‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 157 sur 433 · PREUVES, TÉMOINS, DOCUMENTS · texte numérisé non relu

PREUVES, TÉMOINS, DOCUMENTS

est louée ; le faux témoignage serait honni! et exposerait à des peines.

Mais ce qui a le plus de poids ce sont les preuves matérielles. Nous avons vu tout ce que la transcription ajoute de valeur à une déposition. Un magistrat n’instruit pas sans plainte écrite. Un plaideur ne se risque pas sans avoir des « précautions de justice » : Le correspondant de Katouti s’en sert pour obtenir son témoignage*. Mais sa propre lettre à une importance, qu'il prend soin de signaler en terminant : « Tu garderas ma lettre ; elle fait titre. » Un autre dit d’une façon un peu plus pressante : « Vois, (ceci) » vous étant envoyé pour faire titre, gardez ma lettre: elle vous » fera titre un autre jour »?. Un procès civil ou criminel ne se termine pas sans que l’on constate par écrit les droits reconnus par l'arrêt. Ainsi se termine, pour les ouvriers acquittés, l'affaire des vols dans la nécropole *. De mème, l’an 21 d’'Harmhabi, se conclut l'affaire du fils de Haï, réclamant les places de son père et de son aïeul maternel, devant un Amonhotpou quiles lui adjuge «avec un » papyrus » c'est-à-dire une expédition du jugement”. Les titres ont toujours été précieux. Aussi chaque famille conservait-elle avec soin ses archives : titres de propriété, contrats de toute sorte. C’est ainsi que nous sont parvenus les dossiers du procès de la maison d’'Hermias et des querelles entre taricheutes et choachytes®. Mais l'usage ne datait pas des Ptolémées n1 de la législation de Bocchoris : les fouilles de M. Pétrie au Fayoum ont rendu au jour des pièces analogues de la xvu* et même de la xn° dynastie testaments, donations, ventes, louages, etc., tous titres désignés

1 « Chaque mission que m'a donnée $. M., je l'ai mise en œuvre soigneusement... » je n'ai pas dit au sujet d’un autre qu'il était cela, quand j'ai paru devant (le tribunal) » pour décerner la victoire, pour donner du souffle au vertueux? » Stèle de Hirou, xxvie d. (GREENE, Fouilles, pl. 1x et x; Peur, Journ. Asiat., 1881, p. 159-178; 2. Tr., I11, 67-68).

2 Loc. cit.

8 Pap. Mallet, fe x, pl. IV, L 5-7 (22. Tr, I, 54).

4 Pap. Abbott, p. var, L. 46 : « On lui écrivit une feuille d'inscription. » (Cuapas, Mél., III, 432). « Ils ont signé au registre qui fut déposé dans les archives du gouvernement » (Masrero, Ænquêle, p. 266).

5 Ostr. 5.624 du Br. Mus. (Bmmcn, /nscr. hiérat., pl. 414; Brucson, Æ. Z., 14876, 122-193).

6 Révizour, Une famille de parachistes ou taricheutes thébains, Æ. Z., 1879-1880 ; Le .… procès d'Hermias, 1882; (Cf. Danesre, Le procès d’H., 1883).

par le mot amitou pi « ce qu'il y a dans la maison », et certifiés” par des serments et des témoins. C’est d’après ces écrits de toutes sortes, tirés des archives officielles ou privées, qu'Amonemhaït I répartissait les propriétés, champs ou prises d’eau, « selon ce qui » était dans les livres » *.

Rien de tel d’ailleurs que la vue des choses, objets en litige ou pièces à convictions. Procédure civile et enquête criminelle en profitent également et ne s’en tiennent aux autres preuves que faute de mieux. C’est à une descente sur les lieux que Katouti avait assisté : Takertou devait prendre le plus bel animal du troupeau d’un débiteur ; elle a emmené une ânesse pleine, appartenant au roi; « les scribes du gouverneur sont allés à la demeure de » cette femme »; évidemment, ils voulaient y faire un constat.

Les papyrus Abbott et Amhurst rendent compte de Podyssée des magistrats thébains les 18 et 19 athyr de l’an XVI. Ces magistrats ne chômèrent pas. Le 18, ils traversent le fleuve et se rendent à l'Assassif et à la Vallée des rois ; ils visitent une vingtaine de tombes, inspectant l'extérieur et l’intérieur, explorant puits et syringes : ils occupèrent bien leur journée. Le lendemain, nouvelle descente de justice et, cette fois, promenade aux deux extrémités de la nécropole de l’Assasif à la Vallée des reines, derrière Médinet-Habou ; inspection des tombes des princes et princesses, confrontation d’une part de Pakhar dans le quartier des reines, d'autre part des violateurs de la tombe de Sobekemsaouf ; enfin rédaction de procès-verbaux de toutes ces opérations et rapports au roi. [ls ont bien mérité le compliment que Chabas adresse à leur remarquable activité *.

Cependant les procès ne marchaient pas tous aussi rondement. Les fouilles de M. Loret à Saqqarah en ont fait connaître un, dont on peut dire qu'il tient le record de tous les procès connus et dépasse en longueur même ceux des corporations parisiennes. Une

1 Pap. Petrie (Grierrra, ‘Aierat. Pap. from Kahun; Masrero, B. Eg., NII, 435-447 et 457-460).

? Inser. de Khnoumhotpou, loc. cit. supra, p. 276.

3 Pap. Anastasi, loc. cit.

4 CHapas, Mél., IV, 21.

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