‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 165 sur 433 · AMOUR DU ROI · texte numérisé non relu

AMOUR DU ROI

Quelques-unss’écartent plusou moins de ces formules consacrées. Amonemhabi s'appelle : « l'Ami grand dans l’affection!, l’illumi- » nation du cœur du roi du Midi, l'instrument fidèle du roi du » Nord »*, ou plus délicatement encore : le « partage » ou la € moitié de son cœur »*. Plusieurs comparent l’amitié du roi pour eux avec celle qu'il témoigne au reste de son entourage :

« Sa Majesté m'aimait plus qu'aucun autre de ses serviteurs, parce que je faisais ce » qui lui plaisait chaque jour, parce que j'étais attaché à son cœur # »

Ouni se vante à plusieurs reprises des préférences du roi :

« Le cœur du roi était plein de moi plus que d'aucun de ses serviteurs... 5 Le roi » m'aime plus qu'aucun de ses princes, plus qu'aucun de ses nobles, plus qu'aucun de » ses serviteurs » 6.

Nul toutefois ne trouva d'expression plus énergique de l'affection du roi que de se dire «un fils pour lui parmi tous les nobles »7,

D'ailleurs, toutes ces expressions (am häti, am astl häti, meh häti et autres) ne servent pas uniquement à rendre les sentiments qu'on inspire au roi par son affection et ses services. Ils sont d'usage courant pour exprimer les relations de famille et traduire les sentiments inspirés par le fils au père, ou par la femme au

1. 2 : loc. cit.). — meh häti monkh n neb-f, meh hati monkh n neb tooui : Amonemhabi xvae d. (Thèbes : Æ.M.C., NV, 271); Péhsoukher (7bid., p. 297); Menkhopir (/bid., p. 332); Amounizéh (/bid. p. 338, 340); Boknikhonsou; xixe d. (Stat. Munich., DEvÉRIA, p. 3); Amonhotpou, grand pr. d’Amon, xxe d. (L. D., III, 237; Maspero, M.M.C., I, 667) ; Pa-our (cit. Æ.Z., 1883, 1435); — « le premier à remplir parfaitement le cœur du souverain » khonti meh häti monkh n ati : Rekhmaràâ (4.M1.C. NV, #1); — « J’emplissais le cœur du roi en chacune de ses fonctions grandement, aou-i m meh hati n suten m ast-f nebl äa : Anna (R. Tr., XII, 107, L. 45-17 ; Morer, /6. XIV, 131 : «en tout lieu sien »}; — «J'ai rempli le cœur » du roi dans le palais divin, dans le temple et dans la demeure de Sati» : Tomb. de Sironpouit, f. de Sattena (Assouan : 2. Tr. X, 188); — « Il remplissait le cœur du roi » dans la terre entière » : Khâämhâiït (Abd-el-Gournah : L. D,. II, 76 8). — Pour le sens passif de eh hdti « aimé, élu », cf. Stèle de l’intronisation, 1. 3 et # (Masrero, B. Eq., VII, 138 et 147). — Karos donne en variante : si hdli n honit-f ma « fils de cœur de sa » reine vraiment » 2. Tr. IX, 94-95, 1. 7 et 19).

1 Cf: Péhsoukher « élevé en faveur, grand dans l'affection, agréable au seigneur de la » double terre » (M.M.C. NV, 299-309, L. 13); Samer da n mert : Nakht-Khem (Cénotaphe de Silsiléh : Grrrriru, Pr. S.B.A., XII, 100; L. D., texte IV, 94; Serue, Urk., IV, 465).

2 S'emer da mert, khou häti n souton, meti n bat (M.M.C., V, 281).

3 « Dimidium animæ », pekha héti n souton, khou ab n bat : Stèle d’'Amonemhabi, L. 1 (OnaBas, Mél. pl. 332; Viney, M.M.C., NV, p. 238).

4 Ptahchopsès IT et Sabou-Abeba (DE Roucé, Six dyn., p. 112-113).

5 Morer voit dans meh hati souten, non une épithète laudative, mais un titre officiel équivalent du r&y gl \wY ptolémaïque (2. Tr., XVII, 45). Le texte d’Ouni montre bien que l'expression n’était pas encore figée à ce point, mais qu’elle avait encore, sous la vie dynastie, toute sa valeur.

6 Stèle, L. 7 et 42-43, vi d. (ns Rouc#, Six dyn., pl. vu, p.122; Masrero, #7. Or. I, 418-419).

1 Si-n-f sou m chopsou neb : Nakhtnébouf, xxxe d. (Naucratis : 2. Tr., 1900, XXII, #1).

mari. On peut d’ailleurs appliquer cette remarque aux mots mer et merlou. hosi et hosou, ceux-ci toutefois ayantune plus grande extension et se disant à propos des frères, des compagnons, des concitoyens. Concluons brièvement que ces termes permettent de voir dans le roi l’ami et le père de ses sujets, comme il à été dit pour d’autres raisons plus solides.

