ÊTRE CONNU ET AIMÉ DU ROI
service de cour ou leurs hauts emplois à la tête des provinces mettent en relations directes avec le roi!.
L'amour du roi appelle comme corrélatif le désir d’être aimé de lui. Le plus souvent, les deux idées et les deux termes s'unissent dans les inscriptions, épitaphes ou ex-voto.
Tantôt ce sont des souhaits exprès ou implicites. Soucieux de plaire le plus possible au roi, on lui demande d'occuper à sa cour une place analogue à celle que lui-même occupe auprès des dieux : « Accorde que le basilicogrammate Harmhabi », dit celui-ci dans un hymne à Rà, « fleurisse auprès du Souverain, comme tu es » florissant auprès du Maitre de l'univers »°. Or le roi sert la divinité, et l'aime comme un fils, et en est paternellement aimé. Le sujet souhaite donc que le roi lui rende son amour et paie d'affection et de faveurs son propre dévouement, mais « l’affec- » tion a plus de prix que tous les cadeaux »°. Ce vœu s’exprime aussi directement. La femme du ministre Amonemhabi fait au roi Aménôthès Il cette prière pour son mari (elle s'adresse à ce dernier) : « Toi qui es joint au roi, {oi qui aimes le seigneur de la » double terre, qu'il te favorise, qu'il t’aime, etc. * »
Tantôt ce sont de pures affirmations : « Je fus loué sous Leurs » Majestés, aimé dans leur palais, » dit un guerrier* ; « je fus » aimé de mon dieu », dit un artiste‘. Le sujet se fait gloire d'avoir obtenu cette affection du souverain à laquelle il aspirait. Il estime ce titre d'honneur aussi important que le titre officiel des charges qu'il à remplies, et le met en bonne place dans la liste des dignités dont il a été successivement ou simultanément paré.
1 Brucscn, Dict., 850; Masrero, 2 fonction, Et. Eq., U, 196-197; BerGmANN, 22. 77.,1X,57.
2 Stèle de British-Museum, n° 551 (Æ. Z., 1877, 154).
3 Préceptes de Pra-Horpou (Pap. Prisse, x11, 11).
4 Tomb. d'Amonemhabi (Virey, M. M. C., V, 236).
5 Aou m hosou kher honou-sen, aou mertou-a m sotep-sen. Tomb. d'Ahmès Pennékhabit à EI-Kab, stèle du Louvre C, 49 (Prisse, Mon. Eg., pl. iv; Lersius, Auswahl, pl. 14; pe RouGé, Rev. Arch.; 1854, p. 283; Devéria, B. Eg., IV, 313). — Cf. : « Loué de son » dieu, aimé de son maître, hos n noutir-f merou neb-f » : Anebni (Stat. Brit. Mus. : Lersius, Auswahl, x1, 5); merrou neb-f : Anna (Prens, Z. Æ., 1, 180 €; Serue, Urkunden, IV, 68; et supra, p. 322, n. 4); — «Aïmé de son prince », mert n hig-f : Hiqab d’Assouan (R. Tr., X, 186). En général, je prends méri dans le sens actif (cf. ch. x, $ 1); je n’ignore pas qu’une flexion intérieure non écrite peut lui donner le sens passif. Aussi je préfère des exemples qui ne se réduisent pas à un mot ambigu.
6 Mhoti, stèle de Kom-el-Ahmar, 1. 16 (Scrae, Urhkunden, IV, 131).
Beaucoup de personnages tenaient ainsi à faire savoir à la postérité qu'ils avaient sue l'amitié du souverain. « J'étais, disent-
» ils, dans son cœur »!, ou « sur son cœur » *, où « dans la place
de son cœur » *, ou bien « j'entrais dans son cœur » ROUTE
» m'unissais à son cœur »°. Bon nombre marquent à la fois leur dévouement et le retour dont il est payé et se qualifient; « celui
qui illumine »?, ou «€ qui charme le cœur de son maître chaque » jour »°, ou surtout « qui remplit le cœur de son maitre »°
1 « Dans son cœur » am häti neb-f : Râchopsés, ve d. (L. D., II, 64 8); Ptahchopsès, vie d. (pe RouGé, Six dyn., p. 109); A-art, vie d. (Sagqqarah : M. M. C., I, 204); Ahanakhti, x-xie d., Berchéh : 2. Tr., XIII, 189); Hor, xue d. (Louvre C 2 : SHnres II, 22; PrerRET, Il, 47; Peux, pl. 4); Pehsoukher, xvme d. (Thèbes, M. M. G., V, 297). — Variantes : « Dans le cœur de $S. M. », am häti n hon-f : Snozemab, ve d. (Serue, Urk., I, 59, L. D., Il, 76 p);— « dans le cœur du dieu bon », am häti noutr nofr: Antef (Louvre C 26, titre : Gayer, XZZe dyn.…., pl. 16); Rà, xvie d., Boulaq (Æ. Z.. 1888, 48); Amonbesef, xviie d., Louvre C 65 : Devéra, B. Eg., V, 63); — « dans le cœur de son maître loyalement » am häti neb-f ma : Sobek-hotpou, xme d. (Chedit: 2. Tr., 1, 108); — ou « dans le cœur » de l’Horus en sa demeure » ou « de l’Horus en son palais », am hati Hor m pi-f : Menkhopir, {. de Nakht-Khem, xvure d. (Thèbes : M. M. C., V, 323); Tenna (Preuc, /. /., pl. 407); Amonhotpou l'architecte (Silsiléh : LeGrain, Ann. serv., IV, 209).
