SENTENCES, PÉNALITÉS
longue inscription dans le tombeau de Mès permet de parcourir les phases de ce procès à propos d’une source nommée l’Oasis de Nicha!. Commencé sous Ahmës Le, il dura plus que la dynastie fameuse de ce monarque ; repris sous Harmhabi, il se termina seulement sous Ramsès [f, après une durée de plus de trois siècles.
D'ordinaire, on n’attendait pas si longtemps la sentence. Arrêté, interrogé, confronté et emprisonné dans la geôle d’Amon le 19 athyr, Pakhar passe en jugement le 21 et est libéré aussitôt ?. La Justice avait été expéditive et aboutissait à un acquittement. De même dans l'affaire des vols sous Ramsès X. plusieurs des inculpés, arrêtés à tort ou dénoncés faussement, bénéficient d’acquittement ou de non-lieu, aussitôt après leur interrogatoire ?.
* Fu se
Le tribunal institué par Ramsès IT avait conclu, au contraire, à des condamnations pour tous les accusés”. L'arrêt les range en plusieurs groupes ; mais chacun est l’objet d’une sentence spéciale mesurée à sa responsabilité. Sans aucune prétention littéraire dans la rédaction, mais au contraire avec des formules qui devaient être de style, le papyrus de Turin mentionne le nom et la qualité de chaque condamné, précédé de quelque qualification infamante, puis le chef d'accusation, enfin la comparution, le verdict, le châtiment : « Il a été mis en présence des grands magistrats du » lieu du jugement; ils jugèrent ses abominations ; ils l’onttrouvé » en culpabilité; ils lui firent appliquer son châtiment, » ou « ils » disposèrent de lui sur place, il mourut lui-même »°. Les papyrus Lee et Rollin développent un peu ces formules®. Des cou-
1 Tomb. de Mès à Saqqarah (Lorer, Fouilles, p. 11-19; Æ. Z., 1901, XXXIX, 1-10; Moner, Æ. Z. ib., 11-39: AI. GarpiNer, Untersuchungen de Serus, 1905, IV, fase. 3).
2 Pap. Abbott, pl. vu (CmaBas, Mél. [TT, 182).
3 «Il fut trouvé innocent des vols et mis en liberté ». Pap. Mayor A, r°, nr el passim. (Srrscez8erc, Translation ; RevizLour, Actions, p. 154, etc. Cf. Manierir, Catalogue d'Abydos, p. 589; Caparr, Æsquisse, p. 30.).
4 Sur les pénalités, cf. SPIEGELBERG, S'éudien, p. 66-71.
5 Pap. jud. Turin, IV, 3, sqq.; V, 6 (Devéria, p. 20, 30).
6 Pap. Lee et Rollin (Devéria, /bid., p.126, 129, 132).
pables, les uns y sont condamnés à mort ; d'autres à lablation du nez et des oreilles, suivie de déportation et de travaux forcés".
Le supplice de l’ablation du nez, noté par Diodore pour la femme adultère? et pour les brigands graciés par le roi*, est expressément visé par le serment de Pakhar, au papyrus Abbott‘; les serments des autres papyrus judiciaires l’indiquent en abrégé par le mot € mutilation5 ». Il est appliqué aussi par Harmhabi pour punir une exactionf. La stèle d'Harmhabt relate, en outre, des condamnations à mort pour brigandage et des condamnations au fouet. Diodore notait cette dernière peine pour le complice de l’adultère ; ici, elle est spécifiée avec ce détail typique « jusqu'à l'ouverture de cinq plaies ». La bastonnade est représentée parmi les scènes domestiques de plusieurs tombeaux?. La relégation ou la déportation, les travaux publics, l'amende, enfin, pouvaient être ordonnés. Le Journal d’un employé note l’arrivée, sous bonne garde, de militaires coupables, déportés dans la forteresse de Zalou*. Le papyrus judiciaire de Turin montre les criminels dont la peine a été commuée, les femmes et les juges coupables déportés et occupés dans « une maison de bière ». Quoi qu'il faille conjecturer sur ce qu’ils y pouvaient faire, on devine qu'il s’agit de travaux forcés *. Les témoins et les accusés juraient par la mutilation et les travaux des montagnes d'Éthiopie!. Diodore raconte ce qu'était pour les condamnés le {ravail des mines
1 Pap, jud. Turin, vr, 1 (Devéria, p. 117-124),
2 Dropore, I, 78.
3 Dropore, I, 78. : :
4 Pap. Abbott, V, 5-7. (Cnaras, Mél. III, 80; Devérra, p. 419).
5 Cf. supra, p, 307, n. 2 et 5.
6 Stèle de Karnak. (2. Tr. VI, 41-51).
7 Cf. la bastonnade donnée aux contribuables : Tombeaux de Ti et Râchopsisou à Saqqarah, Khiti à Béni-Hassan (Cf. supra, p. 279, n. 3).
$ Pap. Anastasi IT, ve, pl. vr (CHapas, X7X d., p. 96). — Pour Zalou et Rhinocoloure qui lui succéda (Maspero, Æ. O., II, 122-124, 346-347).
9 Pap. Turin, vi (DEvÉRIA, p. 33). — Broyer le grain avec pierres et molettes, est, chez les Égyptiens un travail pénible et servil, comme tourner la meule chez les Grecs et les Romains. — RevizLour (Ac{ions, ch. 1v) ne voit dans ce passage qu'une allusion à une rencontre dans la brasserie antérieure au jugement. :
10 Pap. Harris 1 et 499 et Mayor À, passèm (SrieceLbenc, Studien, D'N6S
7 ; Fe ; se Translalion p. 15.; Cf. supra, p. 307, n. 2 et 3). 1