‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 181 sur 433 · COLÈRE ET DÉFAVEUR · texte numérisé non relu

COLÈRE ET DÉFAVEUR

semblable distinction pour sa prétendue vigilance et « donné les provisions sacrées », en disant : « Je n’entends plus de plaintes, » je n aperçois plus de vol! ». Dans l'occurence une punition eût été plus méritée.

$S 8. — Défaveur royale: blâmes, châtiments.

Aussi bien, un tableau de la colère royale et de ses suites devrait faire pendant à celui des faveurs royales. Mais sur ce point les monuments sont beaucoup plus discrets. Nul particulier ne s’empresse de se vanter sur sa stèle funéraire des disgrâces éprouvées, des châtiments subis ; pour en retrouver trace, il faut recourir à des textes officiels, décrets ou procès-verbaux.

Cependant le roi ne louait et récompensait pas toujours.

Les louanges du roi réjouissent d’autant plus qu'il ne les prodigue pas et ne les donne qu’à bon escient. « Il ne loue pas qui- » conque lui a manqué » *.

Or quand il se fâche, « comme un léopard du midi » *, sa colère n’est pas tendre. « Il est une Sokhmit contre qui viole son ordre » *. Sans doute, pour sévir il respectera les formes de la justice. Mais il aura mille manières de faire sentir sa défaveur. Son mécontentement se traduit en paroles dures ou en harangues sanglantes. Ménéptah fait honte de leur lâcheté à ses officiers et les traite d’ « oies tremblantes » *.

Dans le poème de Pentaour, Ramsès IT se répand en reproches et en invectives amères contre ses soldats et son état major qui l'ont laissé en péril, presque seul au milieu des ennemis. Surpris par les Khéta, cerné par trois mille chars, isolé même des officiers de sa maison militaire qui ne lui ont guère servi que de témoins pour le combat, il n'avait avec lui que son écuyer Menna ;

4 Pap. de Turin (Prevre et Rossi, pl. 47).

2 Thotnofri, Turin, Stèle 153 (2. Tr. 1883, 127).

3 Comme Piankhi (Stèle du Gebel-Barkal, 1. 23). — Cf. supra, p. 132, n.7 ; 133, n. 4 Stèle de Sehotpouäbri, ên fine (supra, p. 240).

5 Cf. supra, p. 188, n. 5.

le soir venu, le roi, enfin dégagé par le reste de l’armée, stigmatise l’abandon de ses troupes :

» Que dira la terre entière, lorsqu'elle apprendra que vous m'avez laissé seul et sans » un second? que pas un prince, pas un officier de chars ou d’archers n'a joint sa main » à la mienne? »

Que ne dirait-il encore, si cet abandon n'avait été pour sa vaillance l'occasion d'éclater avec l’aide d’Amon ? Mais en insistant davantage produirait-il plus d’effet, humilierait-il plus profondément l’amour-propre des coupables qu’en passant immédiatement à l'éloge de ses chevaux, ces bonnes bêtes qui ne lui ont pas manqué et à qui il promet de servir l'orge de sa propre main dans son palais ?!

La colère du roi ne se bornait même pas à des blâmes : des actes suivaient ses paroles. Il refusait sa faveur aux tièdes ; il châtiait les coupables. A côté du bureau des grâces fonctionnaient des tribunaux répressifs, qui appliquaient au nom du roi des pénalités sévères *.

La répression atteignait tous les délits et crimes commis par de simples particuliers. Les fonctionnaires de tout grade se voyaient à l’occasion rappeler leur responsabilité et sentaient s’appesantir sur eux la main du roi. Les décrets d'Harmhabi visaient tout particulièrement les employés prévaricateurs”. La mort, la bastonnade, la détention, la confiscation ou l'amende * punissaient les manquements professionnels, les détournements, les violences. Même les grands n'étaient pas à l’abri des foudres du roi. Sinouhit, tout prince qu'il fût, s'enfuit craignant la mort pour une indiscrétion involontaire”. La liédeur ou l’hostilité des princes de Siout pour la première dynastie thébaine, les fit destituer et exhéréder leur famille. Le grand intendant d’Amon, Thotmès fils de Soua-

1 Poëme de Pentaour : Pylône de Lougsor, I. 46 et 67-72 (De Roucé, Rev. Eg., vi).

2 Cf. chapitre vu, $ 2, le roi justicier, les peines (p. 314-349).

3 St. de Karnak (A. Tr.,' VII, 41-51; Æ. Z., 1888, 70-90: supra, ch. vu, p. 297-298).

* Un papyrus de Leyde contient le reçu d’une amende payée sous Philadelphe par le contrôleur de l'impôt du vin sur les terres sacrées de Syène, à propos d’un contrôle mal fait pendant deux années (Revizour, À. Eg., |, p, 143).

b Contes, p. 97.

6 Masrero, 4. O., I, 464.

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