2 Her häti n souton : Anna (Caampozzron, Mon., 1, 492: Serue, Urkunden, IV, 67).
3 N ast häli neb-f : Peheniouka, ve d. (Saqqarah : L. D., II, 45; Mariwrre, Mastabas, 370); Iritisen, xre d. (Louvre C 14); Khouou, fils d’Antef, xx d. (Louxor, Caire : 2. Tr., X, 83); Montounsisou, xue d. (Louvre C 68 (?) : Prerrer Il, 57). — Merri (Louvre C 3 : PrerReT, I1, 104; Gayer, pl. 4); -Amonemhâit Me Abydos, TT, p. 145, n° 618); — Sonbef, x d. (Vienne, n° 35 : R. Tr., XII, 15); Antef, xue d. (Bispegaard : R. Tr, 133); — Samtefnakht, xxvie d. (MarreTTe, M. D. pl. 34 &, p. 10).
4 Ag häti n souten: Tenna, xvie d. (Thèbes, Preuz, /Z. Z., pl. 108, p. 87); Amonhotpou- Houi (MarierrEe, Xarnak, pl. 36, 1. 14). — Cf : Ag häti khent rekhitou (ou : chonitiou) : « Je pénétrais le cœur plus que tout sujet (ou : courtisan). » Stèles de Sehotpouabri (MarieTrE, 46,, II, 24), Montouhotpou (Daressy, À. Tr., X, 145), Karos (Bourranr, 2. 77, IX, 94).
5 Sam hati n neb-i : Montounsisou (Louvre C 1, L. 8). A cause du contexte qui énumère des causes de faveur, je croirais qu'il faut traduire « je m'unis de cœur à mon » maitre, je me dévoue à lui », comme d’ailleurs on traduit « an sam häti-i n tu je n'ai » point aimé le mal » (Pilier d’ Houi- chera, Louvre C 66 : Prerrer, Lex., p. 486). C£. sam hati pou, Amonhotpou-Houi (Marrerre, Karnak, pl. 36, 1. 45).
6 La qualification de « palme d’amours » banr mertu que se donne Merri (supra, n. 3) et que portent souvent des femmes, après l’épithète « grand de qualités », me semble signifier non qu'il est très aimé, mais que, comme le palmier produit beaucoup de bons fruits, le personnage à beaucoup de mérites ou fait beaucoup d'actes agréables au roi. Cf. ch. x, p. #10).
7 Khou hati n suten : Stat. d'Amonenmbhäit dit Souroro (Louvre A 51; PrerReT, /nscr.
29) ACL) ND 825 ni Net:
D hati neb-f Pr nb : Ptahchopsès (Sagqarah : Marerte, Mastabas, 454 D; DE Roucé, Six. dyn. p. 68).
9 Meh häti n neb-f : Ahi, vr d. (Saqqarah : M. M. C., I, 20 Hormena, xvine d. (Hiéracônpolis, Stèle de Florence n° 2549, |. 8: Berne, Mon., ; ScHiaAParEeLL1, Catal. I, 1567: Serxe, Urk. IV, 11).— Variantes : meh hätin souten : de vie d. (Assouan : R. Tr. X, 190); Antef (Louvre C 26, 1. 4); Montouhotpou (Assouan : L. D, II, 493 bp): meh hatin neb tooui : Méri-Amounizéh (M.M.C., N, 339, 364); Harmhabi, xvrre d. (Thèbes, M.M.C., 416); — meh haäti Hor neb àhit : Thoti (Stèle Northampton, 1. 13: À. Tr., XXII, 119: SeTHE, Ur, 1V, 420) — « qui remplit grandement le cœur de son maitre », ou « du maitre de la double terre » meh hali àà n neb tooui : Thoti (Stèle Northampton