Si l'amour du roi récompense des services passés, il suscite des services nouveaux. Disons mieux : pour l'amour du roi, on se dévouera, on risquera sa vie, on ira au bout du monde. Tel le capitaine Honnou termine un récit par ces mots : « Je fis tout cela » pour Sa Majesté, à cause de la grandeur de l'amour qu’elle me » porte »'. Les rois parlent de l’amour des dieux dans les mêmes termes, quand ils veulent glorifier leurs propres actions. Qu’a donc fait Honnou ? Mais la première croisière au pays de Pouanit : c’est le Gama de l'Afrique orientale. Que ne feraient de bons sujets avec une telle perspective et un tel encouragement ?

L'Égyptien est soucieux de sa réputation et friand d’éloges. Il tient à l'estime de ses compatriotes ; il redoute les médisances sur son compte * et les procès dont on ne sort jamais sans éclaboussures”. Il espère qu’enfin après avoir fait sur terre ce qu’aiment les dieux, il ne trouvera pas, au jour du jugement, d’accusateur qui le charge”. En attendant, jouir de la considération publique le charme. Mais surtout éveiller l'attention du roi et s’attirer de sa bouche quelque compliment lui parait un idéal-très enviable.

Un mot flatteur du roi sera répété par les courtisans et par tout

! Inser. d'Honnou à Hammamät, x d. (L. D, II, 450 4: Goréniscuerr, ARésultats, pl. xv-xvin, p. 9-11; Cnapas, Le Voyage, p. 56-63; cf. Maspeno, Æ. Or., I, 495).

2 Les mauvaises paroles (v. g. ger ou gerg) contre le prochain ne sont pas forcément des mensonges ou des calomnies, mais aussi bien des dénonciations justes, des menaces, des paroles de haine ou de colère, l'annonce de voies de fait ou de desseins coupables : on ne se justifierait pas devant Osiris d’avoir été calomnié.

3 « Jamais je ne fus traduit devant aucun magistrat depuis ma naissance. » Nozemab (Stèle du Caire n° 1,732 : MamieTre, Masfabas, 417; Brucscu, Thes., V, 1212; Surne, Urk., 1, 75). — Cf. Maximes d'Anë (Pap. Boulaq IV, xxx, 17-20 : Cuapas, $ 48-49: AMÉLINEAU, $ 50-51) et infra, ch. x1x, $ 1.

#4 « I n’y à ni accusation ni opposition contre lui. » Livre des Morts, CXXV, 37 (PtERRET, p. 377). — Cf. « Aucun témoin ne se lève contre lui. » Livre des Respirations, in fine, (pe Horrack, ap. Maspero, Rev. Crit., 1878, I, 61 — B. Eg., EH, #79). — «Il n'y a » pas de dénonciations contre moi devant le Seigneur des -momies. » Statue d’Arhoräa, Mus. du Caire, xxvie d. (MARIETTE, M. D., 29 À, 1; Prenez, Æ. Z,, 1877, 120).

ÊTRE LOUÉ DU ROI Da

le monde ; un favori qui fréquente au palais comme Antouf «entre » sous les acclamations et sort sous les louanges »‘. Samnofir pose un principe très populaire et de la plus antique sagesse, quand il dit : « C'est une bonne chose d’être cité parle roi, célébré parles » hommes » : et il se hâte d'ajouter fièrement : « Jamais rien de » mauvais n'a été dit par aucun homme (à mon sujet), ni par Sa » Majesté, le Seigneur l’Horus » *. A plus forte raison se targuaiton de paroles bienveillantes ou louangeuses dites par Sa Majesté.

Ï semble même que la « louange royale » (Aosou ni souton) ait été à certains jours quelque chose de plus que de simples éloges et qu'il faille traduire le mot plus matériellement. De même que l’éloge du roi ou son protocole étaient mis en vers et en musique par les poèles de la cour, puis chantés sur une mélopée rythmée par des sistres ? ; de même les compliments adressés par le roi à un personnage, sur ses qualités ou ses actes, étaient recueillis, comparés à un formulaire officiel, mis sur un air connu et chantés à la cour devant le roi qui, à l’occasion, donnait le ton. Si les grands monuments, inscriptions d’Ibsamboul et de Médinet- Habou, stèles de Kouban et de Naucratis, conservent des modèles de chants royaux, lesstèles privées contiennent souvent des échantillons de chants en l'honneur de particuliers *.

