à leur faire ; sinon, j'en ferai rapport au pharaon, » mon seigneur !. »
Des motifs d’intérèt privé, sans répercussion immédiate sur l’ordre public, donnent aussi bien lieu à des requêtes au roi. Un ouvrier à dépossédé un de ses camarades d’une maison bâtie par celui-ci; Kenna, ce dernier se plaint au roi Aménôthès ; et si le roi ne lui fait pas l'honneur de répondre lui-même, c’est « en sa » divine présence » que le greffier donne raison à Kenna par devant témoins ?. Une autre supplique réclame une compensation pour divers objets volés dans une maison pendant que le possesseur assistait aux fêtes d’'Aménôthès ; ces mots : « Que mon Maitre » me fasse donner tout ce dont il m'a fait tort » désignent vraisemblablement encore le ro1*. Le « droit de pétition directe au » roi, accordé aux membres de la caste militaire { » et « encore » exercé par les soldats et par les prêtres à l’époque lagide »*, ne leur était nullement réservé, c'était le « privilège » de tous°. Même les femmes semblent l'avoir possédé, comme il appert au cas des Jumelles du Sérapéum”?.
Ainsi tout Égyptien avait le droit, tant au sujet de ses propres affaires que de l’ordre public, d’en appeler au roi. Mais il doit le faire par écrit. Une déclaration verbale sert tout au plus d’introduction à la cause ; seul un rapport écrit rend les faits authen-
1 Pap. Turin, pl. 48 (CHapas, Mél., IV, p. 36-40).
2 Ostracon 5.625 du British Museum {/nscriptions, etc., 1868, pl. xu; Cnapas, Mél., IV, p. 203-204).
3 Ostracon 5.687 du British Museum (/nscriplions, etc., pl. xv; Cmapas, Mél, IV, p. 214-215).
4 Poème de Pentaour.
5 Revizcout, Cours de droit, p. 143.
6 I semble bien qu’il en ait été ainsi dans tout l'Orient païen et musulman, dans l'Occident médiéval, et dans presque toute monarchie féodale ou absolue.
7 Leur dossier renferme, entre d’autres, une série de pétitions adressées par elles ou en leur nom directement au roi, ce qui n'était pas pour amadouer les bureaux intermédiaires (Cf. Boucaé-Lecrerco, Lagides, IV, p. 251. note, et 257).