LE ROI PROTOTYPE DE LA MORALE
amon, ne se tira qu'avec l’aide du dieu d’une affaire de malversations'. Le papyrus de Turin? montre des coupables châtiés dans l'entourage mème du roi et peut-être dans sa famille, et des magistrats punis pour leur négligence *.
Autant le roi est bon et généreux envers ses fidèles serviteurs, autant il se fait dur et impitoyable envers les mauvais.
Dans leur conduite, tous les sujets, les plus grands aussi bien que les petits, tiennent donc sans cesse leur vue attachée sur le pharaon.
En accomplissant leurs devoirs envers lui, ils l’aiment ou le craignent comme une toute-puissance terrible, selon les cas, ou bienfaisante. Ils cherchent à lui plaire pour obtenir ses faveurs, honorifiques ou matérielles. Ils redoutent sa colère, ses disgrâces, ses vengeances. En cela, l'intérêt personnel les guide : iautile d'insister.
Mais ils cherchent aussi à lui plaire pour s’attirer son approbation et ses louanges. Son jugement détermine la valeur des sentiments et des actions. Sa volonté crée le bien et le mal, ou du moins les distmgue et les dénonce. Non seulement le roi, comme dieu participe au rôle créateur du Soleil dans la nature et fait vivre les corps; non seulement, comme monarque, il maintient l’ordre dans la société : mais encore il fait le jour et la nuit dans les âmes. Il apparait alors comme un principe de morale extérieur aux individus “. Ilest la pierre de touche de la conduite, le « nord » de la vie, la conscience extériorisée et incarnée.
Là ne se bornent pas encore le rôle du roi et son influence sur les mœurs de l'Égypte. Ses sujets ne l’envisagent pas seulement comme le régulateur de la morale par son estime des choses et les sanctions qu'il applique : et c’est déjà leur indiquer leurs
i NAVILLE, /nscr. hist. de Pinodjem LIT, 1883 (Supra, ch. vu, p. 298-299).
2 Cf. supra, NII, p. 301-303 et 311-312.
8 Cf. « Les juges qui auraient fait mourir un innocent seraient aussi coupables que » s'ils avaient acquitté un meurtrier. » (Dionone, 1, 77).
4 C£. infra, ch. x1, $ 4, p. #46.
devoirs. Mais encore ils le considèrent comme le type absolu du bien et le modèle de la perfection. Ils s’efforceront donc tout d’abord d'exécuter ce qu'il commande, de rechercher ce qu'il aime et ce qu'il veut; mais ils se proposeront aussi d’imiter ce qu'il est et ce qu'il fait. Il sera l'idéal auquel ils conformeront, tant bien que mal, leurs actes et leurs sentiments dans la vie publique et privée.
Leurs vertus seront donc un reflet de la justice et de la bienfaisance du pharaon, prototypes elles-mêmes ou images et manifestations terrestres de la puissance, de la bonté et de la providence des dieux.
C'est ce que nous constaterons en examinant, dans la deuxième partie de cette étude, les devoirs des sujels, grands et petits. dans leurs rapports sociaux avec le roi ou entre eux.