On souhaite donc à ses amis, à ses protecteurs même, de satisfaire toujours le roi et d'obtenir ses louanges avec la faveur des dieux”. C’est devenu une formule épistolaire : des vœux ne coûtent rien et ne compromettent point. Mais si les vœux se sont réalisés, le cœur déborde d’une allégresse, à laquelle prennent part peutêtre les aïeux eux-mêmes‘. Quelle joie de constater comme Ahmès

1 Ak kher mouditou, pir kher hosou : Antef (Louvre C 26, 1. 5).

2 Tomb. de Samnofir, ve d. (L. D., mr, 84). — Cf. « Jamais personne ne m'a dit: « Qu'est-ce qu'il a donc fait là? » Stèle de Thotinofir, xvrue d. (Turin, n° 163 : MAspeRo, FTP AND 126):

3 Cf. supra, ch. 11, $ 2, p. 124-198, 140-141, et infra, ch. 1x, $ 1, p. 373-575.

4 Sur Je hosou, en l'honneur de particuliers, cf. Maspero, Contes, p. 203, n. 1.

5 « Puisses-tu vivre! Puisses-tu être dans les faveurs de $S. M., le roi, ton seigneur » excellent, continuellement! » Pap. Bologne 1094, lettres 10, 11, 42 (Cnapas, Mél., IV, 452, 153, 154).

6 Aou nem hosit kher souton snosem atefou Æheperou r-hât-i : « Fut renouvelée la » louange de par le roi, laquelle réjouit le cœur de mes pères vivant avant moi. » Stèle du divin pére Ataï, xxe d. (Bibl. Belmore, pl. 21: Dévénia, B. Eg., IV, 303.

Pennékhabit, que l’on a toujours mérité et obtenu les bonnes grâces et les éloges de Sa Majesté !, ou, comme Anna que tout son dévouement à été payé de retour et apprécié du roi : « Le souverain m'a » loué »?. Belle conclusion d’une autobiographie que : « Le roi » m'a loué pour cela très grandement » * ou : « Jai fait ce que » loue son double : Je fus en louanges du maître des deux terres! » * Quel honneur que d’avoir été « loué dans le palais royal »”, et « loué dans le palais royal chaque jour ou d’être qualifié « grand » de louanges dans le palais du roi » 7! Avec quel orgueil on se dit: «loué de son seigneur chaque jour » ‘, «loué du souverain sur » la terre »°”, « loué de son dieu »'°, « loué par le dieu bon, — » loué grandement par le dieu bon »!", «loué et apprécié de lui » pour son mérite »"°! Sans doute il exagère sa chance celui qui se dit « loué » ou « favorisé du roi depuis sa naissance » F. Mais, si l’on a commencé de bonne heure, plus la carrière a été longue, plus il a fallu rendre de services loyaux, et aussi plus éviter de pièges et surmonter d'obstacles, pour « atteindre la » vieillesse avec les faveurs du roi »‘*, pour « descendre en paix » dans sa syringe avec la faveur du dieu bon » ‘.

En pareille matière, qui ne pardonnerait l’hyperbole du prince Amoni? « Ma louange (Lost-{), dit-il, atteignit le ciel » . Si forte

1 Aou m hosou kher hon-sen, où m hosou nti kher souton : Stèle d'Ahmès (Louvre C 49; Devérra, PB. Eg., IN, 313 et V, 322).

2? Hos-n-i adi: Stèle d'Anna (2. Tr., XIV, 73).— Cf. « Mon maître m'a loué. » Stèle de Nakht-Khem (Louvre C 55, 1.15 : Æ. Z.. 1879, 51).

3 SHARPE, Æg. Ins., 83, 1. 7 et 11.

4 Thoti, Stèle de Kom-el-Ahmar, I. 14-15, xvme d. (Sayce, Pr. S.B.A, X, 74; Setur, Urkunden, IV, 123).

5 Hostou m souton pi: Hymne à Rä,1. 7 (R. Tr. VII, 39). — Amoni, Bénihassan, xut d. (DD RM22) ‘ 6 Stèle de Senmaah, xvirre d. (Bourranr, 2. Tr. xx, 174; Serne, Urkunden, IN, 495).

7 Thotnofri, Turin, xviue d. (R. T'r., V, 127).

8 Hossou neb-f hrou neb : Montounsisou, xne d. (Maspero, B. Æg., VII, p. 155).

9 SHARPE, Æg. Insc. 106, 20.

10 Suanpe, Zbid., 56, 9.

# Amonmos, Boite à jeu, Louvre.

2 Hosi-f ua, sau-f ua her baat-a : Boknikhonsou, Statue, Münich (Devérra, Z.Æq., IN, 286); — hos n nouter her baat-f : Senmaah (loc. cit.). :

13 Stèle de Smen, flabellifère de Thotmès IV (Louvre, C 202: Pigrrer, Rec. II, ee Brucsca, Thes., VI, 1464).

#4 Kher hosouou souton : Turin 159 (2. Tr., V, 134).

15 Kher hostou nti nouter noir : Ramès (Gournah : Pur, Z. Z., 4883, 128).

16 Amoni, Bénihassan (L. D. IN, 122, loc. cit).

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